21 Fév

Minor Arcana : la nouvelle série envoûtante de Jeff Lemire

Une boule de cristal, des cartes de tarot, un cabinet de voyance et une protagoniste qui préférerait être ailleurs : pas besoin d’être voyant pour comprendre que Jeff Lemire nous offre, derrière cette couverture cafardeuse, un récit où le passé colle à la semelle et où l’avenir n’est qu’une arnaque de plus…

Limberlost, tout le monde descend ! Enfin, surtout Theresa Saint-Pierre. Car, à vrai dire, il n’y a pas grand monde dans le bus et encore moins à vouloir faire une halte dans ce patelin paumé. Même Theresa Saint-Pierre ne s’y rend pas avec le sourire, loin de là. « Merde… je suis chez moi », rage-t-elle en touchant de ses pieds l’asphalte de sa ville natale. Il faut dire que la jeune femme ne revient pas pour le plaisir mais pour s’occuper de sa mère alcoolique et voyante. Enfin voyante… c’est ce qu’elle dit. Theresa est persuadée qu’elle ne voit pas plus loin que le bout de son nez et de son porte-monnaie.

© Delcourt / Lemire

Et les retrouvailles sont un peu piquantes, entre elle et sa mère, mais aussi avec tous les fantômes de sa vie d’avant, restés ici contrairement à elle : « Je ne me suis jamais sentie chez moi ici. À Limberlost. J’ai passé ma vie à me dire que je valais mieux que ça ». Mais ce retour lui réserve quelques surprises, des surprises qu’elle aurait peut-être pu voir venir dans la boule de cristal ou les cartes de sa mère…

© Delcourt / Lemire

Jeff Lemire est l’un des auteurs majeurs de la bande dessinée contemporaine. Il suffit de jeter un œil à son palmarès pour s’en convaincre : il a notamment remporté deux Eisner Awards de la meilleure nouvelle série, en 2017 pour Black Hammer et en 2019 pour Gideon Falls. Mais le mieux reste encore de se replonger dans ses livres, depuis Essex County sorti aux éditions Futuropolis en 2010 jusqu’au plus récent Labyrinthe inachevé paru chez le même éditeur en 2022. Avec Minor Arcana, Jeff Lemire nous ressert son trait brut et profondément expressif, un dessin fragile en apparence mais d’une puissance émotionnelle immédiate, parfait pour ce récit qui flirte avec l’occulte.

Eric Guillaud

Le Fou, Minor Arcana tome 1, de Jeff Lemire. Delcourt. 17,50€

“Ce n’est pas juste un comics” : rencontre avec James Tynion IV, le scénariste de The Nice House On The Lake était de passage à Paris pour présenter Exquisite Corpses

Le grand public français l’a véritablement découvert avec The Nice House Of The Lake et Derrière La Porte. Auréolé de plusieurs prix (dont le prestigieux Eisner Award) et à seulement 39 ans, James Tynion IV maîtrise déjà à la perfection l’art de suggérer l’horreur et l’angoisse. En prenant les rênes de son destin et en fondant sa propre maison d’édition, il a décidé de faire un pas de côté avec la série Exquisite Corpses. Nous l’avons rencontré à Paris…

© Urban Comics / James Tynion IV et Michael Walsh à Paris – Février 2026

Très prolixe, avec cette décontraction typiquement américaine, James Tynion IV sait qu’il est actuellement l’un des scénaristes les plus en vue de la BD indépendante outre-Atlantique. Et il compte bien en profiter. Attablé dans un bistrot parisien où il enchaîne les interviews sans se défaire de sa bonhommie, il nous parle de la sortie du premier épisode d’Exquisite Corpses en France, réalisé avec le dessinateur Michael Walsh. Le tout est un sacré petit jeu de massacre et mérite bien son titre en VF de ‘cadavre exquis’, les autres épisodes étant pris en charge par d’autres équipes créatives, mais sous sa direction.

D’abord, comment devrions-nous qualifier ce Exquisite Corpses, ou ‘cadavres exquis’ en VF ? Est-ce le début d’une franchise ? D’une série ? Voire d’un empire ? Ou est-ce que c’est ‘juste’ un comics ?

James Tynion IV . Ce n’est pas juste un livre de comics. Je dirais que c’est une série avec un vrai potentiel de franchise et pour être franc, cela a très bien démarré aux États-Unis, où beaucoup de choses se jouent la première semaine car tu vois tout de suite si le public accroche ou pas. Or, avec Exquisite Corpses, cela a été mon meilleur lancement en trois ans ! Donc cela nous réconforte dans notre idée d’en faire un objet multimédia unique et nous avons d’ailleurs un plan sur cinq ans pour ça.

Après avoir longtemps travaillé pour DC Comics, vous avez décidé en février 2024 de lancer votre propre maison d’édition, Tiny Onion (‘petit oignon’) dont Exquisite Corpses est la première grosse sortie. Est-ce que vous avez su dès le début que ce serait, en quelque sorte, votre vaisseau-amiral ?

Clairement, oui. J’avais l’idée en tête depuis pas mal d’années, depuis que j’avais travaillé chez DC sur des crossover où l’on réunissait plusieurs univers différents dans une seule et même BD. Je me suis dit que j’aimerais utiliser le même type d’énergie mais au bénéfice d’une œuvre faite par et appartenant aux artistes. Je savais que le concept de cette nouvelle série serait parfait pour fédérer autour d’elle tout un groupe de dessinateurs et de scénaristes, quitte à me lancer dans quelque chose dont la magnitude n’avait rien à voir avec ce que j’avais fait jusqu’à maintenant. Et franchement, cela s’est révélé être l’une de mes expériences les plus amusantes et collaboratives de ma vie.

Mais on ne peut pas dire que vous avez choisi la facilité pour lancer ta maison d’édition, Exquisite Corpses étant particulièrement violent, noir et pas franchement très grand public non ?

Oui, mais c’est comme ça, vous savez, je ne pense pas qu’il y ait de valeur à jouer la facilité. En ce moment, il est difficile de lancer des idées originales sur le marché des comics, qui s’est pas mal rétréci. Une grande partie du public préfère graviter vers les valeurs sûres et les super-héros ancestraux et d’ailleurs, des boîtes comme Energon Universe lancée par Robert Kirkman le créateur de The Walking Dead a su, avec succès, réinventer des séries comme Transformers ou GI Joe. Mais nous, nous avons choisi de lancer notre propre univers et pour attirer les lecteurs et les lectrices, on avait besoin de choquer un peu. Ce ton plus brutal nous permet également de nous différencier : jamais par exemple DC Comics n’aurait lancé une série comme Exquisite Corpses où l’un des tueurs est un gamin de douze ans fan de jeux vidéo ! Accessoirement, j’avoue ne pas vouloir suivre cette recherche en respectabilité qui anime pas mal d’éditeurs à l’heure actuelle. Lorsque j’étais gamin, les comics ne cherchaient pas à se faire aimer de tous, c’était de l’art, un point c’est tout, quitte à ce que cela ne plaise pas à tout le monde, voire que cela en énerve certains.

© Urban Comics – Tiny Onion / James Tynion IV & Michael Walsh

Le pitch d’Exquisite Corpses est assez osé : tous les cinq ans, les treize grandes familles qui, en secret, contrôlent les États-Unis envoient dans une petite ville de leur choix leurs champions s’entretuer, le gagnant permettant à son propriétaire si l’on peut dire de régner sur les pays pour les cinq années à venir. C’est très graphique et ne cache aucun détail. Mais croyez-vous vraiment qu’en 2026 on puisse encore choquer les gens ?

Choquer pour choquer, non. Et ce n’est de toute façon pas notre motivation première. Surtout qu’il aurait été très facile, trop même, de céder à la tendance actuelle portant sur la nostalgie des années 80 et les slashers de l’époque, style Vendredi 13. Je comprends qu’il y ait un public pour ça mais nous ne voulions pas aller dans ce sens-là. Surtout que l’idée que nous vivons sans le savoir dans une société où tout est contrôlé par treize familles hyper-riches qui s’amusent tous les cinq ans à remettre en jeu leur titre de famille dominante tout en tuant au passage des innocents me paraît beaucoup plus effrayante.

Vous suggérez que ce jeu cruel remonte à 1775, soit au début de la guerre d’indépendance des États-Unis qui se résumait alors à treize états, d’où les treize familles. Est-ce que cela veut dire que, selon Exquisite Corpses, les États-Unis ont été bâtis sur un mensonge ? 

Vous croyez que vous avez le pouvoir, que votre vote peut compter et que vous pouvez changer les choses. Mais vous savez quoi ? C’est juste un jeu. Une illusion. C’est pour ça qu’Exquisite Corpses va au-delà de l’horreur graphique car d’une certaine façon, nous disons que tout ce que vous regardez, c’est faux. Il existe dans ce monde des gens extrêmement puissants dans le monde pour qui les règles ne s’appliquent pas mais qui les fixent pour le reste d’entre nous.

© Urban Comics – Tiny Onion / James Tynion IV & Michael Walsh

Nous nageons donc là en pleine théorie conspirationnelle ?

(sourire) Tout cela reste un comics, attention. Surtout, je pense que la réalité est, hélas, beaucoup plus terre-à-terre et ennuyante. Mais pas moins dangereuse et horrible. La réalité est plus puissante que la fiction et c’est une drôle de période pour écrire un commentaire sur le monde car les systèmes censés nous protéger ne fonctionnent pas comme nous l’avions dit qu’ils fonctionneraient dans des moments de crise. C’est un moment que beaucoup de nous ressentent.

Revenons au concept en lui-même : le cadavre exquis, en bon français, est un procédé littéraire dont l’un des meilleurs exemples fut le duo formé par Marcel Allain et Pierre Souvestre qui ont créé en 1911 le personnage de Fantômas. Pour pouvoir soutenir la cadence frénétique du roman-feuilleton, ils s’alternaient à l’écriture de chaque chapitre pour être ainsi deux fois plus productifs, sans forcément savoir où l’autre voulait emmener le récit. Est-ce le cas également ici ?

Pas tout à fait. Disons que c’est beaucoup plus sous contrôle car nous voulions être sûrs de conserver un récit cohérent. Déjà, Michael Walsh et moi nous avons écrit le premier chapitre, dessiné les contours du monde et caractérisé tous les personnages qui y évoluent. Le design des différents tueurs en série par exemple était également bien établi. Mais une fois toutes ces données établies, nous les avons mises à disposition de la salle d’écriture et demandé aux différents auteurs que nous avions conviés où est-ce qu’ils pensaient nous emmener avec tout ça.

Mais quelle est leur liberté réelle ?

Elle est assez grande. Comme tout le monde, j’ai mon personnage préféré mais si un auteur décide de les trucider dès le quatrième épisode, je ne vais rien faire pour l’empêcher. Disons que Michael et moi, nous agissons comme une sorte de comité de direction contrôlant la qualité finale du produit tout en laissant chacun s’exprimer comme il l’entend.

© Urban Comics – Tiny Onion / James Tynion IV & Michael Walsh

Toute l’action se passe dans une petite ville imaginaire de la côte est américaine du nom d’Oak Valley dont personne ne peut sortir. Est-ce que ce n’est pas un, disons, terrain de jeu trop limité sur le plan dramatique ?

C’était justement un sacré défi à relever. Et lorsqu’on y pense, il y a aussi cette compétition entre ces treize tueurs. Mais il y a aussi les treize puissantes familles derrière, leurs motivations, leurs histoires, leurs luttes internes… Et puis il y a tous ces civils dont la seule faute est de vivre au mauvais endroit au mauvais moment et qui doivent apprendre à essayer de ne pas se retrouver au milieu de tout ça tout en faisant de leur mieux pour résoudre leurs soucis personnels. Donc tout cela mis bout-à-bout offre énormément de déclinaisons possibles.

Est-ce que l’on peut penser qu’Oak Valley est représentatif de ce que l’on a appelé ‘suburbia’, c’est-à-dire ces petites villes pleines de lotissements loin des grandes métropoles qui constellent le territoire américain ? Et pourquoi ce choix de la côte est ?

Oui, c’est même carrément un archétype. Il existe des centaines, des milliers d’Oak Valley aux USA qui ont parfois leurs heures de gloire dans les années 50 ou 60 et qui dépérissent depuis. Quant au choix de la Nouvelle-Angleterre et plus précisément de l’état du Maine, c’est clairement un hommage à l’œuvre de Stephen King dont la quasi-intégralité des romans se passe dans le Maine.

Mais vous savez comment tout cela va finir ?

Ah oui, j’ai une idée très précise. Mais non, je ne vais rien te dire ! Au moment où je te parle, le dernier épisode dont la sortie est prévue en mai prochain aux États-Unis est en train d’être finalisé.

D’après ce que j’ai lu, d’autres déclinaisons sont déjà prévues ?

Tout à fait. Nous travaillons actuellement sur le développement d’une série pour la télé même si nous sommes encore trop tôt dans le processus pour pouvoir en dire plus. Mais tout cela rappelle que le comics n’est que le début : il y a déjà un jeu de cartes, une série est donc en cours d’écriture plus d’autres choses. En fait, Exquisite Corpses ne fait que commencer.

Une interview d’Olivier Badin

Exquisite Corpses de James Tynion IV & Michael Walsh. Urban Comics / Tiny Onion. 13,90 € .

14 Fév

De Marsupilami à Mickey, douze BD jeunesse à dévorer pendant les vacances d’hiver

L’aventure est au bout de la page !  Voici notre sélection de bandes dessinées jeunesse, douze albums, autant d’invitations à s’évader… sans bouger de son lit. Merci qui ?

On commence avec un récit de science-fiction qui vient de paraître aux éditions Dupuis et dont la particularité est de s’intéresser aux HPI, les fameux Hauts Potentiels Intellectuels. Zebraska est le nom de ce récit, c’est aussi le nom d’une bande dessinée réalisée par la grand-mère du protagoniste principal, une œuvre dont elle lui fait cadeau et qui va bousculer sa vie, dans un futur où les livres ont définitivement disparu. Martin, 15 ans, y découvre la condition de HPI à travers le quotidien de son propre père. « Il me titille, me bouscule, m’effraie. J’ai peur de quoi en fait ? Qu’il me dévoile ?' », s’interroge-t-il. Et effectivement, ce récit lui fait prendre conscience de sa propre condition de HPI… Prévu en deux volumes, Zebraska aborde avec intelligence et humanité la vie de ces drôles de « zèbres », des enfants pas tout à fait comme les autres. Un dossier pédagogique accompagne la bande dessinée et apporte des clés pour mieux comprendre cette singularité, tout en soulevant une question essentielle : suis-je, moi aussi, HPI ? (Zebraska, de Borecki, Bary et Corbeyran. Dupuis. 13,50€)

Grand classique parmi les classiques de la littérature, le roman Croc-Blanc de l’écrivain américain Jack London se voit une nouvelle fois adapté en bande dessinée, cette fois sous la plume de Maxe L’Hermenier et les pinceaux de Thomas Labourot, pour le compte des éditions Jungle. Sans réelle surprise du côté de l’intrigue, on retrouve la nature sauvage du Grand Nord canadien et le fameux chien-loup qui, au contact des hommes, apprendra la soumission, découvrira la brutalité des combats de chiens… avant de finalement connaître l’affection et la liberté. Côté dessin, Thomas Labourot opte pour un trait clair et fluide, d’une belle expressivité, soutenu par une palette de couleurs douce qui accompagne avec justesse l’atmosphère du récit. (Croc-Blanc, de L’Hermenier et Labourot. Jungle. 14,95€)

Le plus célèbre des papas poules du neuvième art a fait son retour en octobre dernier avec une nouvelle fournée de gags le mettant en scène dans sa vie quotidienne. Et quelle vie ! Avec quatre filles à la maison et pas une mère à l’horizon, Dad doit tout gérer en solo. Alors forcément, ça peut parfois être compliqué, voire très compliqué. Et cette fois, c’est carrément le Chaos Bang. Avec plus d’un million d’albums vendus, la série continue de faire mouche grâce à ses personnages ultra-attachants et ses situations qui sentent le vécu. Drôle, tendre et souvent très juste : on adore retrouver cette famille pas comme les autres. (Chaos Bang, Dad tome 12, de Nob. Dupuis. 12,50€)

« Entrez, il fait un froid de démon aujourd’hui ! » : c’est avec ces quelques mots qu’une vieille dame accueille chez elle une petite fille et sa maman, toutes deux réfugiées d’un pays lointain. Un froid de démon : il n’en fallait pas plus pour déclencher l’imagination de la petite fille qui rencontre pour de bon un démon. Il est minuscule, tout rouge, avec deux petites cornes sur la tête et surtout une énorme envie de s’amuser. Ensemble, ils partent à l’aventure, découvrent la nature et les saisons, partagent des moments complices jusqu’au prochain froid de démon. Une histoire douce, drôle et pleine de tendresse sur l’amitié et la différence, portée par un univers graphique d’une grande délicatesse qui invite à la rêverie. (Le Démon de l’hiver, de Toni Galmés. Delcourt. 11,50 €)

Mi-Mouche, pour ceux qui l’ignoreraient, désigne une catégorie de poids en boxe, la première en boxe amateur. Colette, 14 ans, appartient à cette catégorie, ou du moins le souhaiterait-elle. Car sa mère refuse catégoriquement qu’elle pratique ce sport. Depuis un grave accident de la route qui a coûté la vie à sa sœur jumelle, Colette s’est figée : elle a cessé de grandir et, peu à peu, endossé l’identité de sa sœur disparue, jusqu’à adopter sa passion pour la danse. Tout bascule le jour où elle assiste par hasard à un entraînement de boxe, une révélation, presque une libération. Ce choc va agir comme un catalyseur, lui permettant de renouer avec elle-même et de retrouver sa véritable personnalité. Mi-Mouche est une histoire de deuil et de reconstruction, autant qu’une réflexion sur le genre, la place des filles dans le sport et la quête d’identité. Connue et reconnue pour ses différents ouvrages (Bobigny 1972, En attendant Bojangles, Collaboration horizontale…), la dessinatrice nantaise Carole Maurel signe ici, tout comme la scénariste Véro Cazot, ses premiers pas dans la bande dessinée jeunesse, avec une très belle histoire. (Duels au collège, Mi-Mouche deuxième round, de Cazot et Maurel. Dupuis. 13,50€)

Mickey, Donald, Picsou, Riri, Fifi, Loulou, Pat Hibulaire, Daisy, Gontran ou encore Géo Trouvetou… Depuis 2010, les éditions Glénat se sont lancées dans l’ambitieux projet de republier les aventures légendaires des personnages de Walt Disney. L’initiative se poursuit aujourd’hui avec trois nouveaux recueils consacrés à Picsou, Mickey et Donald dans la collection Les Âges d’or de… Chaque volume réunit huit histoires signées par quelques-uns des plus grands artistes de la maison Disney, de Carl Barks à Romano Scarpa, en passant par Floyd Gottfredson. Des ouvrages pensés à la fois pour les nouvelles générations de lecteurs amoureux de Disney et pour les plus anciens, heureux de retrouver ces classiques intemporels. (Les Âges d’or de…. Glénat. 19€ le volume)

On aurait pu le croire définitivement relégué au rang de pièce de musée du Neuvième art. Mais non, Docteur Poche est encore vivant, bien vivant, et s’anime une nouvelle fois en cette année 2026 sous la plume et les pinceaux de son créateur Marc Wasterlain. Créé en 1976, il y a donc précisément 50 ans, les aventures de ce personnage figureront régulièrement au sommaire du journal Spirou jusqu’au milieu des années 80 avant de connaitre une seconde vie en albums, d’abord aux éditions Dupuis, puis Casterman et enfin Mosquito. Le voici aujourd’hui chez Anspach avec une histoire inédite, Les Jardins d’Alice, aussi délicieuse et poétique que les précédentes. Cette fois, Docteur Poche se voit confier une poupée qui a eu le crâne fracassé dans un accident. Docteur Poche se donne alors pour mission de la soigner et de la ramener à sa jeune propriétaire, Alice. (Les Jardins d’Alice, Docteur Poche, de Wasterlain. Anspach. 15,50€)

Vous aimez les monstres ? Vous aimez Minecraft ? Alors vous allez adorer Mobs – La vie secrète des monstres Minecraft ! Cette série délirante est signée Waltch, Pirate Sourcil et Frigiel, le célèbre youtubeur à l’origine de la saga à succès Frigiel et Fluffy. Lancée en 2023, elle compte déjà cinq tomes et nous emmène dans les coulisses du jeu vidéo le plus cubique du monde. Au programme : des gags en une page, des monstres plus drôles que terrifiants et plein de situations improbables. (Roc and Drôle, Mobs La vie secrète des monstres Minecraft tome 5, de Frigiel, Piratesourcil et Watch. Glénat. 11,50€)

Personnage imaginé par André Franquin en 1952, le Marsupilami s’invite d’abord dans les aventures de Spirou et Fantasio avant de devenir, quelques années plus tard, le héros d’une série à part entière. Paru en 1987, le premier album, La Queue du Marsupilami, s’écoule à 600 000 exemplaires et consacre la naissance d’une véritable icône de la bande dessinée. Quarante ans et trente-cinq albums plus tard, alors qu’une seconde adaptation cinématographique vient de sortir dans les salles obscures de France et de Navarre, Batem, toujours au dessin, accompagné d’un nouveau duo de scénaristes, Kid Toussaint et Ced, nous embarquent à nouveau pour le fin fond de la jungle palombienne où de sombres malfrats ont été parachutés pour capturer un Marsupilami. Et bien évidemment, rien ne va se passer comme espéré ! (La Dernière chasse, Marsupilami tome 35, de Batem, Kid Toussaint et Ced. Dupuis. 13,50)

Ce héros-là est lui aussi une star du neuvième art. Il s’appelle Gaston et apparaît pour la première fois dans les pages du Journal de Spirou en 1957, toujours sous le crayon d’un certain André Franquin. Près de soixante-dix ans plus tard, ses gags n’ont rien perdu de leur pertinence ni de leur pouvoir comique. Ce nouvel album best-of en apporte une preuve éclatante, en rassemblant une sélection des meilleurs gags autour de la thématique de l’amour. Gaston amoureux, qui l’eût cru ? En tout cas, sous ses airs de doux rêveur un peu dingo, notre héros avait trouvé en Mademoiselle Jeanne sa plus fidèle admiratrice… et peut-être bien davantage. (L’amour de Lagaffe, de Franquin. Dupuis. 13,50€)

Ils ne viennent peut-être pas de Saint-Tropez mais ils nous font toujours bien rire. Les Gendarmes ont fait leur grand retour en librairie en octobre dernier avec un dix-huitième recueil de gags dessinés par un nouveau venu dans l’équipe, Bast. Bientôt trente ans d’existence, plus de deux millions d’exemplaires vendus et toujours cette brigade de bras cassés prête à semer la pagaille. Dans ce nouvel album, les voilà chargés d’enquêter dans un hippodrome où quelque chose ne tournerait pas rond. Un album à lire avant la sortie de l’adaptation cinématographique prévue en août prochain. (Le Poids des mots, Les Gendarmes tome 18, de Bast, Sulpice et Cazenove. Bamboo Edition. 11,90€)

C’est l’un des plus grands héros de papier de l’après-guerre, un gars qui a été capable de faire oublier aux plus jeunes les difficultés du quotidien, capable aussi de susciter quantité de vocations, Buck Danny est de retour pour une treizième aventure dans la collection « Classic », une série qui permet de revisiter certaines périodes marquantes de l’histoire à travers le regard du héros. Cette fois, direction l’Égypte et la crise du canal de Suez. Nous sommes en 1956, le président égyptien Nasser a nationalisé le canal, provoquant une riposte militaire de la France, d’Israël et du Royaume-Uni. Les Soviétiques menacent de répliquer à leur tour. Buck Danny et ses coéquipiers se retrouvent plongés au cœur d’un conflit explosif qui pourrait bien faire basculer le monde dans une troisième guerre mondiale. (Mission Pharaon, Buck Danny Classic, de Zumbiehl, Marniquet et Le Bras. Dupuis / Zéphyr. 16,50€)

Eric Guillaud

06 Fév

Le coin des mangas. Intégrales, rééditions, nouveautés… douze titres récents à dévorer sous la couette

On commence avec une réédition, et pas des moindres, celle du cultissime manga de Kentaro Miura, Berserk. Cette nouvelle édition grand format, sous couverture rigide, bénéficie d’une traduction entièrement revue et propose des pages couleurs exclusives. L’occasion rêvée de redécouvrir ce chef-d’œuvre de dark fantasy dans des conditions idéales. Plongée garantie dans un Moyen Âge poisseux et désespéré, aux côtés de Guts, mercenaire au bras artificiel et à l’épée titanesque, et de Puck, un elfe espiègle issu d’un peuple féerique. Tandis que l’un incarne la violence brute, l’autre en atténue les ténèbres. Le troisième volume sorti en novembre réunit les tomes 5 et 6 de l’édition originale. Un quatrième volume est annoncé pour ce mois de février. Bienvenue en enfer ! (Berserk tome 3, de Kentaro Miura. Glénat. 24,90€)

Une autre série culte. Plus de quarante ans d’existence, des millions et des millions d’albums vendus à travers la planète, des adaptations en films d’animation, en jeux, des produits dérivés comme s’il en pleuvait… et une nouvelle collection pour ce bijou du manga du sieur Akira Toriyama, une collection Full Color et grand format dont la publication a débuté en mai 2024. Cette nouvelle édition reprend les mêmes pages que l’édition traditionnelle (42 volumes)  mais est divisée en arcs scénaristiques. Le premier volet du troisième arc consacré aux Saiyans vient tout juste de sortir et le second est annoncé pour mars. (Dragon Ball Full Color, Les Saiyans, tome 1, d’Akira Toriyama. Glénat. 14,95€ le volume)

En 2018, année où Osamu Tezuka aurait célébré ses 90 ans, les éditions Delcourt lançaient une collection entièrement dédiée à la réédition de ses œuvres emblématiques. Surnommé à juste titre le dieu du manga du haut de ses 700 titres et près de 170 000 planches, Tezuka est un artiste singulier inspiré par la littérature populaire, les comics américains, le cinéma d’une façon générale, les dessins animés de Walt Disney en particulier, à qui d’ailleurs il emprunta les yeux ronds que l’on retrouve aujourd’hui dans quantité de mangas. Une vingtaine de titres composent aujourd’hui cette collection que Princesse Saphir a rejoint en novembre dernier. Comme Astro Boy et Le roi Léo, Princesse Saphir, créée dans les années 50, contribua à forger le paysage du manga pour la jeunesse de l’après-guerre, comme le rappelle le spécialiste Xavier Hébert en postface. Une édition en deux tomes qui nous permet de retrouver cette fameuse princesse qui reçut deux cœurs à la naissance : un féminin et un masculin, déjà une interrogation sur le genre. (Princesse Saphir, de Osamu Tezuka. Delcourt/Tonkam. 29,99€)

On reste dans le culte avec One Pièce, qui arrive tranquillement à sa 111ᵉ livraison en décembre. De quoi nous faire tourner la tête et propulser la série du Japonais Eiichiro Oda dans le top One du manga le plus lu et le plus connu sur la planète Terre et peut-être au-delà. Plusieurs centaines de millions d’exemplaires vendus à travers le monde, une grosse trentaine en France, un univers unique, un mélange d’aventure, de fantastique et d’humour, et un héros baptisé Lufy qui rêve de devenir le roi des pirates en trouvant le « One Piece », un fameux trésor. (One Piece tome 111, de Eiichiro Oda. Glénat. 7,20€)

On continue avec les rééditions et la série Rave. Dix-huit tomes sont attendus ; onze sont d’ores et déjà disponibles. Cette réédition en grand format, proposée en volumes doubles, permet de profiter pleinement du dessin de Hiro Mashima et de redécouvrir une aventure aux accents très Dragon Ball. L’histoire débute dans un monde au bord des ténèbres, cinquante ans après une guerre ayant opposé les Rave, pierres sacrées, aux Dark Bring, pierres maléfiques, et qui s’est soldée par la victoire des premières. Mais pour empêcher le retour des Dark Bring, un sauveur est nécessaire. Ce sera Haru, jeune garçon aux cheveux argentés, débrouillard et courageux, maniant une épée gigantesque et toujours accompagné de Plue, une étrange petite créature ressemblant à s’y méprendre à un bonhomme de neige. Ensemble, ils affrontent les Dark Bring et l’organisation criminelle Demon Card, dans un récit d’aventure généreux et dynamique. Rave marque la première grande série de l’auteur de Fairy Tail(Rave, tome 11, de Hiro Mashima. Glénat. 14,95€ le volume)

Autre réédition marquante : Printemps bleu de Taiyō Matsumoto. Profondément inspiré par la bande dessinée franco-belge, l’auteur de Gogo Monster, Amer Béton ou Frères de Japon, tous parus chez Delcourt/Tonkam, signe ici un recueil de sept nouvelles situées dans l’enceinte du lycée Kitano. Un décor en apparence banal, où le désœuvrement des adolescents se transforme en jeux dangereux, sous le regard absent d’adultes à la dérive. Matsumoto capte l’ennui, la violence sourde et les failles d’une jeunesse en quête de sens, avec une justesse toujours aussi dérangeante. (Printemps bleu de Taiyo Matsumoto. Delcourt/Tonkam. 19,99€)

Incontournable ! Sorti fin janvier, Requiem Chevalier Vampire s’impose comme une adaptation foncièrement réussie de la série de bande dessinée culte signée Pat Mills et Olivier Ledroit, qui compte à ce jour douze albums publiés entre 2000 et 2024 aux éditions Glénat. S’ils reprennent ici les codes du manga avec dextérité, Seban et Victor Santos conservent tout ce qui a fait le succès de la série, à savoir une dark fantasy à l’esthétique baroque et gothique époustouflante, un univers sombre, torturé et violent à souhait, peuplé de personnages tourmentés. Bienvenue sur Résurrection, ce monde où tout est inversé. Et comme le dirait un des personnages à ceux qui n’auraient pas encore craqué : « T’attends quoi ? Un carton d’invitation ? ». (Requiem chevalier vampire, tome 1, de Seban et Victor Santos, d’après l’oeuvre originale de Ledroit et Mills. Glénat. 7,90€)

Changement radical de décor et d’ambiance avec ce manga paru en octobre dernier. Mon Petit nid douillet figure parmi les lauréats du prix Kono Manga Ga Sugoi 2024, qui récompense les 20 meilleurs mangas parus dans l’année au Japon. La mangaka Chiaki Ida y propose cinq courtes histoires, autant d’invitations à pénétrer l’intimité d’appartements japonais résolument cosy. On y suit leurs occupants dans leur quotidien, leurs hobbies, leurs petits plaisirs, et notamment dans la préparation de leurs repas. Une lecture délicate et apaisante qui ravira les gourmets, et plus largement tous les amoureux de la culture japonaise. Le tout dans un élégant manga grand format de 128 pages couleur, imprimé sur un papier épais. (Mon Petit nid douillet, de Chiaki Ida. Soleil Manga. 14,95€)

Après Kiki la petite sorcière, Le Château dans le ciel ou encore Princesse Mononoké, c’est au tour de Pompoko de rejoindre la collection d’anime comics lancée par Glénat autour des œuvres du Studio Ghibli. Réalisé par Isao Takahata, sur une idée originale de Hayao Miyazaki, le film trouve ici une nouvelle vie sur papier. Figure majeure de l’animation japonaise, Isao Takahata a récemment fait l’objet d’une superbe exposition à la Maison de la Culture du Japon. Sorti au Japon en 1994, Pompoko n’est arrivé en France qu’en 2005. Militant pacifiste et écologiste, à l’image de Miyazaki, Takahata livre ici une charge douce-amère contre l’urbanisation galopante. L’action se déroule aux abords de Tokyo, où une communauté de tanukis voit son habitat naturel dévoré par les promoteurs immobiliers. Une fable engagée, drôle et toujours actuelle. (Pompoko, de Isao Takahata. Glénat. 15,50€)

« Il ne suffit pas d’être du côté des vainqueurs pour être heureux. » Celle qui prononce ces mots s’appelle Haru Sudô. Elle est japonaise. Celui à qui ils s’adressent se nomme Arthur Jirô Hashimoto, Américain d’origine japonaise, arrivé au Japon avec les forces alliées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il porte en lui le deuil de son frère, tombé sur le front italien. Depuis la capitulation, au cœur du chaos, chacun tente de survivre, de se reconstruire. Dans un pays exsangue, l’avenir reste incertain. Confrontée à un choix imposé — un mariage arrangé par son père ou la prostitution — Haru décide de tracer sa propre voie : épouser Arthur Jirô Hashimoto et le suivre aux États-Unis. À travers quatre personnages aux origines, aux identités et aux orientations sexuelles différentes, la mangaka Marina Lisa Komiya explore ces guerres invisibles que chacun porte en soi, dans un Japon encore meurtri, tiraillé entre traditions persistantes et aspirations à la modernité. Un manga en deux volumes porté par une grande pudeur dans le récit et une élégance dans le trait ! (Les Guerres invisibles, tome 2, de Marina Lisa Komiya. Casterman. 18€)

C’est une histoire d’épicier. Mais d’épicier épicé. Du genre qui ne vend pas que des légumes. Taro Sakamoto, c’est son nom. Léger embonpoint, moustache de papa, lunettes de myope : en apparence, rien d’impressionnant. Et pourtant, Sakamoto est un mythe. Une légende. Un ancien tueur à gages admiré par ses pairs, craint par tous les gangsters. Avant de raccrocher, de se marier, d’avoir un enfant et d’ouvrir une supérette, l’épicier avait le flingue facile. Une vie pépère, bien rangée, jusqu’au jour où Sin, jeune assassin télépathe, débarque dans son magasin et fait voler en éclats ce quotidien tranquille. Vous voulez de l’action ? Vous allez être servis. Sakamoto Days est un concentré d’énergie, un manga mené tambour battant, au rythme de parution effréné et à l’inventivité jamais prise en défaut. Le vingtième tome vient tout juste de sortir, et la série ne montre aucun signe d’essoufflement.  (Sakamoto Days tome 20, de Yuto Suzuki. Glénat. 7,20€)

Lancée en septembre 2023, la nouvelle édition du manga de Hiroaki Samura, L’Habitant de l’infini, s’est enrichie d’un onzième volume en janvier, avec un douzième attendu pour avril. Prévue en 15 volumes doubles, cette réédition offre l’opportunité de découvrir ou redécouvrir l’œuvre dans un format généreux et de retrouver Manji, le samouraï immortel, au cœur de combats de sabre tout à fait spectaculaires, sublimés par un graphisme réaliste brut plutôt musclé. Une œuvre incontournable ! (L’Habitant de l’infini, Immortal editions Tome 11, de Hiroaki Samura, Casterman. 13,95€)

Eric Guillaud

Deathbringer ou la première œuvre très prometteuse d’un jeune auteur français de dark fantasy

Pour sa première œuvre, Ismaël Legrand frappe un grand coup avec un pur récit de dark fantasy ne retenant pas ses coups, animé d’une âme diabolique où les personnages tentent de déjouer le destin et la damnation qui les guettent.

Un héros mutique qui n’en est pas vraiment un, une jeune sorcière obligée d’expier ses fautes en collaborant avec ceux qui veulent exterminer ses sœurs, un inquisiteur poursuivi par une étrange malédiction, un monde en ruines où règnent la mort et la désolation pendant que des ecclésiastiques corrompus tentent par tous les moyens de conserver le pouvoir…

Jeune auteur complet (scénario et dessin), Ismaël Legrand connaît visiblement ses classiques de la dark fantasy. Fantasy avec ce récit épique évoluant dans un monde moyenâgeux phantasmagorique où la magie est maître et où des créatures sinistres rôdent, mais dark (‘sombre’) car dénué de toute belle princesse à sauver ou de gentils hobbits. Dans ce Deathbringer qui porte bien son nom (‘celui qui apporte la mort’), tout n’est que souffrance et désolation.

© Delcourt / Legrand

Si le propos est parfois un chouia trop mystique, c’est vraiment son parti-pris graphique qui frappe le plus. Serti dans un superbe noir et blanc aux détours tranchés et offrant parfois aux déchaînements de violence des pages pleines sans dialogue, Deathbringer marque par son côté implacable et l’aspect cauchemardesque de ses créatures, rappelant parfois le travail de l’illustrateur américain Mark Riddick. Ce récit aux multiples ramifications (trop, peut-être) s’adresse d’ailleurs à un public adulte, avec son atmosphère gothique où le sacré ne cesse de basculer dans l’horreur. S’il ne devient jamais grotesque, ses nombreuses scènes de violence le réservent à un public averti.

© Delcourt / Legrand

L’amateur, lui, s’amusera sûrement à repérer les nombreux clins d’œil (volontaires ou pas) à certaines grandes illustrations chères aux fans de mondes fantastiques, comme par exemple le Death Dealer (1973) de l’Américain Frank Frazetta ou L’île des morts (1886) d’Arnold Böcklin. Et même si Legrand a peut-être commis une erreur de débutant en voulant cumuler les casquettes, le récit étant donc parfois trop verbeux et haché, visuellement c’est impressionnant de beauté. Mais une beauté noire et impitoyable.

Olivier Badin.

Deathbringer, d’Ismaël Legrand. Delcourt. 25,50€

30 Jan

Detroit Roma, d’Elene Usdin et Boni Prix France Télévisions Villa Médicis 2026

Impossible d’entendre Detroit Roma sans penser à Paris, Texas, une référence sans doute loin d’être anodine. Après René.e aux bois dormants, Grand Prix de la Critique ACBD 2022, Elene Usdin s’associe à son fils Boni pour livrer un récit d’une intensité rare : un road trip nourri de références cinématographiques et de failles intimes, dans une Amérique bien éloignée de son mythe…

Dans la vaste et déglinguée Detroit, rongée par les faillites et le chômage, rien ne prédestinait Becki et Summer à se rencontrer. Issues de milieux opposés, l’une survit dans une bicoque modeste auprès d’un père malade en proie à des hallucinations, tandis que l’autre grandit dans une villa avec piscine, auprès d’une mère, Gloria, ancienne actrice recluse dans ses rôles passés.

C’est finalement l’art qui les rapproche. Becki dessine, croque les silhouettes des gens qu’elle rencontre et graffe sur les murs gris de la ville, tandis que Summer fréquente les milieux underground de Detroit et réalise des films. À la mort de Gloria, elles prennent la route dans une vieille Ford Galaxie rose décapotable, direction Rome — non pas en Italie, mais en Géorgie d’où était originaire Gloria. Ensemble, elles comptent y disperser ses cendres.

Sur la route, entre confidences et silences, les deux femmes rembobinent leur existence, révélant blessures, espoirs et zones d’ombre qui les construisent et les rapprochent.

Passant d’un style graphique à l’autre avec une certaine radicalité, et animés par la volonté de transmettre toute la palette émotionnelle de leurs personnages, Elene Usdin et Boni livrent plus de 350 pages d’un road trip qui capte l’Amérique de 2015, jalonné de multiples clins d’œil au cinéma, à commencer par le judicieux format à l’italienne, qui ouvre l’espace et magnifie les paysages. Impressionnant !

Eric Guillaud

Detroit Roma, de Elene Usdin et Boni. Sarbacane. 35€

© Sarbacane / Usdin & Boni

29 Jan

Nouveautés BD 2026 : notre sélection coups de cœur

Pas de Festival International de la Bande Dessinée cette année, un Grand Off en lieu et place mais, fort heureusement, toujours autant de bandes dessinées à se mettre sous la dent. En voici une petite sélection, des coups de coeur parus en ce tout début d’année…

On commence avec Nos accords imparfaits, album publié aux éditions Casterman, un véritable coup de cœur, signé Gilles Marchand au scénario ainsi que Cécile Dupuis au scénario et au dessin. Un coup de cœur graphique tout d’abord, porté par un trait d’une immense délicatesse, une palette de couleurs tout aussi douce, une mise en forme aérée et aérienne, profondément poétique. Un coup de cœur scénaristique ensuite avec cette histoire aussi intime qu’universelle d’un couple, Anton et Hélène. Lui est livreur, elle est violoncelliste.

Entre eux, c’est l’amour fou, Anton aurait suivi Hélène au bout du monde. « Pour tout dire, elle est le bout de mon monde », confie-t-il. Et puis, le temps, le poids du quotidien… Anton se renferme, le silence s’installe, l’amour s’éteint. « J’avais perdu le mode d’emploi ». Le mode d’emploi et les mots. Ceux qui parlent d’amour. Leur séparation devient inévitable. Anton se retrouve seul. Plus de jus, plus d’envie. il se sent perdu. Jusqu’au jour où il doit livrer un colis à Hélène, son Hélène…

Le récit prend alors une tournure de conte moderne. Si l’écrivain Gilles Marchand signe ici son premier album de bande dessinée, Cécile Dupuis déjà remarquée avec L’ombre des Pins paru aux éditions Virages Graphiques, ne fait que confirmer ici un talent évident. (Nos accords imparfaits, de Dupuis et Marchand. Casterman. 25€)

Avril 1945. L’Europe n’est plus qu’un vaste champ de ruines doublé d’un cimetière à ciel ouvert. La guerre n’est pas encore tout à fait terminée, elle le sera dans quelques jours après la capitulation de l’Allemagne nazie. Mais déjà, la France doit faire face à l’urgence du rapatriement sanitaire de ses ressortissants : prisonniers de guerre blessés, travailleurs du STO et survivants des camps de concentration.

Pour mener à bien cette mission, le général de Gaulle envoie Madeleine Pauliac, médecin-lieutenant des Forces Françaises de l’Intérieur (FFI) à Moscou avant de la nommer à la tête de l’hôpital français de Varsovie dans la Pologne libérée par l’Armée rouge. Avec l’aide d’un groupe d’infirmières-ambulancières connu sous le nom de l’Escadron bleu, elle met en place des convois entre l’Allemagne, la Pologne et la France.

C’est cette histoire que racontent Virginie Ollagnier au scénario et Yan Le Pon au dessin. Un récit nécessaire pour garder en mémoire l’engagement, le courage et l’abnégation de ces femmes. Un récit nécessaire aussi pour qu’advienne, comme le signifie la scénariste, « après le temps des héros, le temps des héroïnes ».

Un album à ranger sur la même étagère que la série consacrée à une autre Madeleine – Madeleine Riffaud – dont Jean-David Morvan et Dominique Bertail ont relaté la vie dans Madeleine Résistante paru dans la même collection Aire Libre des éditions Dupuis. (L’Escadron bleu 1945, de Le Pon et Ollagnier. Dupuis. 25€)

Le Brésilien Marcello Quintanilha a entamé sa carrière française au Lombard avec Sept balles pour Oxford, dont il signait le dessin. Il y revient aujourd’hui avec Eldorado, après avoir produit une belle poignée d’albums pour la maison d’édition indépendante ça et là, et surtout après avoir remporté le Fauve d’or à Angoulême en 2022 pour Écoute, jolie Marcia, récit saisissant qui nous plongeait dans l’univers des favelas à travers le quotidien d’une femme ordinaire… ou presque.

Lui qui n’a jamais cessé de raconter la société brésilienne à travers ses récits, et plus particulièrement ses couches les plus populaires, continue de le faire ici avec la même force et le même objectif : raconter des histoires à dimension humaine, des destins ordinaires confrontés à une réalité sociale implacable. Dans ce polar néo-réaliste comme il le définit lui-même, l’auteur nous entraîne dans les pas de Hélcio et de sa famille. Tandis que le jeune homme devient l’un des plus grands arrières droits du football brésilien, son frère, lui, bascule dans la délinquance. Des années 50 aux années 70, Eldorado suit leur trajectoire dans un Brésil où la misère rivalise avec la violence.

Pour celles et ceux qui craindraient de passer à côté de certaines clés en ne connaissant ni l’histoire ni la culture brésiliennes, pas d’inquiétude, Marcello Quintanilha nous offre un résumé de l’histoire du Brésil en ouverture de l’album, un résumé en bande dessinée et en noir et blanc bien évidemment, dans lequel on apprend notamment que le football fut longtemps un sport réservé aux élites au début du XXᵉ siècle. Côté dessin, l’auteur déploie une ligne claire « qui n’est justement pas très claire », confie-t-il, en tout cas un dessin qui porte l’histoire avec des cadrages singuliers et une « bande son » visuelle faite de tensions et des bruits du monde. (Eldorado, de Marcello Quintanilha. Le Lombard. 26,90€)

Depuis 2016, date de parution de Cruelle, jusqu’en janvier 2026, avec la sortie de Jeune et fauchée, Florence Dupré La Tour a exploré avec un succès indéniable le registre autobiographique, revenant tout à tour sur son enfance au sein d’une cellule familiale bourgeoise, catholique et patriarcale, sur les rapports entretenus avec sa sœur jumelle ou encore sur ses années de jeune autrice sans le sou.

Changement radical de genre avec Les Moribonds. Florence Dupré La Tour retrouve ici la fiction et revisite le mythe des vampires et des morts-vivants, qu’elle nomme les Moribonds. Dans un monde en fin de vie, ces créatures chassent les rares humains, regroupés en cheptel pour le bénéfice de quelques vampires, tels que le Seigneur Gabriel, dont la survie dépend du sang de ces hommes et femmes. Mais le temps de l’abondance est révolu : Gabriel, en tout seigneur qu’il est, va devoir protéger lui-même son cheptel qui diminue au fil des attaques des Moribonds et mettre la main à la pâte, quitte à perdre de son pouvoir et de son autorité.

C’est précisément ce que Florence Dupré La Tour cherche à mettre en exergue dans cet album : le renversement des rapports dominants-dominés, interrogeant, et nous interrogeant, sur la question des classes sociales à la manière d’une fable politique. D’un côté, les nobles et bourgeois assoiffés de sang, de l’autre, les prolétaires. Côté graphisme, l’autrice propose un dessin encré au stylo noir dans la lignée de ces albums autobiographiques, enrichi ici de couleurs numériques dans une gamme pop particulièrement bien sentie, qui contraste avec la noirceur du propos et renforce encore sa portée satirique. (Les Moribonds, de Florence Dupré La Tour. Casterman. 24,50€)

C’est l’une des plus belles couvertures de l’année. Facile à dire, me direz-vous, nous ne sommes qu’au début du mois de février. Alors oui, d’autres suivront, sans doute tout aussi remarquables, mais celle-ci a déjà fait son œuvre : elle nous a imprimé la rétine pour l’éternité, ou presque. Du feu, de la neige, du sang, un village japonais et un samouraï : tout est là, tout est bien là pour nous happer.

Mais une couverture ne suffit pas à faire un bon livre. Elle attire le chaland, c’est indéniable, joue son rôle de teaser, fait de belles promesses. Reste une question : l’album tient-t-il justement ces promesses ?

La réponse se trouve à l’intérieur, dans les somptueuses 80 planches signées JEF et dans le scénario de Corbeyran et Rurik Sallé. Et c’est sans appel : oui ! Oui, Neige de sang est un petit bijou à tous les niveaux : la maquette, le graphisme, les couleurs, et bien sûr le récit.

Direction le Japon, plus précisément Shikomi dans la baie de Wakasa, un village traditionnel, hors du temps, paisible. Nous sommes en 1970, c’est l’été, mais quelque chose ne tourne pas rond. Takashi n’en revient pas de ses yeux. À son réveil, le jour ne s’est pas levé, il fait nuit, il fait froid et bientôt la neige se met à tomber en quantité. Certains villageois partent chercher des secours, tandis que sur place on découvre un cadavre puis deux. Du sang sur la neige : aucun doute, il s’agit d’assassinats…

Récit fantastique aux accents de polar, Neige de sang revisite le mythe du samouraï dans un récit sombre et glaçant sur fond d’amour et de haine, de violence et de beauté. Un album aussi envoûtant que brutal ! (Neige de sang, de JEF, Corbeyran et Rurik Sallé. Ankama. 18,90€)

Il fut un temps, celui de la télévision reine, où certains directeurs de chaînes parlaient sans détour du temps de cerveau disponible pour vendre de la publicité à des téléspectateurs un brin passifs qui profitaient tout de même des écrans de pub pour aller aux toilettes ou faire la vaisselle. Avec un œi ou une oreille sur le poste de télévision au cas où…

Depuis l’arrivée d’internet et des smartphones, ces téléspectateurs passifs sont en quelque sorte devenus des internautes actifs, pour ne pas dire addicts. Des heures passées à scroller, liker, cliquer, tout en fournissant, souvent sans s’en rendre compte, des données précieuses sur leur identité et leurs comportements. Des données qui permettent à l’industrie du numérique de diffuser une publicité toujours plus ciblée et, plus inquiétant encore, d’influencer nos choix et nos attitudes.

Dans les deux cas, on parle de la même chose : l’économie de l’attention. Cette attention si convoitée qu’une étude — attribuée à Google — l’estime à 8 secondes pour un poisson rouge tournant en rond dans son bocal… et à pas beaucoup plus pour un être humain. Neuf secondes. Oui, vous avez bien lu.

C’est précisément ce phénomène qu’explore cette bande dessinée, adaptation des essais de Bruno Patino, La Civilisation du poisson rouge et Tempête dans le bocal (éditions Grasset). L’album remonte aux sources du mal pour comprendre comment nous en sommes arrivés là, comment tout est pensé, conçu, optimisé pour capter et retenir notre attention — et poser la question essentielle : sommes-nous vraiment devenus des poissons rouges ?

Un album à la fois drôle et effrayant, aussi ludique que salutaire, à lire avant d’aller en discuter… avec de vrais gens, dans la vraie vie. (9 secondes, La civilisation du poisson rouge, de Bruno Patino et Morgan Navarro. Dupuis. 19,90€)

Eric Guillaud

26 Jan

France Télévisions fête le 9e art : Avec Retour à Carmélites, Thaïs Guimard fait une entrée remarquée dans la BD contemporaine

À 28 ans, la Nantaise Thaïs Guimard publie sa première bande dessinée, Retour à Carmélites, aux éditions Sarbacane. Un récit sensible et coloré, entre autofiction et chronique générationnelle, qui explore les incertitudes du passage à l’âge adulte et affirme d’emblée une voix singulière dans le paysage du neuvième art.

Thaïs Guimard © France Télévisions / Eric Guillaud

Thaïs Guimard aime les couleurs ! Dans sa chambre d’adolescente où elle nous reçoit, les murs bleus dialoguent avec un bureau rose. Partout, des figurines, des posters et ses premières œuvres d’étudiante aux Beaux-Arts habillent l’espace.

Un décor à son image, foisonnant, expressif, rieur, à l’image aussi de sa première bande dessinée, tout juste parue chez un éditeur reconnu, Sarbacane.

Cette chambre d’adolescente, elle l’a bien sûr quittée depuis longtemps. D’abord pour Angoulême où elle a suivi les Beaux-Arts pendant six ans avant d’intégrer pour une année supplémentaire La Maison des auteurs qui accueille des créateurs en résidence.

Puis pour Rennes, où elle vit désormais. Une ville où l’air lui paraît plus rock, suffisamment éloignée de Nantes pour s’en détacher, mais assez proche pour y revenir régulièrement. Comme aujourd’hui, quelques jours après la sortie de son livre, peut-être simplement pour le partager avec sa mère.

La suite ici

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16 Jan

L’Autoroute du Soleil : une magnifique réédition pour les 30 ans du chef d’oeuvre de Baru

Prix du meilleur album au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 1996, L’Autoroute du Soleil retrouve les rayons de nos libraires dans une nouvelle édition enrichie de documents inédits et d’une nouvelle photogravure des planches originales qui lui redonnent un éclat nouveau.

Pendant des années, certaines personnes l’ont présenté comme le premier manga français. À tort ! Comme le souligne Baru lui-même dans la préface à cette nouvelle édition, L’Autoroute du Soleil est un « pur produit de la culture franco-belge », simplement influencé par le cinéma et surtout libéré de toutes contraintes de pagination.

Il faut dire, pour leur défense, que ce récit a été imaginé et réalisé pour un magazine japonais. En 1991, Baru vient tout juste de recevoir l’Alph-Art du meilleur album français pour Le Chemin de l’Amérique. Yoshiyuki Kurihara et Yatsumitsu Tsutsumi, respectivement patron et directeur éditorial du magazine Morning (Kodansha), pensent alors que son dessin pourrait séduire les lecteurs japonais. Ils lui proposent de développer un projet original. Ce sera L’Autoroute du Soleil. Publié au Japon en 1995, l’album est un échec commercial. 

© Casterman / Baru

Dans la foulée, Casterman récupère les droits pour l’édition française. L’album paraît en 1995 et reçoit l’Alph-Art du meilleur album français à Angoulême en 1996. Une récompense largement méritée tant L’Autoroute du Soleil cristallise ce que l’auteur a su apporter à la bande dessinée à cette époque : un ancrage social et politique, des personnages issus de la classe ouvrière, loin des archétypes héroïques, plutôt des anti-héros cabossés par la vie, portés par une narration et un dessin exigeants. Un album précurseur, annonciateur de l’essor des romans graphiques dans le paysage du neuvième art.

© Casterman / Baru

Reste alors la question essentielle : le livre a-t-il bien vieilli ? Trente ans, ça marque un homme, et ça peut aussi marquer une œuvre. Pourtant, force est de constater que L’Autoroute du Soleil demeure étonnamment actuel. De quoi se demander si le récit de Baru était en avance sur son époque, ou si, finalement, rien n’a véritablement changé dans ce bas monde, la violence sociale, le racisme et l’exclusion demeurant des constantes. À chacun d’y apporter sa réponse. Pour ma part, je pencherais plutôt pour un mélange des deux. C’est en tout cas un immense bonheur de retrouver les deux principaux protagonistes, Karim et Alex, dans ce road trip d’une énergie folle.

L’édition présente est enrichie de documents inédits en album et a bénéficié d’une nouvelle photogravure des planches originales. Et rien que pour ça…

Eric Guillaud

L’Autoroute du Soleil, de Baru. Casterman. 30€

15 Jan

La saga de dark fantasy franco-britannique Requiem réincarnée dans un manga exubérant

Adorée ou détestée, Requiem, née de l’imaginaire torturé du dessinateur français Olivier Ledroit et du scénariste britannique Pat Mills (Judge Dredd), demeure sans doute l’héritière la plus légitime des Chroniques de la Lune Noire. Un univers horrifique saturé de références au mythe de Dracula et à l’iconographie gothique, traversé par un sous-texte érotico-SM audacieux, qui s’offre aujourd’hui une relecture inattendue en version manga.

Alors que Ledroit et Mills sont en train de travailler sur un tome 13 très attendu, ils ont autorisé et supervisé cette adaptation en manga, à mi-chemin entre le reboot et le spin-off, c’est-à-dire une réinvention fidèle du mythe mais qui se permet d’y ajouter sa propre patte. Un pari visant clairement à toucher un plus jeune public jusqu’à lors plutôt rétif à l’univers graphique très typé ‘années 90’ de Ledroit, quitte à en atténuer (un peu) l’aspect le plus sexué… Mais pas son goût pour l’excès.

L’histoire reste grossièrement la même, même si les références à la Seconde Guerre Mondiale et aux nazies a été effacée. Voici Heinrich, projeté dans un monde cauchemardesque où tout est inversé. Amnésique, il découvre qu’il est un chevalier vampire du nom de Requiem engagé dans une guerre qui le dépasse alors qu’il recherche désespérément sa bien-aimée, Rebecca.

La saga originale avait marqué les esprits par ses multitudes de couleurs et ses véritables tableaux dantesques mangeant des pages entières et débordant de détails. Deux éléments forcément absents ici, le manga se consommant en noir et blanc et en petit format. On sent d’ailleurs parfois que cette nouvelle version de Requiem, Chevalier Vampire aimerait pouvoir pousser les murs, tout comme il a parfois un peu de mal à gérer l’ajout (obligatoire dans le style manga) de personnages ‘décalés’ à l’humour sous-jacent, comme ici la ‘Mère Terreur’ à la tête des vierges pirates.   

Mais en fan éclairé, le dessinateur bolivien Seban multiplie ici les clins d’œil, aussi bien à l’univers torturé d’Elric le Nécromancien le prince maudit crée par Michael Moorcock qu’au dessin animé Albator. Et puis même si tout ici est too much avec des personnages complètement baroques et hystériques, cette approche sans filet colle finalement plutôt bien à l’univers démentiel de Requiem. Reste à savoir auprès quel public ce premier tome réussira à atteindre le plus : les fans de la saga originale ? Les néophytes ? Ou les deux ?

Olivier Badin

Requiem, Chevalier Vampire de Seban & Victor Santos. Glénat. 7,90€

© Glénat / Seban & Santos