Pour sa première œuvre, Ismaël Legrand frappe un grand coup avec un pur récit de dark fantasy ne retenant pas ses coups, animé d’une âme diabolique où les personnages tentent de déjouer le destin et la damnation qui les guettent.
Un héros mutique qui n’en est pas vraiment un, une jeune sorcière obligée d’expier ses fautes en collaborant avec ceux qui veulent exterminer ses sœurs, un inquisiteur poursuivi par une étrange malédiction, un monde en ruines où règnent la mort et la désolation pendant que des ecclésiastiques corrompus tentent par tous les moyens de conserver le pouvoir…
Jeune auteur complet (scénario et dessin), Ismaël Legrand connaît visiblement ses classiques de la dark fantasy. Fantasy avec ce récit épique évoluant dans un monde moyenâgeux phantasmagorique où la magie est maître et où des créatures sinistres rôdent, mais dark (‘sombre’) car dénué de toute belle princesse à sauver ou de gentils hobbits. Dans ce Deathbringer qui porte bien son nom (‘celui qui apporte la mort’), tout n’est que souffrance et désolation.
Si le propos est parfois un chouia trop mystique, c’est vraiment son parti-pris graphique qui frappe le plus. Serti dans un superbe noir et blanc aux détours tranchés et offrant parfois aux déchaînements de violence des pages pleines sans dialogue, Deathbringer marque par son côté implacable et l’aspect cauchemardesque de ses créatures, rappelant parfois le travail de l’illustrateur américain Mark Riddick. Ce récit aux multiples ramifications (trop, peut-être) s’adresse d’ailleurs à un public adulte, avec son atmosphère gothique où le sacré ne cesse de basculer dans l’horreur. S’il ne devient jamais grotesque, ses nombreuses scènes de violence le réservent à un public averti.
L’amateur, lui, s’amusera sûrement à repérer les nombreux clins d’œil (volontaires ou pas) à certaines grandes illustrations chères aux fans de mondes fantastiques, comme par exemple le Death Dealer (1973) de l’Américain Frank Frazetta ou L’île des morts (1886) d’Arnold Böcklin. Et même si Legrand a peut-être commis une erreur de débutant en voulant cumuler les casquettes, le récit étant donc parfois trop verbeux et haché, visuellement c’est impressionnant de beauté. Mais une beauté noire et impitoyable.
Olivier Badin.
Deathbringer, d’Ismaël Legrand. Delcourt. 25,50€


