23 Sep

Mot d’accueil de Laurent Bourdelas à l’occasion de la conférence « L’énigme du lieu » de Marie-Noëlle Agniau le 23 septembre 2026 à 18h au Lycée Gay-Lussac de Limoges

 

Bonjour à tous et merci d’être venus assister à cette nouvelle rencontre de Gay-Lussac. Celle-ci est particulière, car elle est certes accueillie par l’Association des Anciens du lycée, mais sur proposition de l’ARAL, et surtout de son président Gérard Peylet, qui souhaitait inviter Marie-Noëlle Agniau à donner une conférence autour de son livre Mon Limousin, paru chez La Geste.

Malheureusement, Gérard n’est pas avec nous aujourd’hui, puisqu’il nous a brutalement quittés en mai dernier, alors même qu’il devait animer, avec Marie-Noëlle également et Daniel Marcheix, une rencontre à l’Université avec Pierre Bergounioux.

Président-fondateur de l’Association Régionale des Amis du Limousin, ancien membre du Comité d’Administration de l’Association des Anciens du Lycée Gay Lussac de Limoges, Gérard avait suivi des études supérieures à la Faculté des Lettres de Limoges, et obtint l’agrégation de lettres modernes en 1973, puis soutint un doctorat d’Etat à propos de « L’artifice dans la littérature fin de siècle » en 1981. Professeur dans le secondaire à Limoges, il fut ensuite nommé Maître-Assistant à l’Université de Rennes avant de regagner celle de Limoges, puis d’être nommé Professeur à l’Université de Bordeaux en octobre 1989. Son activité de recherche fut particulièrement riche, puisqu’il publia des livres et de nombreux articles et participa à de multiples ouvrages collectifs. Directeur de travaux universitaires, notamment de thèses, il organisa de nombreux colloques, parmi lesquels ceux du Maine-Giraud (château d’Alfred de Vigny) sur le romantisme ou ceux sur le poète limougeaud Joseph Rouffanche. A l’origine du Centre de Recherches L.a.p.r.i.l (Laboratoire Pluridisciplinaire de Recherches sur l’Imaginaire appliquées à la Littérature) depuis le 1er janvier 1999, il dirigea également la collection Eidôlon jusqu’en décembre 2015.

Très attaché au Limousin et à sa culture, il œuvra pour sa mise en valeur et son rayonnement à travers les activités de l’association ARAL, il livra chez Edilivre, en 2020, le bel essai Ce territoire auquel on appartient où il réfléchissait à la constitution d’une identité territoriale « permettant à l’homme moderne de transporter avec lui un espace identitaire intériorisé lui servant de défense et de protection face à un mode de vie qui l’invite à se disséminer, s’aliéner, à vivre de manière consumériste dans l’immédiateté et la superficialité des rapports. » Les écrits de George Sand, qu’il connaissait parfaitement, accompagnaient son propos. En 2021 et 2022, il avait également publié des chroniques à visée humaniste : En toute liberté. Chroniques d’un citoyen humaniste.

Une profonde amitié liait Gérard Peylet au grand poète limousin Joseph Rouffanche, Prix Mallarmé 1984, essentiellement édité chez Rougerie, très largement salué par ses pairs. Dès les années 1980, il agit pour la reconnaissance de celui-ci, puis organisa plusieurs colloques universitaires à Bordeaux autour de sa poésie, alors que l’Université de Limoges n’y songeait guère. C’est à cette occasion que je fis sa connaissance dans les années 1980 et qu’en 1990, je publiais dans ma revue Analogie le mémoire de maîtrise de son étudiante Régine Foloppe consacré à l’émerveillement dans la poésie de Joseph. Il fut encore à l’origine de la Société des Amis du poète Joseph Rouffanche et participa également à l’hommage au poète que j’organisai à la BFM de Limoges, en compagnie de Monique Boulestin, Jean-Pierre Thuillat, Alain Lacouchie, Michel Bruzat et Raymond Leboutet. En 2022, il intervint au théâtre de La Passerelle, à Limoges, à l’occasion d’une journée organisée pour le centenaire du poète.

C’est dire si le travail, l’œuvre, l’action de Gérard Peylet furent importantes et combien il va manquer au Limousin qu’il aimait tant. Je profite de cet instant pour renouveler à Michèle, son épouse, le témoignage de notre sincère amitié.

Ce n’est pas étonnant que Gérard ait souhaité inviter Marie-Noëlle Agniau, poète, professeure agrégée de philosophie au lycée Renoir, passée sur les bancs d’hypokhâgne à Gay-Lussac, à nous parler de « L’énigme du lieu », conférence où cette ancienne « nomade » va nous parler de son rapport au Limousin. Je suis persuadé qu’il aurait aimé l’entendre.

 

Laurent Bourdelas, vice-président des Anciens de Gay-Lussac.

05 Mai

Gérard Peylet s’en est allé

Le poète Joseph Rouffanche et Gérard Peylet (au fond) à la librairie Anecdotes en 1991 (c) L. Bourdelas

L’universitaire, président-fondateur de l’Association Régionale des Amis du Limousin, ancien membre du Comité d’Administration de l’Association des Anciens du Lycée Gay Lussac de Limoges, s’en est allé en ce printemps 2026.

Après des études supérieures à la Faculté des Lettres de Limoges, il obtint l’agrégation de lettres modernes en 1973, puis soutint un doctorat d’Etat à propos de « L’artifice dans la littérature fin de siècle » en 1981. Professeur dans le secondaire à Limoges, il fut ensuite nommé Maître-Assistant à l’Université de Rennes avant de regagner celle de Limoges, puis d’être nommé Professeur à l’Université de Bordeaux en octobre 1989. Son activité de recherche fut particulièrement riche, puisqu’il publia des livres et de nombreux articles et participa à de nombreux ouvrages collectifs. Directeur de travaux universitaires, notamment de thèses, il organisa de nombreux colloques, parmi lesquels ceux du Maine-Giraud (château d’Alfred de Vigny) sur le romantisme ou ceux sur le poète Joseph Rouffanche. A l’origine du Centre de Recherches L.a.p.r.i.l (Laboratoire Pluridisciplinaire de Recherches sur l’Imaginaire appliquées à la Littérature) depuis le 1er janvier 1999, il dirigea également la collection Eidôlon jusqu’en décembre 2015.

Très attaché au Limousin et à sa culture, il œuvra pour sa mise en valeur et son rayonnement à travers les activités de l’association ARAL, il livra chez Edilivre, en 2020, le bel essai Ce territoire auquel on appartient où il réfléchissait à la constitution d’une identité territoriale « permettant à l’homme moderne de transporter avec lui un espace identitaire intériorisé lui servant de défense et de protection face à un mode de vie qui l’invite à se disséminer, s’aliéner, à vivre de manière consumériste dans l’immédiateté et la superficialité des rapports. » Les écrits de George Sand, qu’il connaissait parfaitement, accompagnaient son propos.

Une profonde amitié liait Gérard Peylet au grand poète limousin Joseph Rouffanche, Prix Mallarmé 1984, essentiellement édité chez Rougerie, très largement salué par ses pairs. Dès les années 1980, il agit pour la reconnaissance de celui-ci, puis organisa plusieurs colloques universitaires à Bordeaux autour de sa poésie, alors que l’Université de Limoges n’y songeait guère. Il fut encore à l’origine de la Société des Amis du poète Joseph Rouffanche et participa également à l’hommage à Joseph Rouffanche organisé à la BFM de Limoges par Laurent Bourdelas, en compagnie de Monique Boulestin, Jean-Pierre Thuillat, Alain Lacouchie, Michel Bruzat et Raymond Leboutet. En 2022, il intervint au théâtre de La Passerelle, à Limoges, à l’occasion d’une journée organisée pour le centenaire du poète.

C’est dire si le travail, l’œuvre, l’action de Gérard Peylet furent importantes et combien il va manquer au Limousin qu’il aimait tant.

Nous adressons à son épouse Michèle Peylet-Alifat, elle-même géographe ruraliste, nos plus sincères condoléances.

21 Mar

Legimos/Limoges et Raoul Hausmann

« Legimos, Limoges, solgemi […] Miloges. Tout cela est caché en Limoges, les gens y habitent et ne le remarquent pas ! Golemsi – c’est comme si le Golem était là ! »

Raoul Hausmann, né le 12 juillet 1886 à Vienne (Autriche) et mort le 1er juillet 1971 à Limoges en France, est un écrivain, un photographe et un plasticien dadaïste, surnommé « Der Dadasophe ».

Cofondateur du groupe Dada-Berlin de Berlin en 1918, Raoul Hausmann se déclare être l’inventeur durant cette période du photomontage (tout comme Heartfield, lui aussi membre de Dada-Berlin) et du poème « optophonétique ». Il quitte le mouvement Dada en 1922.

À partir de 1931, il collabore régulièrement au magazine Der Gegner (L’Adversaire), publié par Franz Jung et Harro Schulze-Boysen.

En 1933, son art étant considéré comme dégénéré, il doit quitter l’Allemagne, via Ibiza, Zurich, Prague, Paris.

En 1944, il s’installe à Limoges, où il vit jusqu’à sa mort, de jaunisse, en 1971. Il est inhumé au cimetière de Louyat.

 

https://www.lepopulaire.fr/limoges-87000/travaux-urbanisme/la-ville-grave-le-poeme-dhausmann-devant-son-immeuble_11264865/

https://musee-rochechouart.com/fonds-raoul-hausmann/

28 Sep

Pierre Michon (ré)écrit L’Iliade chez Gallimard

Pierre Michon photographié par L. Bourdelas

 

Recommencer l’écriture. Michon l’hoplite, Michon – Homère.

 

 

En 4ème de couverture, nous sommes prévenus par l’éditeur : Pierre Michon, né il y a 80 ans, est « tenu pour l’un des plus grands écrivains français ». Ceux qui me connaissent savent que j’ai immédiatement envie d’écrire qu’il est aussi un écrivain limousin – province propice à la littérature, depuis Bernard de Ventadour, Jouhandeau, Thérive, Clancier, Rouffanche, Millet, Bergounioux, Galan, si nombreux que j’en ai fait un livre[1]. Et ceux qui croiraient que je suis hors-sujet en évoquant le Limousin à propos d’un livre intitulé J’écris l’Iliade n’auraient rien compris. Car celui qui baguenaude comme Ulysse après ses précédents succès littéraires n’en revient pas moins se réfugier chez lui, aux Cards, au milieu « des prés, des bois, des troupeaux, des ballots de foin [des] châtaigniers et leurs ombrages », dont le propriétaire est son voisin Alcide – avec qui il reformerait le duo Quichotte et Sancho (une autre histoire, pour une autre fois, Cervantès, ce n’est pas mal non plus). Tout dans ces pages, bien entendu, est littérature, immense si possible (hénaurme aurait dit l’autre dont Michon jeune peut déclamer le début de Salammbô) : Shakespeare (qu’aurait plagié Homère !), Borges l’autre aveugle et les autres. Mais justement, cherchant la vraie cause des défections qui le minent, le narrateur découvre la vérité : « le coupable, c’étaient les livres. L’empêchement, c’était leur despotisme. » Mais comment faire lorsqu’on ne vit que par eux, que toute la maison est une bibliothèque, que l’on est soi-même le grand écrivain désormais reconnu par tous ? Il faut combattre, commettre le blasphème le plus horrible, car il ne peut que rappeler les autodafés nazis de l’Opernplatz à Berlin en 1933. Cette fois, c’est sur « l’aire habituelle de brûlis » que le sacrifice a lieu. Le chamane va tout brûler dans un feu d’enfer, un trafougeau, comme on dit ici, énumérant les volumes propices aux flammes, catalogue poétique, parfois improbable, parfois drôle, de littérateurs des différentes époques prêts à être calcinés. Le lendemain, ils auront tous disparu. Une chrysalide se déchire alors, une idée germe. Chios n’est pas si loin des Cards. La déesse vient. Michon se remet à écrire. Michon retrouve la geste et le geste antiques : il écrit l’Iliade. La vraie littérature ne peut exister qu’après avoir fait table rase, pense-t-on. Mais pourtant, que peut-elle faire de plus, de mieux, que l’assembleur, l’aède aveugle des rives de la mer Egée ?

Et le voici hoplite ferroviaire, faisant comme d’autres l’expérience de la furie des locomotives et des wagons lancés sur la ligne de Lyon, celle des amours de compartiment dans la semi obscurité des veilleuses. « La fille du matin, l’Aurore aux doigts de rose », on la rencontre aussi sur les quais de gare. Le meilleur, ce qui suffirait sans doute, ce sont les pages où Hélène qui apparut au jeune Homère endormi et se révéla être vraiment l’auteure de l’Iliade, revient alors qu’il est « près de son terme ». Et voici que le vieillard qui entend tinter les bracelets de la catin de Troie se met à bander, tandis que reviennent les ombres d’Ajax, d’Agamemnon, de Ménélas ou d’Ulysse. Senex erectus. Ils sont morts mais lui est encore vivant – c’est lui le créateur, c’est lui le seul qui jouit : « c’est le cœur des guerriers et celui de l’hexamètre qui bat dans sa main. » Tout semble si vrai, tout n’est qu’illusion, tout est poésie, tout est magie, la seule puissance est celle que constata Jean : « Au commencement était le Verbe, et le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu. Il était au commencement auprès de Dieu. » Michon est un prophète. A moins que ce soit Dionysos. De toute manière, à la fin, c’est Zeus le rusé qui gagne. Ou alors, n’importe quel dieu inventé par l’écrivain, quel que soit son nom – et pourquoi pas le dieu Arbre à Couilles ou le dieu Mâchoire de Granit ? Homère, la Torah, le Coran, mêmes autorités.

Il nous raconte ses grandes et ses petites heures, sa déception au mont Athos, nous conte des histoires plus ou moins vraies, rêve de charmantes chiennes, d’orage en Sicile, de cochons que ne désavouerait pas Circé à la nuque pelucheuse. Tout s’entremêle, Silvia, Pénélope, la belle et vaniteuse Eva, « hautaine mais courtisane », les fesses mises à nu par Pichon l’instituteur – il n’y a que no entre le M et le P –, Daphné qui enseigne l’histoire antique, Perséphone, Ninon. Des souvenirs d’enfance, les côtes cassées un soir de beuverie, des velléités d’être un poète maudit en descendant engueuler les bourgeois dans la rue, l’haleine avinée, des épisodes de voyeurisme, des coucheries plus ou moins réussies. Un patchwork cousu au fil d’Ariane mais un peu taché de semence perdue donc inutile. Un pétassou rapiécé mâtiné d’antiquités – Hermès, Alexandre (autre buveur). Forcément parfois un maelstrom freudien (« c’est comme si tu baisais ta mère. »). Des envies d’amour animal : « De cette viande je m’emparais, tout ce qui dépasse du corps de la femme et qui est la femme, fesses et cuisses et seins. » Parfois, ça bande mou : c’est l’amer Michon qui a perdu sa chatte. Parfois, les amours sont adultères et champêtres. Parfois, les femmes veulent de l’archaïque. Parfois, c’est la nature qui souffre et qui jouit, toute condensée en une sauterelle au creux de la main. Ce n’est pas pour rien que c’est le nom (ou presque) de la colline près de laquelle vit Michon. Le Mont Jouer, où l’on trouve les vestiges du plus petit théâtre gallo-romain de France. Pas la peine d’aller bien loin, finalement.

Au final, l’écrivain nous raconte des craques, comme un pilier de bar le lui dit, alors qu’il est venu au café chercher « des frères, des collègues. Des parleurs. » Oui mais des craques magnifiques ; c’est un littérateur, à nouveau. Sa plume court sans lui. Il pique aux grands anciens. Prêt à chasser le sanglier avec Actéon et les chiens de Sparte ou de la Thrace, qui mangeront tout vif un dix cors blond. Il sait bien que « Quand le dieu parle, sa voix est plus puissante que la huée que poussent neuf ou dix mille hommes. » Bien sûr, il ne faut pas s’endormir sur ses papiers. Il faut les faire lire à Michon – « mon texte delphique a l’air de le sidérer, je m’en fous, il me dit que je suis un génie, je ne l’écoute pas. » Michon va plus loin qu’Homère dans son « Eloge de la blancheur », devenant Pasiphaé que le dieu plante et monte. Il branle Leukos. Et le logos.

 

Laurent Bourdelas

[1] Du Pays et de l’Exil, Un abécédaire de la littérature du Limousin, Les Ardents Editeurs, 2008.

29 Août

Le Limougeaud Bernard Cubertafond publie La Paix des Glandes, Les éditions des gens qui doutent, 2024

J’ai toujours apprécié l’écriture de Bernard Cubertafond. Professeur des universités, constitutionnaliste, ayant enseigné à Ouargla, à la faculté de droit et Limoges (1975-91), à Sciences po Grenoble et Paris 8, il fut attaché de coopération universitaire, administrative et judiciaire auprès de l’ambassade de France à Rabat. Je lisais avec intérêt sa chronique libre dans Limousin Magazine, j’estime que son Province Capitale Limoges est l’un des plus beaux ouvrages sur la ville, ses récits intimes m’ont emporté, à tel point qu’en 1989, j’ai édité L’amour-Flo. Ce dernier ouvrage avait été mis en scène par Philippe Labonne, entremêlé à certains de mes propres poèmes, dans le cadre du Festival des Francophonies (à deux reprises) sous le titre « Paroles d’hommes », avec l’excellente comédienne Patricia Clément.

L’écrivain propose ici ses « Confessions d’un octogénaire » en douze chapitres nostalgiques, poétiques, drôles, philosophiques (même si c’est « paroles, paroles, paroles »), référencés, qu’on lit d’une traite : « Et j’y suis, c’est à mon tour : 80 ans, je me pince, je n’en reviens pas mais c’est vrai, j’en rigole et pourtant. » La débandade guette, les mots se perdent, « le futur s’amenuise. » Tempus fugit, on le savait, il faut l’éprouver, d’abord dans le corps. Les réflexions alternent. Avoir vécu les temps de la liberté sexuelle préparait mal, sans doute, à la période Me too. Pourtant, c’était bien « l’ardeur des années vagabondes, crises et pannes incluses ». On songe à Bretecher. Il faut réinventer l’amour, mais il est déjà trop tard (« Gare au combat de trop ») et « Stendhal est devenu monument historique ». Que faire (comme s’interrogeait Lénine) désormais ? Se suicider comme Drieu ? « Mijoter dans ses chimères ? » Une seule solution : « vive la vie et arrière la mort, ne pas s’enterrer avant terme, savourer tous les bonus. » L’auto-dérision empêche le désespoir, la prose est ponctuée de constatations socio-politiques pas étonnantes chez cet ancien proche de Robert Savy (Tiens ! Un autre de nos points communs) qui avait aussi rédigé un percutant petit essai intitulé Pas de TGV pour les ploucs, déménagement du territoire et désintégration sociale, où il déplorait le désenclavement de notre région limousine (aujourd’hui noyée dans la Nouvelle Aquitaine) et le manque d’intérêt pour elle à Paris, le tout aggravé par l’apathie des élus locaux. Forcément, à l’heure d’un bilan, le médical prend de l’ampleur et occupe nombre de pages, mais : « question santé et médecine, je me dérobe et je brouille les pistes ». N’empêche, « mon grand remplacement », comme il l’écrit, menace : les « jeunes cons » semblent bien arrogants et ingrats. Fini, La Princesse de Clèves, le portable évacue tout des références et des « pesantes mémoires ». « Les jeunes périment les vieux et prennent leur place », voilà le drame.

Et puis les proches font leurs adieux, le frère Alain, la belle-sœur Marguerite, Bernard se souvient des siens déjà partis, ses parents, le bout de cigare fumé assis sur une tombe, les sépultures qu’on ne retrouve plus. Vite, il faut « désherber », éliminer certaines traces du passé, des photos, des textes, il y aura pour les héritiers des objets à se partager, « reliques plombantes » qui finiront sur les trottoirs des vide-greniers.

En cent pages à peine, voici notre bréviaire d’hommes vieillissant, pour nous aider à méditer sur l’âge et le délitement qui viennent plus certainement que l’insurrection. C’est émouvant de lire Cubertafond.

 

Laurent Bourdelas

13 juillet 2025

14 Juil

Pierre Mazeaud Grand Croix de la Légion d’honneur

Le 25 février 1965, Maurice Herzog vient soutenir Pierre Mazeaud dans sa campagne municipale à Limoges qu’il perdra face au socialiste Louis Longequeue. Agé de 95 ans, Pierre Mazeaud a été fait Grand Croix de la légion d’honneur en juillet 2025. Alpiniste, docteur en droit, ancien conseiller d’Etat, il a été président du Conseil constitutionnel.

(c) L. Bourdelas, P. Colmar, Limoges années 1950 1960 1970, La Geste (ouvrage épuisé, comme ses auteurs).

25 Avr

Le retour de l’écrivain limousin Alain Galan avec Battue à l’abîme chez Le temps qu’il fait

Voici un véritable bonheur de lecture comme, en fait, en offrent toujours les ouvrages d’Alain Galan, écrivain discret installé en Corrèze. Peut-être celui-ci démultiplie-t-il le plaisir car on ne l’attendait pas vraiment – c’est presque une surprise (Dès le début : « L’imagine-t-on sérieusement, à son âge et dans son état de fatigue, se remettre à la rédaction d’un livre ? Et pour quels lecteurs, parbleu ? »). Tout est annoncé de ce que l’on va lire dans la citation de Georg Groddeck extraite du Livre du ça (1923) placée en exergue, qui vaut qu’on la cite en entier : « Alors, un homme fatigué, qui vient de laisser retomber ses mains, lassé du peu de succès de ses efforts, se souvient des quelques mètres de fil qu’il a réussi, au cours de plusieurs décennies, et avec mille difficultés, à extraire de l’invraisemblable fouillis… » Se placer sous l’égide de l’inventeur du ça – modifié par Freud – n’est sans doute pas totalement innocent.

Ce texte divisé en courts chapitres – souvent rédigé à la troisième personne du singulier – apparaît comme un chant du cygne (ou du signe, surtout s’il s’agit de lettres), la déploration de la disparition des mots, des paragraphes, du livre, mais c’est aussi une somptueuse conjuration de cet effacement progressif de l’écriture et de l’écrivain. Le vocabulaire est riche, désuet parfois pour ceux qui ne maîtrisent plus la langue dans sa richesse, sa poésie et sa complexité[1] – c’est ici « une écriture de lisière à la tombée du jour. » Malgré les égarements, l’auteur griffonne avec son porte-plume, reprend les notes abandonnées la veille, s’embrouille, bat plus ou moins la breloque, rêve, sa graphie devient de plus en plus illisible. Il remue le passé, la « poussière de temps ». Il s’enfouit sous des guenilles, médite sur le tracé qui devient un écart lorsqu’on le retourne. Lui qui a écrit sur la fuite des bêtes a l’impression que « les mots à leur tour se rembuchent. » C’est un artisan qui « rabot en main, reprend le blablabla de la veille qu’il métamorphose en copaux. » C’est un paysan prêt à interroger le rouge-gorge, à parler de chats-fantômes à la maison de retraite ou à prendre en filature un chat des bohémiens. Il sait bien, lui, que les oiseaux des haies et des arbres ne sont pas des Res nullius comme l’affirme le Code Rural !

Les thèmes (la nature omniprésente), les références et allusions littéraires, le travail constant sur les mots (avec l’aide du Larousse et des souvenirs de sa grand-cousine picarde), l’étymologie, les découvertes (comme l’hénaurme Boustrophédon) le style, les métaphores, les anecdotes qui sont bien plus que de simples historiettes (ainsi nous apprend-il que la maison acquise par Ramuz à Pully s’appelait La Muette), sont ici ceux d’un écrivain apprécié par ses lecteurs (même s’il dit que ses écrits ne rencontrent plus aucun écho, mot propice à une longue réflexion) et raisonnent avec ses autres ouvrages. Mais ici, une mélancolie verlainienne semble accompagner chaque page ; ses « crayons mâchonnés et grisés » sont comme les piquets d’acacia dont on lui avait dit, enfant, qu’ils dureraient une vie d’homme. Les piquets sont fatigués désormais et il comprend que ses crayons sont les « sabliers de sa propre vie. » Le temps se rapproche de devoir s’enfoncer dans la nuit qui, pour l’écrivain, sera forcément d’encre. Ecrit-il, comme peignait Roger Bissière, « pour être moins seul en ce monde misérable » ? En tout cas, jusqu’au bout, le voici s’interrogeant sur les verbes breloquer, détrotter, brelauder… il s’amuse donc encore un peu, cet infatigable chercheur de sens ? Il est prêt à traquer encore les mots, « approche grimée ou battue à l’abîme », à les faire basculer comme un chasseur préhistorique du côté de Solutré (mais cela a-t-il vraiment eu lieu ?), pour mieux les redécouvrir ensuite et inventer « son propre codex. »

Mais le voici à nouveau – ami des mots, lecteur, écrivain – hanté par la possible, probable, disparition des livres. Et comme Pierre Michon qui publie dans le même temps J’écris l’Iliade (Gallimard) quelque part un peu plus au nord mais toujours en Limousin, le voici tenté par l’autodafé. Décidément ! Même si la finalité de l’acte n’est pas exactement la même, quelle perspective de sacrilège ! Chez Alain Galan, il serait question de faire breveter l’invention d’un « poêle à peu-lus. » Le désespoir n’est jamais loin de l’humour. Au final, cela ne sentirait pas très bon. Mais les lettres s’effacent inexorablement, celles de la belle écriture de l’enfance, même lorsqu’il fallait « faire des lignes », celles en plomb du typographe croisé jadis au journal, celles des pierres tombales fendillées de Corrèze ou de Vézelay. N’empêche, il ressasse, il digresse, cela donne ce nouveau superbe livre, « tout au plus, reconnaît-il, une sorte de post-scriptum, d’addenda aux livres écrits jadis (…) Journal crépusculaire en quelque sorte ». Mais rien n’est totalement perdu, puisque les derniers mots sont « la promesse d’une page blanche » …

[1] « Désuète, archaïque… Comme on y va, peste-t-il. De quel pas on se presse pour conduire le vieux siècle à la déchèterie ! » (p. 43).

05 Sep

Un ancêtre de l’épouse du Premier Ministre Michel Barnier est décédé à Limoges

L’épouse de Michel Barnier, Isabelle Altmayer, avocate de formation, est l’arrière-petite-fille du général Victor-Joseph Altmayer, qui se distingua lors de la guerre de 1870, général de division, commandeur de la Légion d’honneur, né à Saint-Avold le . Ses affectations furent:

  • 18/05/1895 – 14/08/1900 : commandant de la 46e brigade d’infanterie et des subdivisions de région d’Angoulême et de Magnac-Laval en Haute-Vienne.
  • 14/08/1900 – 30/06/1906 : commandant de la 33e Division d’Infanterie et des subdivisions de région d’Agen, de Marmande, de Cahors et de Montauban.
  • 30/06/1906 – 01/12/1908 : commandant du 12e Corps d’Armée. Le 12e corps d’armée était un corps d’armée de l’armée de terre. Il rassemblait les unités de la 12e région militaire qui comprenait les départements de la Haute-Vienne, de la Corrèze, de la Creuse, de la Dordogne et de la Charente. Son quartier général était situé place Jourdan à Limoges où il a été récemment démilitarisé et rénové.

Voir ici son parcours détaillé: http://military-photos.com/altmayer.htm

Il est mort le à Limoges. Il fut inhumé à Allichamps en Haute-Marne.

La photographie le représente en grande tenue modèle 1872. Il porte le bicorne à plumes noires avec galon de soie or au pourtour. Il porte la tunique brodée à une seule rangée de broderies au col et aux manches. Il porte les épaulettes avec deux étoiles sur les plateaux supérieurs. Il porte le ceinturon porte-épée de couleur bleu et or avec l’épée à clavier  à laquelle est suspendue une dragonne à deux étoiles. Par dessus, il porte la ceinture de grande tenue bleu et or avec deux étoiles de part et d’autre des glands d’extrémité. On peut distinguer ses décorations : Officier de la Légion d’Honneur, Officier d’Académie, Chevalier de l’Ordre de Saint Grégoire Le Grand du Vatican, Officier de la Couronne de Prusse, Commandeur du Nicham Iftikar de Tunisie. (Source: Musée des Officiers Généraux Français Armes & Services).

Le général comptait parmi ses parents Mgr Altmayer, dominicain et évêque: http://cteparstbenoit.free.fr/altmayer/monseigneur_altmayer_vf.html