05 Juin

Fahrenheit 451, de Ray Bradbury et Tim Hamilton. Editions Casterman. 16 euros.

C’est sans conteste un des grands chefs-d’oeuvre de la science fiction ! Son titre : Fahrenheit 451. Son auteur, Ray Bradbury. Publié en 1953 aux Etats-Unis, deux ans plus tard en France, Fahrenheit 451 est adapté au cinéma par François Truffaut en 1966. Aujourd’hui le célèbre roman devient une BD, publiée par Casterman, dessinée par Tim Hamilton, validée et préfacée par Ray Bradbury lui-même. Et la puissance du roman est intacte tout au long des 160 pages que proposent cette adaptation. Le graphisme et le découpage de Tim Hamilton font sensation et rappellent à certains une autre oeuvre majeure : The watchmen. Un récit captivant, effrayant aussi, dans un monde futuriste où la littérature a été définitivement bannie et les pompiers transformés en pyromanes, chargés de mettre le feu aux derniers livres qui peuvent encore traîner… E.G.

29 Mai

Ca n’arrive qu’à moi ! (livre premier), de Didier Tronchet. Editions Futuropolis. 16 euros.

Elle s’appelle Prunelle… et voudrait sauver la planète. Pour cela, elle prend des douches plutôt que des bains, trie toujours ses déchets, écrit au dos des photocopies ratées, choisit les oeufs de poules élevées en plein air, achète du liquide vaisselle qui respecte la nappe phréatique, préfère le vélo au 4X4… Avec un peu de chance, elle devrait y arriver ! Côté défauts, personne n’est parfait, Prunelle mélange les expressions. Ce qui peut donner : tomber comme un cheval dans la soupe !!! Ca ne s’invente pas… Elle est aussi une gaffeuse de premier ordre et se fait souvent remarquer pour son sens de la répartie… à peu près nul ! Mais Prunelle a un projet, un grand projet : ouvrir un cabinet de naturopathie. Encore faut-il qu’elle parvienne à expliquer ce dont il s’agit à son banquier et aux éventuels clients…

Didier Tronchet, le papa de Raymond Calbuth (éd. Glénat),  de Jean-Claude Thergal (éd. Fluide glacial), de Là-bas (éd. Dupuis), ou encore de La Gueule du loup (éd. Futuropolis) est de retour avec une comédie sociale totalement décapante qui raconte le quotidien de cette jeune femme pas comme les autres… quoique… ! Enchaînement de situations pour le moins cocasses, dialogues savoureux et drôles, personnages attendrissants, dessin inimitable, mise en scène théâtrale avec une touche de burlesque façon Le Père Noël est une ordure… et voilà notre Tronchet national regonflé à bloc. Vivement la suite ! E.G.

25 Mai

La Parenthèse, d’Elodie Durand. Editions Delcourt. 14,95 euros.

Il faut bien le reconnaître, face à la quantité pléthorique de nouveautés chaque année, peu de titres finalement nous interpellent instantanément et nous marquent durablement. La Parenthèse, album paru aux éditions Delcourt  dans la collection Encrages, fait pourtant bien partie de ce club très fermé dans lequel on compte des gens comme Davodeau, Baru, Guibert, Delisle et quelques autres qui savent parler de la vie, la vraie, avec une simplicité et une évidence qui ne s’apprennent pas à l’école. La Parenthèse, donc, est un miracle, un cadeau de Noël en plein mois de mai, un petit bijou d’écriture et de mise en images. Même si le thème abordé dans ses 224 pages n’a rien de drôle. Pas même de léger ! Elodie Durand, son auteur, y aborde en effet une partie de sa vie, une parenthèse particulièrement douloureuse qui a bien failli lui coûter la vie. A l’époque, Elodie a une vingtaine d’années et la vie devant elle. Enfin, théoriquement ! Depuis peu, Elodie perd la mémoire et multiplie les crises d’épilepsie. De scanner en IRM, les médecins finissent par déceler une petite tumeur cérébrale. C’est cette vie là qu’elle raconte, l’arrivée de la maladie, l’effacement des souvenirs, le monde médical et hospitalier, l’entourage de ses proches, de sa mère et de son père, la vie qui bascule, qui continue… et qui finalement reprend. « Ce projet est né… », précise Elodie, « d’une nécessité, d’un besoin, d’un désir très fort de rassembler des souvenirs confus, d’éclaircir un passé douloureux mais aussi incroyable. Puis, plus tard, c’est l’envie de partager, de témoigner, et de bâtir ce récit qui m’a animée. Je voulais que ces souvenirs deviennent autre chose. J’ai attendu d’avoir suffisamment de recul par rapport au sujet pour me lancer réellement dans son élaboration, ce qui explique le temps qui s’est écoulé entre mes toutes premières recherches et le moment de sa réalisation ». Grâce à son écriture particulièrement douce, à des pages en noir et blanc au graphisme alternant traits légers et torturés, Elodie parvient à happer littéralement le lecteur, à lui faire partager, lui expliquer sa maladie sans le mettre en situation de voyeur, avec « peut-être une volonté informative, mais pas du tout  didactique, ludique parfois parce que certains passages sont durs, éprouvants. Je ne souhaitais pas donner un ton larmoyant à ce récit. Il y a beaucoup d’humour dans cette histoire. ! Je raconte les scènes médicales le plus simplement possible, sans commentaire ». Un témoignage poignant et un bel album ! E.G.

Sous la bannière étoilée, de Novgorodoff, Percy et Ponsoldt. Editions Casterman. 15 euros.

Ils s’appellent Josh, Cody et Gordon. Trois jeunes américains comme les autres. Qui mènent une vie comme les autres. Dans une petite ville comme les autres. Du moins en apparence ! Car ici, la plupart des hommes sont des soldats de l’armée américaine et sont présentement partis combattre en Irak. Pendant leur absence, la vie s’organise, se réorganise. Et pas toujours comme certains le souhaiteraient. Histoire de tromper l’ennui, histoire aussi de ne pas penser au pire, les trois copains se retrouvent régulièrement à la sortie des cours pour une séance de castagne…

Adapté d’une nouvelle de Benjamin Percy, considéré comme l’un des meilleurs jeunes écrivains américains, Sous la bannière étoilée aborde la guerre en Irak sous un angle singulier, celui des enfants restés au pays et confrontés chaque jour à la peur d’une mauvaise nouvelle. C’est James Ponsoldt qui signe le scénario de cette adaptation et Danica Novgorodoff, la mise en images. Un portrait sans concession des Etats-Unis et de ces ados qui n’ont que la guerre comme ligne de mire et parfois que l’armée comme avenir. Une adaptation pour le cinéma serait actuellement en préparation ! E.G.

Sarah Cole, une histoire d’amour d’un certain type, de Grégory Mardon, d’après une nouvelle de Russell Banks. Editions Futuropolis. 17 euros.

 C’est une histoire d’amour ! Une histoire d’amour d’un certain type, comme le souligne le titre de l’album. Une histoire d’amour qui n’en est pas une, en fait. D’un côté, Paul, beau gosse qui a réussi dans la vie, du moins professionnellement. Il est avocat, riche et tout juste divorcé. De l’autre, Sarah, elle aussi divorcée, trois enfants, un visage ingrat, un corps déformé par les bourrelets de graisse et un boulot de manutentionnaire dans une imprimerie. Elle met en carton les guides TV ! En temps normal, la vie aurait fait en sorte que ces deux là ne se rencontrent jamais. Mais un soir de désoeuvrement, Sarah et Paul se croisent dans un bar et entament la discussion. Sarah est sous le charme. Paul semble lui aussi séduit. Au fil des jours, la relation devient de plus en plus amoureuse… du moins en apparence !

Grégory Mardon, auteur précédemment de Vague à l’âme (Humanoïdes Associés), Cycloman (Cornélius), Corps à corps, Incognito, Leçon de choses (Dupuis) ou encore Le Fils de l’ogre (Futuropolis), a choisi cette fois d’adapter une nouvelle signée par l’un des auteurs majeurs de la littérature américaine, Russel Banks. Et le résultat est saisissant, Grégory Mardon parvenant à nous mettre mal à l’aise face à cette histoire qui n’a rien d’un conte de fée, avec un Paul qui, bien qu’attiré par cette femme, ne pourra jamais le reconnaître à la face du monde, et une Sarah, qui va vite se révéler envahissante, limite insupportable. Une histoire comme on en a peut-être tous vécus un jour, entre deux amours assumés. C’est ça aussi la vie ! E.G.

20 Mai

Ananke, de Noirgaley et Madrid. Editions Delcourt. 9,95 euros.

Dans la mythologie grecque, Ananke est la personnification de la destinée, la nécessité inaltérable et la fatalité (wikipedia) ! Quand on sait ça, on se sent déjà un peu moins bête et on a une idée de ce que peut raconter cet album paru aux éditions Delcourt. Les deux scénaristes réunis sous le pseudonyme de Noirgaley et le dessinateur américain Erwin Madrid nous invitent ici à une véritable odyssée au pays de l’imaginaire en compagnie de deux personnages, une vieille femme aux doigts déformés par l’arthrose et une petite fille qui se sent souvent seule. Elles ne se connaissent pas, vont se croiser à la pêche aux bigorneaux et partager une aventure extraordinaire. Côté graphisme, Ananke est dans un style très proche du cinéma d’animation contemporain. Il faut dire qu’Erwin Madrid est issu du monde du jeu vidéo et du cinéma d’animation. Un album jeunesse pour les amoureux de contes fantastiques et de voyages initiatiques ! E.G.

19 Mai

Panique en Atlantique, Le Spirou de Parme et Trondheim. Editions Dupuis. 13,50 euros.

Restructuration au Moustic Hôtel ! Spirou est expédié comme groom sur le Roi des mers, un paquebot de luxe qui doit appareiller pour une croisière dans les Caraïbes… Et comme par hasard, à bord de ce fameux paquebot, Spirou retrouve son acolyte Fantasio, qui joue les paparazzi, et le comte de Champignac. Ce dernier a été engagé pour mener des recherches sur une innovation révolutionnaire. Enfin presque ! Il s’agit d’un système de champ de force qui s’active au moindre risque de choc, bien utile pour passer à travers les icebergs, mais qui n’a pourtant pas empêché la compagnie maritime de perdre un de ses navires. Loin d’être au point, le champ de force semblerait en fait, une fois activé, provoquer le naufrage. Un détail, me direz-vous, mais un détail qui provoque la panique à bord…

La Croisière délire ! Après Yoann et Vehlmann (Les Géants pétrifiés), Frank Le Gall (Les Marais du temps), Tarrin et Yann (Le Tombeau des Champignac), Emile Bravo (Le Journal d’un ingénu), Schwartz et Yann (Le Groom vert-de-gris),  Fabrice Parme et Lewis Trondheim partent à l’assaut de la mythique série en signant une aventure totalement survitaminée, burlesque, déjantée, le tout dans une ambiance rétro qui rappelle les albums des années 50 et avec le coup de pinceau singulier et reconnaissable parmi tous de Fabrice Parme. Un album à savourer de bout en bout, en commençant par la somptueuse couverture ! E.G.

18 Mai

Largo Winch 20ème anniversaire (diptyques 1 à 4), de Jean Van Hamme et Philippe Francq. Editions Dupuis. 22 euros le volume.

Que faisiez-vous il y a vingt ans ? Peut-être veniez-vous d’acheter le premier volet d’une nouvelle série signée Francq et Van Hamme, intitulée Largo Winch. Peut-être alliez-vous l’ouvrir, le lire et tomber définitivement sous le charme du nouveau personnage mis en scène ici, un aventurier pas comme les autres qui allait devenir le plus gros milliardaire de la planète BD en héritant d’un immense empire financier : le groupe W. Des moments comme ceux-ci ne s’oublient pas. Impossible ! C’est comme découvrir un secret de famille enfoui depuis des lustres. Ou avoir la révélation de sa vie : oui, la bande dessinée franco-belge pouvait ressembler à ça ! Un mélange d’action, d’aventure, de glamour, d’intrigues politico-financières… Un bonheur ! Vingt ans et seize albums plus tard, la série est devenue un phénomène d’édition avec des tirages dignes des meilleurs best-sellers, une adaptation télé et une adaptation au cinéma de Jérôme Salle avec Tomer Sisley et Kristin Scott Thomas dans les rôles principaux. Bref, Largo Winch est aujourd’hui une pièce maîtresse du patrimoine culturel, pas seulement BD, une pièce maîtresse qui vaut de l’or ! Justement, à l’occasion de son vingtième anniversaire, les éditions Dupuis offrent au public un magnifique cadeau, une réédition des aventures de Largo en huit diptyques, en tirage limité et dans une luxueuse édition Gold qu’on pourra ranger à terme dans une malette, tels de précieux lingots d’or. Cerise sur le gateau, chaque diptyque propose un dossier autour de la genèse et de la conception de cette série culte. Les deux premiers volumes sont sortis fin janvier, le troisième, en mars, et le quatrième vient de paraître. Somptueux ! E.G.

17 Mai

Intégrale Les Petits hommes (tomes 1 et 2), de Seron, Desprechins et Hao. Editions Dupuis. 24 euros le volume.

  

Après Spirou et Fantasio, Tif et Tondu, Yoko Tsuno, Gil Jourdan, Natacha… les éditions Dupuis lancent ce mois-ci une nouvelle intégrale consacrée cette fois aux Petits hommes, personnages emblématiques qui ont fait une très belle carrière dans les pages du journal de Spirou mais aussi en albums. C’est en 1967 que Les Petits hommes sont apparus pour la première fois, sous la plume d’Albert Desprechins et le pinceau de Seron. Réduits à une taille lilliputienne après avoir été en contact avec une étrange météorite, ces petits hommes vont devoir affronter un monde resté à taille normale et donc plein de dangers : animaux, trafiquants, dictateurs… Les deux premiers tomes, parus simultanément, réunissent les récits courts écrits entre 1967 et 1970 et jamais publiés en albums, ainsi que les histoires longues suivantes : Du Rêve en poudre, Des Petits hommes au brontoxique, Les Guerriers du passé. Comme toutes les intégrales Dupuis, celle-ci propose également en ouverture de chaque volume un dossier replaçant les aventures dans leur contexte de création avec illustrations, photographies, documents divers… E.G.

08 Mai

Essex County, de Jeff Lemire, aux éditions Futuropolis

Depuis la mort de sa mère, Lester Papineau, âgé d’une dizaine d’années, vit chez son oncle dans une ferme perdue quelque part dans l’Ontario, au Canada. Et Lester s’y ennuie à mourir. Donner à manger aux poules, aider aux champs, regarder les matchs de hockey à la télévision le soir… ce n’est vraiment pas son truc ! Alors Lester se réfugie dans les comics et s’imagine volant au secours de la veuve et de l’orphelin. Et puis un jour, Lester rencontre Jimmy Lebeuf, un gars un peu bizarre qui travaille dans une petite épicerie, pas loin de chez lui. Jimmy Lebeuf est… comment dire?… différent. Un peu lent, comme dirait l’oncle. Autrefois, Jimmy était pourtant un très bon joueur de hockey. Et puis il a reçu un mauvais coup. Un très mauvais coup. Lester et lui vont s’apprivoiser, se rapprocher. Mais l’oncle fera en sorte de rompre cette amitié naissante. Pour d’obscures raisons…

Inconnu en France, Jeff Lemire ne devrait plus le rester très longtemps ! Avec ce premier album en français paru aux éditions Futuropolis, l’auteur canadien fait en effet une entrée remarquée chez nos libraires européens avec une très belle saga familiale rurale qui mélange la réalité et la fiction. « La ville d’Essex County et ses environs sont des lieux existants où j’ai grandi, au fin fond du Canada », précise l’auteur, « La plupart des personnages sont fictifs, ou le mélange de différentes personnes que j’ai connu autrefois. Lester me ressemble plus ou moins, à cette différence que moi, je n’étais pas orphelin ». A travers la vie de Lester mais aussi de plusieurs autres personnages, Jeff Lemire dépeint le quotidien dans cette bourgade agricole du Canada et évoque les secrets de famille, les blessures qui ne se referment jamais… Inspiré par des gens comme José Munoz, Hugo Pratt, Alex Toth, Joe Kubert ou Dave McKean pour la BD, David Lynch, Stanley Kubrick, Wim Wenders, pour le cinéma, Jeff Lemire nous offre avec Essex County, initialement publié en trois albums, un récit particulièrement prenant et émouvant qui laisse en nous une empreinte indélébile. Un récit universel qui nous parle directement à nous, Français, comme il a parlé aux Canadiens et Américains qui l’ont plébicité à de nombreuses reprises. Jeff Lemire est considéré de l’autre côté de l’Atlantique comme une des étoiles montantes de la bande dessinée. Rienn d’étonnant ! EGuillaud
Essex County, de Jeff Lemire. Editions Futuropolis. 28 euros