03 Fév

« On voulait parler de l’Amérique, du déclin de l’Amérique » : rencontre avec Elene Usdin Prix BD France Télévisions Villa Médicis 2026

Sans le festival d’Angoulême, annulé cette année, mais en association avec Villa Médicis, France Télévisions a attribué son prix BD 2026 à Elene Usdin et Boni pour l’album Detroit Roma paru aux éditions Sarbacane. Un road trip traversé de références cinématographiques et de failles intimes dans une Amérique bien éloignée du mythe. Rencontre…

Elene Usdin et Boni, lauréats du Prix BD France Télévisions Villa Médicis • © France Télévisions / Katia Martin Gilis

Ils étaient huit au départ, il n’en est resté qu’un à l’arrivée. Vendredi 30 janvier, le Prix BD France Télévisions Villa Médicis a été attribué à Elene Usdin et à son fils Boni pour l’album Detroit Roma, paru aux éditions Sarbacane. Le lauréat a été désigné par un jury de lecteurs après plus de deux heures d’échanges intenses et de débats passionnés, à partir d’une sélection de huit albums établie par un comité de journalistes et de spécialistes de la littérature de France Télévisions.

C’est la première édition du prix sous cette appellation, mais ce n’est pas la première fois que France Télévisions affiche son soutien au neuvième art. Depuis 2020, en partenariat avec le Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, la chaîne remettait le Fauve Prix du Public, mis en sommeil cette année à la suite de l’annulation du festival.

Detroit Roma est un récit d’une intensité rare, qui plonge le lecteur au cœur de Détroit en 2014, ville démesurée et dévastée, rongée par les faillites industrielles et le chômage. À quelques kilomètres de là, la crise sanitaire de Flint éclate : l’eau potable, empoisonnée au plomb, devient le symbole d’un scandale environnemental et d’un abandon politique. Dans ce paysage de désolation, Becki et Summer, deux femmes que tout oppose, voient leurs destins s’entremêler dans un road trip à travers l’Amérique. Entre confidences et silences, elles rembobinent leur existence, révélant blessures, espoirs et zones d’ombre qui les construisent et les rapprochent.

L’interview ici

30 Jan

France Télévisions fête le 9e art : Maison Fumetti, un espace de création, de partage et de réflexion sur la BD

Parce que le métier d’auteur est souvent solitaire et précaire, Maison Fumetti fait de la BD une aventure collective et inclusive. Rencontre avec Enora Loaëc, autrice en résidence, et Sébastien Vassant, membre du conseil d’administration, qui nous parlent de leur art et de la vitalité de ce lieu nantais.

Enora Loaëc, en résidence à Maison Fumetti co-organise les fêtes interconnectées de la BD sur Nantes • © France Télévisions – Eric Guillaud

En bientôt dix ans d’existence, Maison Fumetti s’est imposée comme un lieu incontournable de la bande dessinée à Nantes, aussi bien pour les professionnels que pour les amateurs. À la fois espace de création, de partage et de réflexion autour du neuvième art, elle joue aujourd’hui un rôle d’autant plus important que le secteur traverse une crise profonde, à la fois économique, sociale et sociétale.

Une crise dont l’un des symptômes les plus spectaculaires a été l’annulation du Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, vitrine pourtant essentielle et incontournable pour le monde du neuvième art depuis 1974.

Angoulême, le point de rupture

Précarisation des auteurs et autrices, surproduction éditoriale, contexte économique dégradé… les motifs de colère et d’inquiétude étaient déjà nombreux. Ils ont été renforcés par de nouvelles interrogations concernant la gestion financière et humaine du plus grand festival de bande dessinée en France. On connaît l’histoire : un appel au boycott et pour finir une annulation pure et simple.

Pour Sébastien Vassant, auteur et membre du conseil d’administration de Maison Fumetti, ce n’est pas une surprise : « Ça fait des années qu’on parle de boycotter Angoulême pour un peu réveiller les esprits sur divers sujets (…) et là, la chose positive, c’est que c’est parti d’une démarche d’autrices ».

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France Télévisions fête le 9e art : « L’édition, c’est un métier passion », rencontre avec Maël Nonet des éditions BD Rouquemoute

Dix ans après la création de sa maison d’édition Rouquemoute, Maël Nonet continue de défendre la bande dessinée d’humour avec passion et conviction. Face aux mutations du secteur et à un contexte économique incertain, l’éditeur s’adapte sans renier sa ligne éditoriale, avec un mot d’ordre inchangé : ne pas baisser les bras et continuer à faire sourire.

Maël Nonet • © France Télévisions / Eric Guillaud

Maël Nonet est un passionné, et c’est heureux, car le métier d’éditeur, surtout en ces temps d’incertitudes économiques, est loin d’être le plus reposant et le plus lucratif. Voilà maintenant dix ans qu’il a créé sa maison d’édition indépendante, Rouquemoute, sur une ligne éditoriale qui se résumait en un mot : humour.

Et c’est toujours le cas. De l’humour, rien que de l’humour. Nous avions rencontré Maël en 2018, sa maison d’édition était alors installée sur Rezé au sud de l’agglomération nantaise, il cherchait à l’époque un local plus grand qui lui permettrait de stocker ses livres et de créer un lieu dédié à l’événementiel. Il l’a trouvé du côté du quartier de la Création à Nantes. Et son projet est devenu réalité.

« On a une particularité au niveau de la maison d’édition, et je crois qu’il n’y en a pas beaucoup en France qui ont ça aussi en parallèle, on a un bar-librairie dans lequel on retrouve bien évidemment le catalogue de la maison d’édition mais aussi ce que nous on nomme les copains éditeurs, c’est une sélection de livres qu’on aime bien chez d’autres maisons d’édition indépendantes. Du coup, les gens peuvent venir boire un verre, ils peuvent acheter une BD, souvent ils font les deux. C’est vraiment un lieu de rencontre ».

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06 Déc

Noël 2025. Notre sélection de BD à offrir (ou se faire offrir)

Noël approche et vous êtes en manque d’idées cadeaux ? Pas de panique, voici rien que pour vous une sélection de bandes dessinées récentes qui ne manqueront pas de faire sensation au pied du sapin. Du circuit des remparts d’Angoulême aux routes cabossées de Detroit, des éclats d’humour du New Yorker à la vie héroïque de Madeleine Riffaud, dix albums qui promettent des échappées belles…

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03 Déc

Spawn 2025 ou comment relancer une série sans trahir son ADN

Personnage emblématique des comics indépendants nord-américains des années 90, Spawn a eu tendance ces dernières années à quelque peu perdre ses lecteurs et lectrices à force de diversification. Une nouvelle série, dont les douze premiers épisodes sont compilés ici en VF, tente de remettre un peu d’ordre dans tout ça. 

On peut carrément parler d’empire. Sa carrière, Todd McFarlane l’a quasiment presque entièrement construite sur le personnage de Spawn, créé en 1991. Même si pour beaucoup son heure de gloire est derrière lui, ses multiples déclinaisons ayant fini par quelque peu épuiser les lecteurs à force de détours parfois à la truelle, cette icône faustienne refuse de mourir, à l’instar d’Al Simmons l’agent spécial qui lui a donné naissance en passant un pacte diabolique pour revenir d’entre les morts.

Mais entre les one-shot plus ou moins réussis et les multiples rééditions, il est parfois difficile de s’y retrouver pour le néophyte. La série Spawn 2025 arrive donc à point pour servir de plutôt bonne porte d’entrée pour ces derniers, mais à condition d’avoir un minimum bossé son sujet.

@ Delcourt / Todd McFarlane, Brett Booth & Rory McConville

Est-ce qu’on peut parler de reboot à proprement parler ? Pas tout à fait, mais plus de l’ouverture d’un nouveau chapitre remettant les choses à plat tout en se référant au passé et en permettant aux nouveaux venus de découvrir l’esprit torturé de ce rejeton de l’enfer tel qu’il se définit lui-même sans forcément connaître sur le bout des doigts son passif.

Premier élément important : à l’instar de pas mal de ses successeurs, le dessinateur Brett Booth se cale ici volontairement dans le style graphique d’origine. Il se rapproche au plus possible de la patte 90s de McFarlane, avec le même goût pour les visages anguleux, l’outrance visuelle et les couleurs qui pètent dans tous les sens.

Ensuite, même si la série n’a jamais trop versé dans le blabla inutile, l’accent est ici clairement mis sur l’action à tout va. Il faut dire que le point de départ est plutôt propice : suite à une décision malheureuse de Spawn (racontée dans Spawn #100) le trône des enfers a été laissé vacant trop longtemps, les agents du ciel et de l’enfer se retrouvent bloqués sur terre, privés de leurs pouvoirs. Bludd, le roi des vampires en profite pour les exterminer et prendre le pouvoir. Bien qu’affaibli et redevenu mortel, Spawn va essayer de corriger son erreur…

@ Delcourt / Todd McFarlane, Brett Booth & Rory McConville

Présenté comme ça, forcément, cela paraît très grandiloquent et pour être franc, ça l’est. Mais c’est justement là tout le sel du personnage. D’ailleurs, plus on progresse dans les douze premiers épisodes de cette nouvelle série mensuelle (réunis pour la France dans ce tome), plus le ton devient nerveux et flamboyant, culminant avec des batailles absolument dantesques dans les deux derniers épisodes dont certains des protagonistes rappellent furieusement certains héros de la série télé Le Chevalier Du Zodiaque mais version apocalyptique !

Todd McFarlane, ici crédité comme co-scénariste, reste peut-être bloqué sur les mêmes obsessions (la damnation, le prix à payer pour conserver son humanité, ce monde souterrain qu’on refuse de voir) mais avec Spawn 2025, il prouve une nouvelle fois qu’il n’a pas perdu de son mordant.

Olivier Badin

Spawn 2025 de Todd McFarlane, Brett Booth & Rory McConville. Delcourt. 30€

05 Nov

Wonder Woman et Harley Quinn, deux stars de DC Comics face au mouvement #MeToo

Un crossover (rencontre entre deux univers) comme les affectionnent particulièrement les comics qui permet non seulement de se faire croiser à nouveau deux des plus singulières héroïnes de DC Comics mais aussi d’aborder des sujets sociétaux d’actualité, notamment le patriarcat et les relations toxiques.

Cela fait bien longtemps que malgré leur étiquette ‘100% made in USA’ les comics – sous-entendu les histoires de super-héros – ne sont plus l’apanage des seuls artistes américains. Mais dans le cas de cette nouvelle collection de l’écurie DC Comics, initiée par son distributeur français et baptisée DC créations, c’est même carrément le pitch de départ. En gros, on remet les clefs du camion à des Européens et on les laisse s’amuser comme ils le veulent avec ce gros joujou, quitte à le redéfinir presque complètement.

Ici on retrouve un dessinateur espagnol et, cocorico, un scénariste français à la manœuvre, Miki Montlló et Sylvain Rundberg. Deux hommes donc mais pour une histoire très… Féministe, où les rares rôles tenus par des représentants du sexe dit ‘fort’ sont, soit anecdotiques (Batman et Robin pointent rapidement le bout de leur nez le temps de quatre pages), soit avant tout là pour illustrer une relation toxique (le Joker). Un choix artistique fort qui nécessitait deux fortes têtes d’affiche.

© Urban Comics / Miki Montlló et Sylvain Rundberg

Or, on pourrait croire que la star ici avant tout est Wonder Woman, surtout que l’essentiel de l’action se passe sur son lieu de naissance, l’île de Themyscira peuplée par des Amazones et interdite, justement, aux hommes.

Mais c’est sur ces rivages qu’échoue Harley Quinn, l’ancienne psy du Joker devenue sa partenaire fantasque mais aujourd’hui brisée par des années d’abus. Comment ces deux-là vont créer un lien et permettre à la seconde de se reconstruire, voilà le véritable cœur de cette histoire. Moins, soyons honnêtes, les agissements de la sorcière Circé qui manigance ici pour prendre le contrôle de Themyscira. Toute bonne histoire de super-héros, ou en l’occurrence de super-héroïnes, a besoin d’une super-méchante, mais ici le tout apparaît plus comme une figure de style obligatoire qu’un véritable apport au récit.

© Urban Comics / Miki Montlló et Sylvain Rundberg

Justement, tout l’intérêt de La Souffrance Et Le Don réside dans sa façon d’aborder des thématiques plus adultes, notamment celle de la maternité ou de la sororité, tout en dosant comme il se doit avec de l’action et des rebondissements pour garder le public en haleine. Surtout que le style graphique de Montlló, parfois proche de celui d’un manga, ancre le récit dans un style moderne et dynamique.

Une première tentative certes imparfaite mais pleine de promesses d’offrir un autre regard sur certains totems de l’écurie DC.

Olivier Badin

Wonder Woman & Harley Quinn, la souffrance et le don de . 20,50 €

20 Oct

L’adaptation pleine de destins brisés du Macbeth de Shakespeare

Le pouvoir rend t-il fou ? Peut-on échapper à son destin ? Voici quelques-unes des questions soulevées par l’une des plus célèbres tragédies de William Shakespeare, adaptée ici dans un roman graphique aussi âpre et magnifique que les plaines fouettées par le vent d’Écosse qui lui servent de décor.

Shakespeare est certes rarement synonyme de gaudriole (quoique, Beaucoup De Bruit Pour Rien est une belle farce mais bref) mais Macbeth garde une place particulière dans son œuvre gargantuesque. C’est l’une de ses tragédies les plus jouées mais aussi l’une des plus sombres. Un récit cruel où comment, rongé par l’ambition et poussé par sa femme alors qu’il est tout juste auréolé d’une victoire militaire, un général commet un régicide pour s’emparer du trône d’Écosse. Un crime absolu car commis sous son propre toit et qui le fait sombrer peu à peu dans la folie, avant de lui coûter la vie.

Une pièce sur le mal qui sommeille en chacun de nous, l’obsession et le côté implacable du destin, publiée pour la première fois en 1623 et mise ici en image par deux frères jumeaux, Gaëtan et Paul Brizzi qui, après une première adaptation de L’Enfer de Dante, suivi de peu par Don Quichotte, ont décidé depuis 2022 de s’attaquer à de grands classiques de la littérature étrangère.

© Daniel Maghen / Paul et Gaëtan Brizzi

Les frères Brizzi le soulignent eux-mêmes dans l’introduction qui ouvre le livre : les plaines désolées de l’Écosse du XVIIème siècle ainsi que le lugubre et monumental château d’Inverness où se passe presque toute l’action sont quasiment des personnages à part entière de la pièce. Un décor aussi grandiose que froid qu’ils subliment d’ailleurs dans de grandes cases où l’ombre semble grignoter dès qu’elle peut la lumière et où les protagonistes semblent livrés à eux-mêmes, dans un combat perdu d’avance.

© Daniel Maghen / Paul et Gaëtan Brizzi

Le tout est serti dans un noir et blanc crayonné du plus bel effet. Difficile au passage de ne pas penser au cinéma expressionniste allemand des années 20 mais aussi à l’influence de Gustave Doré (1833-1883) – illustrateur attitré de Jules Verne mais aussi de la première édition, justement, de L’Enfer – lors du sabbat organisé par les sorcières, déguisées en sœurs du destin.

Surtout que plutôt que de se laisser emprisonnées par le texte d’origine, nombreuses sont les pages sans texte, comme pour mieux mettre en exergue le combat perdu d’avance de Macbeth contre les forces du mal et sa métamorphose en dictateur amené à être, lui, aussi déchu.

Olivier Badin

Macbeth de Paul et Gaëtan Brizzi. Daniel Maghen éditions. 25 €

07 Juin

24 Heures du Mans 2025. Deux BD en guise de tour de chauffe

La légende des 24 Heures du Mans ne s’écrit pas seulement sur l’asphalte, mais aussi sur le papier. Chaque année, de nouveaux ouvrages viennent enrichir la bibliographie de cette course mythique. En ce mois de juin, deux albums de bande dessinée nous replongent dans l’histoire palpitante de l’épreuve. Moteur !

Plus de cent ans d’histoire ont inscrit les 24 Heures du Mans dans la mémoire collective, bien au-delà du cercle des passionnés. Nul besoin d’être pilote ou fan de la première heure pour avoir entendu les noms de Jean Rondeau ou Michel Vaillant.

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13 Déc

De Mafalda à Nestor Burma, notre sélection de BD pour Noël

Vous cherchez des idées de cadeaux et pourquoi pas des bandes dessinées ? Bonne pioche ! Nous avons sélectionné pour vous dix albums, dix nouveautés, qui ne manqueront pas de faire sensation au pied du sapin.

Vous rêvez d’une grande aventure maritime ou d’un polar dans le Paris des années 50, vous adorez les récits en forme de témoignages ou les autobiographies et n’avez rien contre l’humour… Alors, découvrez sans plus attendre nos dix coups de cœur, spécialement sélectionnés pour vous !

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29 Oct

Jeremiah, Les Envahichieurs, La Horde de Contrevent, Nocéan, Horizon noir, Sturne, L’Héritage fossile… Dix BD SF pour imaginer le futur

Le festival international de science-fiction de Nantes se tiendra du 30 octobre au 3 novembre avec un menu absolument gargantuesque. En attendant, on vous propose de partir aux confins de l’univers et au cœur des grands questionnements contemporains à travers notre sélection de bandes dessinées récentes…

Pour la 25e année, des centaines de chercheurs, auteurs, réalisateurs, artistes et des milliers de visiteurs sont attendus à Nantes pour débattre, imaginer, penser, l’avenir autour cette année de la thématique « Harmonie ». Histoire de se mettre dans l’ambiance, voici déjà une sélection de bandes dessinées de science-fiction qui partagent une certaine inquiétude pour notre planète…

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