06 Jan

Prix BD France Télévisions 2026 : les huit albums en lice

En dépit de l’annulation du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême, France Télévisions réaffirme son soutien au neuvième art avec la création du Prix BD France Télévisions.. Huit albums ont été présélectionnés. Le nom du lauréat ou de la lauréate sera révélé le 30 janvier.

Depuis que le monde est monde, on en a vu défiler des sorcières. Mais des comme celle-ci. Jamais ! Ancolie Ventura, c’est son nom, boit beaucoup, se drogue un peu, et enchaine les aventures amoureuses à la vitesse d’un coup de baguette magique. Elle partage sa vie avec un crapaud en psychanalyse, fréquente des fantômes en mal d’amour, des vampires bien évidemment assoiffés de sang et d’autres créatures toutes aussi délirantes, se comporte parfois comme « un gros goret hétéro de base », dixit ses amies et ne se remet pas de sa séparation avec son ex, Loïc, vingt-cinq ans de relation toxique qui se sont achevés sur un coup de couteau…

Vingt-sept ans, une chevelure brune et épaisse soulignée par une frange, une mâchoire carrée, des sourcils prononcés… aucun doute, il y a de l’autrice dans la sorcière et peut-être même de la sorcière dans l’autrice, Salomé Lahoche, qui pourrait bien avoir profité de quelques pouvoirs surnaturels pour nous laisser en PLS devant cet album franchement déjanté et drôle, potion magique à base de pop culture et d’heroic fantasy. Avec son trait et les couleurs vives signées Thaïs Guimard, Salomé Lahoche revisite avec brio et fraîcheur le mythe de nos sorcières bien-aimées.

Ancolie, de Salomé Lahoche. Glénat. 23€

Elle s’appelle Nina Makeup, passe ses journées à se filmer chez elle, capturant des fragments de son quotidien qu’elle partage sur les réseaux sociaux à grand renfort de placements de produits. Influenceuse, elle a su fédérer une communauté autour de son univers. Une vie de rêve ? Pas tout à fait. Si elle peut compter effectivement sur de fidèles admirateurs, elle attire aussi des détraqués. Depuis quelques jours, un homme encapuchonné se tient immobile devant chez elle. Il ne dit rien, ne tente pas de l’approcher, mais cette présence est vécue par Nina comme une menace. Quand l’admiration tourne à l’obsession… c’est le revers de la médaille d’une activité qui, aux yeux de sa mère, se résume à « minauder devant des milliers d’inconnu·e·s »

Après un passage par la science-fiction avec Avant l’oubli et Astra Nova, Lisa Blumen poursuit son chemin dans le monde du neuvième art en dépeignant, cette fois, l’envers du décor des réseaux sociaux. Elle s’intéresse notamment au quotidien des influenceurs et influenceuses, un univers où la visibilité rime avec vulnérabilité, où chaque clic peut attirer autant la gloire que le danger. Sangliers est une bande dessinée d’une grande finesse, aussi juste dans son propos que maîtrisée dans sa narration.

Sangliers, de Lisa Blumen. L’Employé du moi. 25€

Depuis 2011 et son premier album, La Belle Mort, Mathieu Bablet ne cesse de nous surprendre — pour ne pas dire de nous émerveiller, bâtissant trait après trait, page après page, un univers d’une richesse exceptionnelle, où la précision du dessin rivalise avec la profondeur du propos.

Après Shangri-La (2016) et Carbone & Silicium (2020), l’auteur poursuit son exploration des mondes futurs avec Silent Jenny, un impressionnant roman graphique de près de 300 pages, dont chacune force le respect.

Dans ce nouveau récit, les abeilles ont disparu, emportant avec elles toute possibilité de pollinisation, et donc de survie pour une grande partie du vivant. L’humanité vacille, mais parvient à se réorganiser et à subsister au sein de monades, d’étranges habitats collectifs, mobiles et brinquebalants.

C’est dans ce monde en sursis que Jenny, une jeune scientifique, parcourt les coins et recoins de la planète à la recherche des dernières traces d’ADN d’abeilles, dans l’espoir de les cloner et, peut-être, de reconstruire le monde d’avant.

S’il se dit inspiré par la science-fiction des années 70 et notamment par les productions publiées dans Metal Hurlant, Mathieu Bablet fait preuve d’une maîtrise narrative et graphique impressionnante, élaborant un univers bien à lui, foisonnant de détails.

Silent Jenny, de Mathieu Bablet. Label 619. 31,90€

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Alexandre, 28 ans, commercial, une mère toujours là pour lui, quelques amis, peu d’aventures féminines, très peu. Alors Alexandre scrolle frénétiquement sur son téléphone, tente d’en apprendre un peu plus sur la gent féminine, sur ce qu’elle recherche, ce qu’elle attend d’un homme. La politesse, la ponctualité ou la serviabilité ? Des fleurs, des compliments… ou des cadeaux ? Mais aux interrogations succèdent bientôt les frustrations. Une collègue qui évolue professionnellement plus vite que lui, une jeune femme qui lui pose un lapin… et pour finir une rencontre avec un homme aux idées bien arrêtées sur ce que doit être le comportement des hommes et des femmes. Doucement mais sûrement, Alexandre entre en guerre contre les femmes. « Elles nous haïssent », finit-il par se dire. Alors, il compte bien les remettre à leur place… et lui, retrouver la sienne, celle d’un homme, un vrai…

Rouge Signal n’est pas un récit d’horreur à proprement parler, mais il parvient à nous glacer le sang en quelques pages, tant l’autrice décrit avec une acuité redoutable les mécaniques d’une dérive masculiniste. À cette thématique brûlante qui intéresse toutes les sociétés occidentales ou non, Laurie Agusti apporte une touche graphique très personnelle : un trait fin et précis, relevé de couleurs à la gouache, qui contraste avec la violence sourde du propos et renforce l’inquiétante tension du récit.

Rouge Signal, de Laurie Agusti. 2042. 28€

Impossible d’entendre Detroit Roma sans penser à Paris, Texas, une référence sans doute loin d’être anodine. Après René.e aux bois dormants, Grand Prix de la Critique ACBD 2022, Elene Usdin s’associe à son fils Boni pour livrer un récit d’une intensité rare : un road trip nourri de références cinématographiques et de failles intimes, dans une Amérique bien éloignée de son mythe…

Dans la vaste et déglinguée Detroit, rongée par les faillites et le chômage, rien ne prédestinait Becki et Summer à se rencontrer. Issues de milieux opposés, l’une survit dans une bicoque modeste auprès d’un père malade en proie à des hallucinations, tandis que l’autre grandit dans une villa avec piscine, auprès d’une mère, Gloria, ancienne actrice recluse dans ses rôles passés.

C’est finalement l’art qui les rapproche. Becki dessine, croque les silhouettes des gens qu’elle rencontre et graffe sur les murs gris de la ville, tandis que Summer fréquente les milieux underground de Detroit et réalise des films. À la mort de Gloria, elles prennent la route dans une vieille Ford Galaxie rose décapotable, direction Rome — non pas en Italie, mais en Géorgie d’où était originaire Gloria. Ensemble, elles comptent y disperser ses cendres.

Sur la route, entre confidences et silences, les deux femmes rembobinent leur existence, révélant blessures, espoirs et zones d’ombre qui les construisent et les rapprochent.

Passant d’un style graphique à l’autre avec une certaine radicalité, et animés par la volonté de transmettre toute la palette émotionnelle de leurs personnages, Elene Usdin et Boni livrent plus de 350 pages d’un road trip qui capte l’Amérique de 2015, jalonné de multiples clins d’œil au cinéma, à commencer par le judicieux format à l’italienne, qui ouvre l’espace et magnifie les paysages. Impressionnant !

Detroit Roma, de Elene Usdi et Boni. Sarbacane. 35€

Aborder l’euthanasie sans verser dans le pathos relève, a priori, du défi. Pourtant, Lucy Mazel au dessin et Zidrou au scénario le relèvent avec brio dans ce roman graphique publié aux éditions du Lombard. Virgile, c’est son nom – c’est aussi le nom de son protagoniste – raconte le destin d’un ancien basketteur à la retraite, devenu tétraplégique à la suite d’une chute… survenue alors qu’il tentait de sauver un chat. Bloqué dans son lit d’hôpital, à regarder le plafond du matin au soir, « Qu’est-ce que ça peut être con un plafond », Virgile ne peut se résigner à vivre pour ne simplement pas mourir. Et avec le temps choisit la mort médicalement assistée. Suffit maintenant de l’annoncer à sa famille !

Loin d’être larmoyant, l’album de Lucy Mazel et Zidrou se distingue par une grande luminosité graphique et par des dialogues foncièrement drôles. Les auteurs voulaient éviter la tristesse et délivrer un message d’optimisme : c’est pleinement le cas, avec en prime une vraie tendresse pour leurs personnages et une humanité de tous les instants.

Virgile, de Lucy Mazel et Zidrou. Le Lombard. 20,45€

Une femme pose nue au milieu d’inconnus, les laissant observer et dessiner son corps à grands traits de fusain. La scène pourrait paraître presque banale dans une école de dessin en France, elle est totalement inimaginable dans certains autres pays. Cette femme, c’est Mansoureh Kamari. Et cet autre pays, c’est l’Iran, où elle est née et où elle a grandi avant de rejoindre la France en 2011.

Dans ce qui constitue son premier roman graphique, l’autrice se met à nu — au sens propre comme au figuré — pour offrir une plongée intime dans ses premières années de vie et interroger la condition féminine au sein d’un régime patriarcal tel que celui de l’Iran. « La honte et l’insécurité étaient mon quotidien. Mon intimité n’avait aucune valeur pour ces hommes », écrit-elle. Et de fait, à compter de sa majorité, à 9 ans, oui 9 ans, et plus encore à l’âge de ses premières règles, Mansoureh Kamari découvre ce qu’implique de devenir adulte pour une femme iranienne : une succession d’interdictions, la soumission aux hommes, et la confiscation progressive de son propre corps. Un témoignage aussi puissant qu’indispensable !

Ces lignes qui tracent mon corps, de Mansoureh Kamari. Casterman. 24€

Un voyage en amoureux était prévu. Venise, ses canaux, ses gondoles, son carnaval, Venise, la capitale du romantisme et de l’amour. Mais Nine Antico et son compagnon se séparent. Une question s’impose alors : doit-elle malgré tout partir seule ? De cette hésitation, qui se mue peu à peu en doute existentiel, l’autrice glisse vers une réflexion plus intime : celle de l’envie, du désir, de son désir perdu. Venise devient alors le décor idéal pour dérouler sa réflexion et remonter le fil de son existence, de ses rencontres, de ses amours, de ses expériences intimes, et de s’interroger, de nous interroger, sur cette « assignation des filles à plaire ».

Nine Antico avait déjà exploré l’autobiographie avec Le Goût du Paradis, son premier album publié en 2008 aux éditions Ego comme X. Elle y revient ici, en développant des thèmes récurrents dans son œuvre, notamment le désir féminin et le regard des hommes sur les femmes. Pour cela, elle s’appuie sur l’imaginaire de Venise et notamment sur ses masques qui accentuent le regard des protagonistes et lui permettent de maintenir, comme elle le souligne, « la juste distance pour la mise à nu de ce récit très intime ». Côté graphisme, le trait noir, charbonneux et viscéral de Nine Antico imprime à ses dessins une intensité brute et envoutante.

Une Obsession, de Nine Antico. Dargaud. 29,95€

Eric Guillaud

19 Déc

France Télévisions célèbre le neuvième art et lance le Prix BD France Télévisions 2026

En janvier, la bande dessinée sera à l’honneur sur France Télévisions. Malgré l’annulation du Festival d’Angoulême 2026, le groupe audiovisuel réaffirme son engagement en célébrant le neuvième art pendant une semaine exceptionnelle, du 26 au 31 janvier, et en lançant le Prix BD France Télévisions.

06 Déc

Noël 2025. Notre sélection de BD à offrir (ou se faire offrir)

Noël approche et vous êtes en manque d’idées cadeaux ? Pas de panique, voici rien que pour vous une sélection de bandes dessinées récentes qui ne manqueront pas de faire sensation au pied du sapin. Du circuit des remparts d’Angoulême aux routes cabossées de Detroit, des éclats d’humour du New Yorker à la vie héroïque de Madeleine Riffaud, dix albums qui promettent des échappées belles…

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04 Déc

Bulles d’histoire : douze BD pour un passé recomposé

Certains nous prédisent la fin de l’histoire depuis des lustres. Qu’on se rassure, du côté du neuvième art, l’histoire est et sera encore longtemps la matière première des auteurs, une source d’inspiration inépuisable et un terrain d’aventures sans limites pour les lecteurs. Réaliste ou humoristique, documentaire ou romancé, ce genre littéraire se porte mieux que jamais. En témoigne cette sélection de BD parues en 2025…

On ouvre avec le premier volet d’une nouvelle série dont le titre, à lui seul, attise la curiosité : Un Flic sous l’Occupation. Elle est signée par un duo bien connu des amateurs de bande dessinée historique : Philippe Richelle au scénario et Jean-Michel Beuriot au dessin. Tous deux sont les auteurs de la grande saga Amours fragiles, qui proposait déjà une immersion au cœur de la Seconde Guerre mondiale à travers une histoire d’amour poignante entre un soldat allemand et une jeune femme juive. Cette fois, le personnage central est un policier qui tente simplement d’accomplir le travail pour lequel il a été employé : faire respecter la loi, dans une France occupée et fracturée entre ceux qui tirent profit du contexte et ceux qui en souffrent. Et le résultat est, forcément, passionnant. (Profit garanti, Un Flic sous l’Occupation tome 1, de Richelle et Beuriot. Glénat. 17,50€)

Si vous comptez parmi les inconditionnels de Philippe Richelle et Jean-Michel Beuriot, sachez que la saga Amours fragiles, évoquée à l’instant, fait l’objet d’une réédition intégrale dans un format plus compact. Deux volumes sont à ce jour disponibles sur les trois prévus avec rien de plus, pas de bonus, mais rien de moins non plus. (Amours fragiles, Intégrale 1, de Beuriot et Richelle. Casterman. 32€)

On enchaîne avec une autre réédition en intégrale, il s’agit de Malgré nous, la saga de Thierry Gloris et Marie Terray. Les quatre albums parus entre 2009 et 2013 sont désormais réunis en un seul volume, enrichi d’un dossier sur le contexte historique de la série. Inspirée de l’histoire familiale du scénariste mais revendiquée comme une fiction, Malgré nous raconte le destin d’un jeune étudiant insouciant dont la vie bascule avec la Seconde Guerre mondiale et l’annexion de l’Alsace et de la Moselle au IIIᵉ Reich. Enrôlé de force dans la Wehrmacht, comme 132 000 autres Alsaciens et Mosellans – les fameux « Malgré-nous » – il se retrouve emporté dans un conflit qui le dépasse totalement, espérant ne jamais devoir combattre les siens. Une histoire dramatique traitée avec une grande justesse et portée par le dessin réaliste en couleurs directes de Marie Terray, qui signe ici son unique collaboration au monde du neuvième art. (Malgré Nous Intégrale, de Thierry Gloris et Marie Terray. Soleil. 39,50€)

Douze mille enfants d’origine juive ont été exterminés entre 1942 et 1944, rappelle en préambule Jean-Pierre Guéno, dont les nombreux écrits ont servi de base à cette bande dessinée. D’autres, cependant, ont survécu à la Shoah grâce à des Français qui les ont cachés, pas forcément des résistants, mais des hommes et des femmes qui refusaient simplement de fermer les yeux devant l’ignominie. Scénarisé par Serge Le Tendre et illustré par une dizaine de dessinateurs parmi lesquels Lidwine, David Lloyd ou encore Guillaume Sorel, l’album retrace le destin de quelques-uns de ces enfants rescapés. Il raconte leur survie, leurs blessures… et la manière dont chacun d’eux a dû apprendre à vivre avec l’absence, la peur et la mémoire, transformant leur histoire intime en un témoignage essentiel. (Les Enfants cachés, collectif. Soleil. 21,95€)

L’homme est entré au Panthéon le 9 octobre dernier, quarante-quatre ans jour pour jour après l’abolition de la peine de mort, le combat de sa vie. Figure majeure de la Ve République et de la justice française, Robert Badinter demeure un symbole de courage moral et de progrès humaniste. Son nom reste indissociable de ce tournant historique qui a profondément marqué la société et redéfini le rapport de la France à la dignité humaine.
À l’occasion de cette panthéonisation, les éditions Glénat ont réédité l’album que Marie Bardiaux-Vaïente, militante pour l’abolition universelle de la peine de mort, et Malo Kerfriden lui avaient consacré en 2019, en l’enrichissant d’un dossier historique d’une quinzaine de pages. Un récit rigoureusement documenté et porté par un dessin réaliste, sobre et expressif. (L’Abolition, le Combat de Robert Badinter, de Bardiaux-Vaïente et Kerfriden. Glénat. 23€)

Résistante à 18 ans, grand reporter après la guerre, infatigable militante pour la décolonisation et contre l’oppression des peuples, amie de Picasso, d’Éluard ou encore de Hô Chi Minh, Madeleine Riffaud est de ces figures exceptionnelles que seules les grandes heures de l’Histoire savent forger. Depuis 2021, le scénariste Jean-David Morvan et le dessinateur Dominique Bertail retracent son parcours remarquable, en s’appuyant à la fois sur ses souvenirs et sur une documentation historique fouillée. Ce quatrième volet clôt le cycle consacré à la Seconde Guerre mondiale ; le prochain s’intéressera aux années 1950 et notamment à son travail de journaliste. Porté par un découpage d’une remarquable fluidité, un trait sobre, élégant, précis et des atmosphères puissamment ancrées dans leur époque, Madeleine, Résistante constitue un témoignage essentiel pour l’humanité et un vibrant hommage à Madeleine Riffaud, disparue en novembre 2024. (Madeleine, Résistante, tome 4, de Bertail, Morvan et Riffaud. Dupuis. 25€)

Femmes battues, violences fondées sur le genre, violences machistes, violences conjugales, féminicides, violences intrafamiliales… Au fil du temps, et selon les contextes culturels ou géographiques, le vocabulaire utilisé pour désigner les violences sexistes et sexuelles a profondément évolué. Mais la réalité, elle, demeure tragiquement la même, avec des chiffres qui parlent d’eux-mêmes : en 2024, 122 600 victimes de violences sexuelles ont été enregistrées par les services de police et de gendarmerie nationales, et 107 femmes sont mortes sous les coups de leur conjoint ou ex-conjoint. Sur près de 400 pages d’un récit dense, documenté et solidement argumenté, Géraldine Grenet et Marie-Ange Rousseau proposent une approche historique de cette question, remontant jusqu’aux origines de la domination masculine fixée au Néolithique. On y parle des violences au sein du couple, mais aussi de celles qui s’exercent dans l’espace public, dans les milieux du pouvoir, de l’inceste, des violences obstétricales et gynécologiques, de l’évolution du droit ou encore du parcours judiciaire des victimes. Le propos, d’une gravité assumée, est contrebalancé par une mise en images qui apporte respiration, clarté et sens. (Les Combattantes, une histoire des violences sexistes et sexuelles, de Grenet et Rousseau. Delcourt. 32,50€)

Changement radical de thématique avec ces deux albums parus en octobre dans la nouvelle collection Fortunes de mer des éditions Glénat. À la manœuvre, Jean-Yves Delitte, peintre officiel de la Marine belge, membre titulaire de l’Académie des Arts & Sciences de la mer, et auteur d’une bonne centaine d’albums, dont un grand nombre consacrés à l’histoire de la navigation. Il s’intéresse ici à deux naufrages qui ont marqué leur époque, celui de La Blanche Nef en 1120 sur lequel avait notamment embarqué l’héritier du trône d’Angleterre, et celui du Lusitania en 1915, coulé par un sous-marin allemand. Chaque récit est complété par un cahier historique de 8 pages. À noter que l’album La Blanche Nef est bien scénarisé par Jean-Yves Delitte mais dessiné par les Italiens Marco Bianchini et Francesco Mercoldi. (La Blanche Nef et Le Lusitania, de Jean-Yves Delitte. Glénat. 16€ le volume)

Le récit de Georges Bensoussan, Danièle Masse et Yana Adamovic commence avec l’attaque sanglante du Hamas contre Israël le 7 octobre 2023, suivie de la riposte tout aussi meurtrière menée par Israël dans la bande de Gaza. L’horreur des deux côtés et une question essentielle pour tout le monde : comment en est-on arrivé là ? C’est à cette interrogation que l’album tente d’apporter des éléments de réponse en remontant loin dans le passé, bien au-delà de l’après-Seconde Guerre mondiale, jusqu’en 1881, année marquant le début de la première alya, ou première vague d’immigration sioniste en Terre d’Israël. Inscrit dans une démarche voulue aussi objective que possible, l’album s’appuie sur l’ouvrage éponyme de Georges Bensoussan — agrégé d’histoire et ancien directeur éditorial du Mémorial de la Shoah à Paris — publié dans la collection Que sais-je? en 2023. (Les origines du conflit israélo-arabe, de Bensoussan, Masse et Adamovic. Delcourt. 24,50€)

Principe fondateur de la démocratie française, la laïcité a été consacrée par une loi adoptée il y a tout juste 120 ans, le 9 décembre 1905. Communément appelée loi de 1905, elle proclame la liberté de conscience, ainsi que celle de manifester ses convictions dans le respect de l’ordre public. Elle garantit également la séparation des institutions publiques et des organisations religieuses, et affirme l’égalité de tous devant la loi, quelles que soient les croyances. Rien de moins ! Dans cet album publié aux éditions Delcourt, Arnaud Bureau — scénariste et historien de formation — et Alexandre Franc au dessin retracent le long chemin qui a conduit à l’adoption de ce texte majeur porté par Aristide Briand. L’ouvrage est dense, très complet et solidement documenté, tout en étant abordé avec une vraie légèreté graphique et narrative. (Laïcité : comment la loi de 1905 fut votée, de Bureau et Franc. Delcourt. 20,50€)

On termine cette sélection avec un album à la dimension romanesque, mais solidement ancré dans la réalité historique. Il retrace un épisode de l’histoire familiale d’Olivier et Jean-Laurent Truc, transmis depuis des décennies sur de simples feuilles dactylographiées. Le récit concerne leur arrière-grand-père, Hermentaire Turc, professeur d’ophtalmologie, chargé par le gouvernement français d’une mission aussi délicate que décisive : opérer le roi du Cambodge, Sisowath, afin de lui sauver la vue et, par la même occasion, de préserver la stabilité du protectorat français. Au-delà de ce fragment d’histoire familiale déjà passionant par lui-même, La Danseuse aux dents noirs nous plonge avec délectation sur cette terre d’aventure qu’est l’Asie du Sud-Est, avec une bonne dose de suspense, de complots et de trahisons. De quoi nous tenir en haleine jusqu’au bout des 130 pages. (La danseuse aux dents noires, d’Éric Stalner, Olivier Truc et Jean-Laurent Truc. Dupuis. 21,95€)

Eric Guillaud

03 Déc

Spawn 2025 ou comment relancer une série sans trahir son ADN

Personnage emblématique des comics indépendants nord-américains des années 90, Spawn a eu tendance ces dernières années à quelque peu perdre ses lecteurs et lectrices à force de diversification. Une nouvelle série, dont les douze premiers épisodes sont compilés ici en VF, tente de remettre un peu d’ordre dans tout ça. 

On peut carrément parler d’empire. Sa carrière, Todd McFarlane l’a quasiment presque entièrement construite sur le personnage de Spawn, créé en 1991. Même si pour beaucoup son heure de gloire est derrière lui, ses multiples déclinaisons ayant fini par quelque peu épuiser les lecteurs à force de détours parfois à la truelle, cette icône faustienne refuse de mourir, à l’instar d’Al Simmons l’agent spécial qui lui a donné naissance en passant un pacte diabolique pour revenir d’entre les morts.

Mais entre les one-shot plus ou moins réussis et les multiples rééditions, il est parfois difficile de s’y retrouver pour le néophyte. La série Spawn 2025 arrive donc à point pour servir de plutôt bonne porte d’entrée pour ces derniers, mais à condition d’avoir un minimum bossé son sujet.

@ Delcourt / Todd McFarlane, Brett Booth & Rory McConville

Est-ce qu’on peut parler de reboot à proprement parler ? Pas tout à fait, mais plus de l’ouverture d’un nouveau chapitre remettant les choses à plat tout en se référant au passé et en permettant aux nouveaux venus de découvrir l’esprit torturé de ce rejeton de l’enfer tel qu’il se définit lui-même sans forcément connaître sur le bout des doigts son passif.

Premier élément important : à l’instar de pas mal de ses successeurs, le dessinateur Brett Booth se cale ici volontairement dans le style graphique d’origine. Il se rapproche au plus possible de la patte 90s de McFarlane, avec le même goût pour les visages anguleux, l’outrance visuelle et les couleurs qui pètent dans tous les sens.

Ensuite, même si la série n’a jamais trop versé dans le blabla inutile, l’accent est ici clairement mis sur l’action à tout va. Il faut dire que le point de départ est plutôt propice : suite à une décision malheureuse de Spawn (racontée dans Spawn #100) le trône des enfers a été laissé vacant trop longtemps, les agents du ciel et de l’enfer se retrouvent bloqués sur terre, privés de leurs pouvoirs. Bludd, le roi des vampires en profite pour les exterminer et prendre le pouvoir. Bien qu’affaibli et redevenu mortel, Spawn va essayer de corriger son erreur…

@ Delcourt / Todd McFarlane, Brett Booth & Rory McConville

Présenté comme ça, forcément, cela paraît très grandiloquent et pour être franc, ça l’est. Mais c’est justement là tout le sel du personnage. D’ailleurs, plus on progresse dans les douze premiers épisodes de cette nouvelle série mensuelle (réunis pour la France dans ce tome), plus le ton devient nerveux et flamboyant, culminant avec des batailles absolument dantesques dans les deux derniers épisodes dont certains des protagonistes rappellent furieusement certains héros de la série télé Le Chevalier Du Zodiaque mais version apocalyptique !

Todd McFarlane, ici crédité comme co-scénariste, reste peut-être bloqué sur les mêmes obsessions (la damnation, le prix à payer pour conserver son humanité, ce monde souterrain qu’on refuse de voir) mais avec Spawn 2025, il prouve une nouvelle fois qu’il n’a pas perdu de son mordant.

Olivier Badin

Spawn 2025 de Todd McFarlane, Brett Booth & Rory McConville. Delcourt. 30€

29 Nov

Sur la route de Detroit Roma : l’Amérique en CinémaScope d’Elene Usdin et Boni

Impossible d’entendre Detroit Roma sans penser à Paris, Texas, une référence sans doute loin d’être anodine. Après René.e aux bois dormants, récompensé par le Grand Prix de la Critique ACBD 2022, Elene Usdin s’associe à son fils Boni pour livrer un récit d’une intensité rare : un road trip nourri de références cinématographiques et de failles intimes, dans une Amérique bien éloignée de son mythe…

Dans la vaste et déglinguée ville de Detroit, rongée par les faillites et le chômage, rien ne prédestinait Becki et Summer à se rencontrer. Issues de milieux sociaux opposés, l’une survit dans une bicoque délabrée aux côtés d’un père malade, sujet à des crises d’hallucinations, tandis que l’autre grandit dans une villa avec piscine, auprès d’une mère, Gloria, qui, jadis fut actrice mais vit désormais retranchée dans son monde, rejouant à l’infini les mêmes rôles.

C’est l’art qui finit par les rapprocher : Becki dessine, croque les silhouettes qui l’entourent et graffe sur les murs gris de la ville, tandis que Summer fréquente les milieux underground de Detroit et réalise des films. À la mort de Gloria, les deux femmes décident de prendre la route à bord d’une vieille Ford Galaxie rose décapotable. Direction Rome — non pas en Italie, mais dans l’État de Géorgie — un patelin sans autre intérêt que d’être la ville natale de Gloria, où Becki et Summer comptent bien répandre ses cendres.

Sur la route, entre confidences et silences complices, Becki et Summer rembobinent le fil de leur existence, révélant peu à peu les blessures, les espoirs et les zones d’ombre qui les ont construites et finissent par les rapprocher.

Passant d’un style graphique à l’autre, d’une technique à une autre, et animés par la volonté de transmettre au lecteur toute la palette émotionnelle de leurs personnages, Elene Usai et Boni nous embarquent dans plus de 350 pages d’un road-trip qui se lit comme un instantané de l’Amérique de 2015, jalonné de multiples clins d’œil au cinéma, à commencer par le très judicieux format à l’italienne, qui ouvre grand l’espace et magnifie les paysages. Impressionnant !

Eric Guillaud

Detroit Roma, de Elene Usdin et Boni. Sarbacane. 35€

19 Nov

La Vie secrète des arbres : une édition luxe de la BD tirée du best-seller de Peter Wohlleben au menu de Noël

Véritable phénomène de librairie, aussi bien dans sa version livre que bande dessinée, La Vie secrète des arbres revient pour les fêtes dans une somptueuse édition luxe pour le plus grand plaisir des amoureux de la nature…

Dire de ce livre qu’il est un phénomène de librairie est une évidence tant son succès dépasse les frontières habituelles du genre et touche un lectorat d’une étonnante diversité. La Vie secrète des arbres a d’abord connu une première vie en format livre non illustré (2015), avant d’en connaître une seconde en version illustrée cette fois (2017) et une troisième sous la forme d’une adaptation en bande dessinée (2023). Avec à chaque fois le même succès auprès du public, plus d’un million d’exemplaires vendus à ce jour toutes éditions confondues !

À l’approche de Noël, Les Arènes BD ont souhaité offrir une version luxe de cette adaptation en bande dessinée, un écrin au format généreux (245 X 332), avec verni sélectif grené, embossage, tranchefile, signet et dos toilé jaune.

© Les Arènes BD / Bernard, Flao & Wohlleben

Pour le reste, rien ne change : on y découvre l’histoire de Peter Wohlleben, ingénieur forestier qui considérait les arbres comme une ressource à exploiter, jusqu’au jour où il découvre une souche étonnamment maintenue en vie par les arbres alentour. Une révélation qui l’amène à s’interroger : les arbres pourraient-ils posséder une forme d’organisation sociale aussi structurée que celle des fourmis ?

C’est à partir de ce moment-là qu’il a réellement commencé à s’intéresser aux arbres. Et à les aimer. Une passion qu’il s’attachera ensuite à transmettre dans son livre et, par délégation, par affiliation presque, dans les différentes adaptations. Et de ce côté-là, Fred Bernard et Benjamin Flao ont fait un sacré boulot : loin de se contenter d’illustrer basiquement le propos, ils l’ont enrichi de leur sensibilité, de leur poésie et d’un brin d’humour, offrant au récit une profondeur nouvelle.

© Les Arènes BD / Bernard, Flao & Wohlleben

Et de découvrir les petits et grands secrets des forêts, de leur flore et de leur faune : un monde insoupçonné où se joue, mine de rien, l’avenir de notre civilisation. Comme le rappelle Peter Wohlleben : “Protéger les arbres, c’est protéger la Terre et l’humanité tout entière.” Un livre qui ravira les amoureux de la nature et fera peut-être réfléchir ceux qui ne le sont pas encore…

Eric Guillaud

La Vie secrète des arbres, de Fred Bernard et Benjamin Lao, d’après le livre de Peter Wohlleben. Les Arènes BD. Version luxe 39€, version classique 29,90€

16 Nov

Le Jour le plus long du futur de Lucas Varela : un récit SF qui laisse sans voix

Publié initialement en 2015 aux éditions Delcourt, le récit de Lucas Varela entame une deuxième vie chez Tanibis avec une version remaniée et augmentée d’une trentaine de planches supplémentaires… et toujours pas un mot !

Pas un mot, à peine quelques onomatopées, tout passe ici par le dessin de Lucas Varela. Bienvenue à Paradiso, sous le soleil exactement. C’est ici que tout commence avec, dans le rôle du touriste de base, un extraterrestre tout bleu venu s’offrir quelques heures de repos sans doute bien méritées, installé dans un transat planté au milieu de la plage. À ses côtés, son enfant, ou son animal de compagnie, une petite boule, elle aussi bleue, avec une poignée. C’est pratique pour le transport !

Et il a bien raison de se reposer, notre extraterrestre. Car à peine les deux ou trois premières pages passées, le voilà embarqué dans une histoire de dingues, dans un monde de dingues, où deux géants de l’industrie agroalimentaire s’affrontent à mort pour régner en maître sur la vie de chacun. Et lorsque l’un d’eux met la main sur la mystérieuse valise de l’Alien, il détient soudain une arme redoutable, capable de provoquer une véritable destruction massive. Autant dire que le chaos s’annonce mémorable…

Dans un style rétrofuturiste, l’Argentin Lucas Varela dépeint ici une société dystopique à souhait, sombre et sans pitié, où tout est sous contrôle, jusqu’aux individus eux-mêmes, broyés par un système qui ne laisse plus la moindre place à l’amour et à la liberté.

Eric Guillaud 

Le Jour le plus long du futur, de Lucas Varela. Tanibis. 25€

© Tanibis / Varela

11 Nov

L’Amour et la vermine : un recueil de dessins publiés dans le New Yorker signés Will McPhail

Il ne lui aura fallu qu’un seul livre pour s’imposer dans le vaste monde du neuvième art. Au-dedans, paru en janvier 2024, a été unanimement salué par la critique comme par le public, raflant au passage plusieurs distinctions prestigieuses, dont le Prix BD Fnac France Inter 2025. Will McPhail revient aujourd’hui avec L’Amour et la Vermine, un recueil d’illustrations publiées dans The New Yorker. Rien de moins que la confirmation d’un talent singulier.

Lorsque son premier album a débarqué dans nos librairies préférées en janvier 2024, il faut bien avouer qu’on ne connaissait pas grand-chose du bonhomme, si ce n’est qu’il œuvrait depuis plusieurs années pour le prestigieux New Yorker.

Mais peu importait l’homme : ce qui comptait sur le moment, c’était son livre, Au-dedans, qui, rien que par son titre et sa couverture, éveillait déjà notre curiosité.
Mais que pouvait bien raconter Au-dedans ? Une aventure intérieure — ou plus précisément, une aventure vers l’intérieur. La petite porte dessinée sur la couverture ouvrait la voie à cet espace intime. Et tout au long de l’ouvrage, une question revenait, obsédante : comment relier les intérieurs entre eux ? Autrement dit, comment connecter les êtres humains les uns aux autres ?

© 404 Graphic / Will McPhail

Avec Au-dedans, l’année 2024 démarrait fort pour tous les amoureux du neuvième art et pour Will McPhail surtout, qui allait récolter les éloges de la presse, du public et des professionnels de la bande dessinée. Plusieurs milliers d’exemplaires vendus et une poignée de récompenses plus tard, l’auteur anglais revient avec une nouvelle pépite, L’Amour et la Vermine, un recueil rassemblant quelque 250 de ses illustrations parues dans The New Yorker.

On y retrouve ce style qui nous avait séduits dès les premières pages d’Au-dedans : un trait réaliste d’une grande précision, des personnages aux yeux écarquillés, un dessin épuré, un humour d’une finesse rare, un sens aigu de l’observation et un regard d’une lucidité saisissante sur notre monde.

Eric Guillaud

L’Amour et la vermine, de Will McPhail. 404 Graphic. 35€

© 404 Graphic / Will McPhail

07 Nov

« Je cherchais le fils et j’ai trouvé le père » : le scénariste Philippe Pelaez accompagné de Bernard Khattou au dessin remonte aux origines des Kennedy

Sur près de 500 pages, Philippe Pelaez et Bernard Khattou remontent le fil d’une destinée hors norme, celle d’une famille dont les rêves de gloire se sont souvent heurtés à la fatalité. Kennedy(s), une épopée graphique où l’Histoire croise la légende.

« Je cherchais le fils et j’ai trouvé le père » : ainsi débute la postface de Philippe Pelaez en ouverture d’un dossier très complet accompagnant le récit en bande dessinée. Il cherchait le fils, John Fitzgerald Kennedy, pour en raconter l’ascension et la fin tragique que nous connaissons tous, son assassinat à Dallas en 1963.

Mais en rassemblant sa documentation, le scénariste a vu émerger une autre figure tout aussi incontournable, celle du père, Patrick Joseph Kennedy. Un homme né sur le sol américain de parents irlandais ayant fui la famine qui ravageait leur pays, et qui allait, par son ambition démesurée, jeter les bases d’une dynastie aussi puissante que tourmentée.

© Glénat / Pelaez & Khattou

Sur près de 500 pages en noir et blanc, Kennedy(s) — avec ce s qui souligne d’emblée la dimension plurielle du récit — retrace l’histoire d’une famille hors norme, entre réussites éclatantes et tragédies successives.

L’histoire commence quelque part sur les quais de Boston en 1849 avec l’arrivée en Amérique de Patrick Joseph Kennedy et s’étend jusque dans les années 1960 avec la mort du petit-fils, président des États-Unis, John Fitzgerald Kennedy, assassiné lors d’un déplacement à Boston, un siècle d’une histoire familiale qui a toujours flirté avec la mort, un siècle de l’histoire d’une nation et au-delà un siècle de l’histoire du monde contemporain. 

© Glénat / Pelaez & Khattou

S’appuyant sur une documentation phénoménale, dont témoigne l’imposante bibliographie en fin d’ouvrage, Philippe Pelaez cherche à éclairer l’origine du mythe Kennedy, précisément là où se nichent sans doute les explications de la tragédie de Dallas. Graphiquement, Bernard Khattou, dont on a déjà pu mesurer le talent dans Bikini Atoll ou Sunlight, enchaine les pages avec un trait réaliste alliant précision et sens du détail, embarquant littéralement le lecteur au cœur de l’histoire.

Eric Guillaud

Kennedy(s), de Pelaez et Khattou. Glénat. 38€