26 Oct

Michel Vaillant toujours en pole position

Né de l’imagination de Jean Graton en 1957, le légendaire Michel Vaillant a vécu mille et une aventures sur les circuits du monde entier. Et ce n’est pas fini : près de soixante-dix ans plus tard, notre pilote préféré continue de tracer sa route…

Si la première saison, avec ses 70 albums et plus de 20 millions d’exemplaires écoulés dans le monde, a bâti la légende de Michel Vaillant, la deuxième s’est imposée dès la première aventure comme un renouveau : respectueuse de l’héritage de Jean Graton et de sa galerie de personnages, mais résolument tournée vers la modernité, dans la forme comme dans le ton.

Bingo ! Michel Vaillant repartait pour une seconde vie. Nous étions en 2012. Treize ans et quatorze albums plus tard, notre héros intergénérationnel est toujours en course.

Dernier album en date, Remparts nous emmène pour Angoulême, sur le mythique circuit des remparts, pour une course de voitures historiques. C’est là que l’entreprise Vaillante a décidé de dévoiler au public son nouveau modèle révolutionnaire. Mais alors qu’elle traverse déjà une situation financière délicate qui pourrait l’éloigner un temps de la compétition, la firme se voit dérober sa voiture d’exposition et kidnapper son célèbre pilote. (Remparts, Michel Vaillant Saison 2, de Lapière, Bourgne et Eillam. Graton. 16,95€)

Si tout le monde connaît Michel Vaillant, ne serait-ce que de nom, beaucoup moins savent qui est Henri Vaillant, son père, une figure de second plan dans la série, mais un pilier de l’univers. Car sans lui, pas de Vaillante, pas de Michel, pas de légende ! Dans cet album, Marc Bourgne au scénario et Claudio Stassi au dessin retracent le parcours de vie d’Henri Vaillant, son embauche chez Bugatti, sa rencontre avec Elisabeth qui deviendra sa femme, les premiers tours de roues de la Vaillante au Mans, la création de la firme Vaillante, l’entrée en guerre en 1939, son action dans la Résistance, la Libération, la compétition… et les débuts d’un certain Michel Vaillant au volant d’une Vaillante. Un album destiné aux fans de la série mais pas seulement, Henri Vaillant remonte le temps en mode fiction pour nous faire revivre le monde automobile du XXᵉ siècle. Une fresque vibrante qui raconte la naissance d’une légende. (Henri Vaillant, Une vie de défis, de Bourgne et Stassi. Graton. 25€)

Le personnage de Michel Vaillant fait son apparition en 1957 dans les pages du Journal de Tintin. Mais son créateur, Jean Graton, y travaille déjà depuis plusieurs années, signant notamment des histoires courtes consacrées au sport automobile. Dans cet album, intitulé Michel avant Vaillant de la série Michel Vaillant Histoires courtes, on retrouve treize de ces histoires publiées entre 1954 et 1964 qui préfigurent selon l’éditeur ce que seront les aventures de Michel Vaillant. Bugatti, Fangio, Dunlop, Ascari ou encore Nuvolari, on y retrouve les grands noms qui ont fait la compétition automobile du XXᵉ siècle. Un recueil de fac-similés tirés directement du journal Tintin. (Michel avant Vaillant, Histoires courtes tome 4, de Jean Graton. Graton. 15,50€)

Et si votre truc à vous, c’est plutôt la moto, don’t move, j’ai ce qu’il vous faut ! Julie Wood, l’autre grand personnage de Jean Graton, qui a vécu des aventures en solo avant d’être intégrée dans l’univers Michel Vaillant, a repris elle-aussi du service dans une deuxième saison. Au menu, un sérieux lifting graphique et un reboot scénaristique qui nous permet de la retrouver à l’âge de 18 ans dans notre monde actuel. Avec en prime, une enquête sur la mort des parents de la jeune femme. Et qui signe le dessin ? Claudio Stassi, celui-là même qui a réalisé l’album Henri Vaillant. (Mortel rodéo, Julie Wood (saison 2), de Pelaez et Stassi. 15,50€)

Eric Guillaud

24 Oct

Etienne Davodeau signe une BD sur l’accompagnement des personnes atteintes d’Alzheimer

Entre fiction et réalité, l’auteur angevin Étienne Davodeau s’est imposé comme une voix singulière dans le paysage du neuvième art. Il revient aujourd’hui avec Là où tu vas, un récit mettant en lumière le métier de sa compagne, Françoise Roy, accompagnatrice au quotidien des personnes atteintes de troubles cognitifs.

Étienne Davodeau © Chloé Vollmer-Lo

Depuis son village angevin, Étienne Davodeau a écrit et dessiné une bonne quarantaine de bandes dessinées essentielles, tantôt des fictions, tantôt des documentaires, dans les deux cas, des récits sensibles et profondément humains, où il explore sans relâche le réel, le quotidien et l’intime.

Avec toujours ce souci de la proximité ! Dans Rural !, sa première bande dessinée documentaire, Étienne Davodeau mettait en scène des agriculteurs angevins confrontés à la construction d’une autoroute. Dans Les Mauvaises Gens, il revenait sur le passé militant de ses parents. Dans Les Ignorants, il racontait une initiation croisée avec un voisin viticulteur. Enfin — mais les exemples pourraient se multiplier — Loire offrait un voyage au cœur des sentiments humains et de la nature qui l’entoure.

Cette fois, son regard s’est posé sur une personne encore plus proche, celle avec qui il partage sa vie depuis quarante ans, sa compagne, Françoise Roy, dont le métier est d’accompagner les personnes atteintes de troubles cognitifs, Alzheimer et autres. Inlassablement, pendant quinze ans, il lui a proposé de réaliser une bande dessinée sur son travail. Inlassablement, elle a refusé. Jusqu’à ce qu’elle accepte, estimant qu’il était temps de porter à la connaissance de tous la réalité de ce métier invisible, fait de patience, d’écoute et d’humanité. Interview…

La suite ici

22 Oct

Deryn Du, un grand frisson poétique signé Guillaume Sorel

Si son univers graphique avait surpris plus d’un à ses débuts, force est de constater que le temps n’a en rien émoussé le talent de Guillaume Sorel, qui est de retour en ce mois d’octobre avec Deryn Du, un récit à donner la chair de poule… ou de corbeau.

Le ciel est bleu, la mer est calme, et le village, blotti le long de la côte galloise entre le port et les collines, semble être gagné par la torpeur de l’été. Tout paraîtrait paisible, presque figé, s’il n’y avait pas cet attroupement sur la plage : une baleine échouée. Immense. Nauséabonde. Son corps porte les marques de morsures. Des requins ? Visiblement non. Mais alors… quoi d’autre ?

Ce drame n’est que le premier d’une longue série. En l’espace de deux semaines, plusieurs meurtres atroces ont été commis : un homme retrouvé broyé par une créature inconnue, un autre empoisonné par des araignées, et plus troublant encore, un couple piétiné dans son lit par des chevaux.

Un tueur fou ? Une force surnaturelle ? Le village s’inquiète, la police enquête… Et au cœur de cette agitation, une jeune fille aussi mystérieuse qu’insaisissable. Elle s’appelle Deryn…

© Dupuis / Sorel

Impossible de ne pas tomber sous le charme du graphisme de Guillaume Sorel qui, depuis sa première série L’Île des morts — publiée entre 1991 et 1996 aux éditions Vents d’Ouest et régulièrement rééditée en intégrale — nous transporte dans un univers à la fois envoûtant et fantastique.

Impossible de ne pas succomber au charme du graphisme de Guillaume Sorel qui, depuis sa première série L’Île des morts— publiée entre 1991 et 1996 aux éditions Vents d’Ouest et régulièrement rééditée en intégrale — nous transporte dans un univers à la fois envoûtant et fantastique.

© Dupuis / Sorel

Cette fois, l’auteur s’est lancé dans une réflexion partagée avec quelques amis du neuvième art : comment faire peur en bande dessinée ? Une vaste question, tant la peur demeure sans doute l’émotion la plus difficile à faire passer dans ce médium.

Pour y parvenir, Guillaume Sorel a joué sur les angles de vue, les cadrages, tout en rejetant les ambiances nocturnes et glauques. « Dans Deryn Du… » , explique-t-il, « c’est l’été, les blés sont mûrs, la mer est belle et calme. Il fait jour presque tout le temps. L’idée était d’amener une atmosphère étrange dans un lieu à priori pas du tout inquiétant. »

© Dupuis / Sorel

À défaut d’avoir cette peur incontrôlable que l’on peut ressentir devant un film d’horreur, le lecteur se retrouve plongé dans une ambiance inquiétante, c’est une angoisse plus subtile, plus poétique, qui s’installe au fil des pages. Somptueux !

Eric Guillaud

Deryn Du, de Guillaume Sorel. Dupuis. 25€

12 Oct

Bernie Wrightson dans les magazines Eerie et Creepy, une alliance diabolique

Après ses nombreuses rééditions des œuvres maîtresses de Richard Corben et ses deux volumes consacrés à Vampirella (à quand la suite ?), l’éditeur français Delirium s’attaque ici à un autre monument de la bande dessinée underground d’horreur, Bernie Wrightson, dont il réédite un volume sorti une première fois en 2014. Et c’est toujours aussi envoûtant!

Si après des années de disette, la bande dessinée d’horreur a repris du poil de la bête dans les 70s, c’est notamment grâce à des publications désormais cultes comme Eerie et Creepy qui osaient aller plus loin que les trop timides Marvel ou DC Comics et à des dessinateurs, pardon des artistes, comme Bernie Wrightson. Malgré son physique de nerd introverti et son décès en 2017, il continue d’être pour toute une communauté comme une sorte de totem indétrônable, continuant d’exercer une influence majeure. Et lorsqu’on feuillette les pages de ce volume réunissant toutes les histoires auxquelles il a contribué ou qu’il a dessinées pour Eerie et Creepy entre 1974 et 1977, on se souvient pourquoi.

Oui, la récolte pourrait paraître un peu chiche, avec ‘seulement’ douze histoires, dont deux où il n’a réalisé que l’encrage. Mais chacune d’entre elles est un petit chef-d’œuvre d’orfèvrerie. D’ailleurs, par rapport à la première édition de 2014, en plus d’une autre couverture, cette nouvelle version contient un bonus non négligeable : le story-board et le texte complet de l’un des plus beaux récits du livre (Le Monstre De Boue), fascinante plongée dans la méthode de travail du maître qui ne négligeait aucun détail.

© Delirium / Wrightson

Ce n’est pas pour rien que Wrightson a été marqué par le film déviant Freaks de Tod Browning et travaillé pendant des années à illustrer le Frankenstein de Mary Shelley. L’homme a toujours été fasciné par le contraste entre beauté saisissante et horreur absolue. Majoritairement serties dans un noir et blanc d’une finesse incroyable (à part, justement, Le Monstre De Boue), toutes ces histoires excellent donc à faire du macabre un spectacle à la fois cruel et envoûtant. De nombreuses planches sont quasiment sans dialogue, tout juste racontées par un monologue intérieur assez concis, toutes les émotions des personnages étant dépeintes sur des visages contorsionnés baignant souvent dans un clair-obscur frappant.

© Delirium / Wrightson

À l’instar de son collègue Richard Corben, il illustre ici la célèbre nouvelle d’Edgar Allan Poe Le Chat Noir comme s’il l’avait écrite lui-même alors que pour la terrifiante Jenifer, scénarisée par son ami Bruce Jones qui signe également l’introduction de ce livre, il renouvelle complètement le concept de l’emprise avec une subtile perversité. Mieux : comme le prouve la galerie des nombreuses couvertures réalisées pour les deux revues et mettant en scène leurs mascottes respectives, Wrightson savait aussi faire preuve d’un humour très noir.

Bref, embelli par le travail de reproduction comme d’habitude impeccable avec cet éditeur aux goûts sûrs, voici ce que l’on appelle dans les milieux autorisés un indispensable, autant pour les fans de Bernie Wrightson que pour les fans de bandes dessinées d’horreur des années 70. Indispensable, on vous dit !

Olivier Badin

Eerie & Creepy présentent Bernie Wrightson. Delirium. 25€

11 Oct

De The Nice House on the Lake à Derrière la porte : James Tynion IV n’a pas fini de nous hanter

James Tynion IV, l’auteur de la série à succès The Nice House on the Lake, revient avec un nouveau récit dont le titre à lui-seul suffit à nous donner des frissons, une histoire d’épouvante à lire jusqu’au bout de la nuit…

Mais qu’est-ce qui peut bien se cacher derrière la porte du placard de sa chambre ? Un monstre ? Jamie en est persuadé. Chaque soir, il s’endort le ventre noué par l’angoisse, et chaque nuit, il se réveille en hurlant. Maudit placard ! Mais bientôt, il en sera débarrassé pour de bon. Toute la petite famille quitte New York pour Portland : un vrai changement de vie, près de 3000 miles à avaler. Thom, le père, a décidé de faire la route en voiture avec son fils, histoire de bien mesurer la distance qu’ils vont mettre entre eux et ce fichu monstre. Hélas, rien n’y fait, le monstre leur colle aux baskets. Et s’il n’y avait que ça ! Entre Thom et Maggie, sa compagne, ce n’est plus la même histoire. Et ce déménagement, censé marquer un nouveau départ, pourrait bien tout faire basculer…

The Department of Truth, The Deviant, Spectrograph, et surtout The Nice House on the Lake, qui lui a valu l’Eisner de la meilleure nouvelle série en 2022, celui du meilleur scénariste en 2023, ainsi que le Prix de la série au Festival d’Angoulême en 2024… James Tynion IV s’impose comme l’un des auteurs majeurs de la bande dessinée américaine contemporaine. Il s’associe ici au dessinateur Gavin Fullerton, dont le trait confère au récit toute sa puissance et sa dimension horrifique. Un magnifique album accompagné d’un cahier de croquis et d’une galerie de couvertures alternatives.

Eric Guillaud 

Derrière la porte, de James Tynion IV et Gavin Fullerton. Urban Comics. 20,50€

© Urban / Tynion IV & Fullerton

10 Oct

Saudade : le bel hommage de Vincent Turhan au neuvième art

Sorti en librairie début septembre, Saudade est une comédie douce-amère qui bascule joyeusement dans le polar déjanté. Un vibrant hommage au septième art, traversé par l’amour, la passion et les regrets éternels, un récit à la fois drôle, touchant et superbement maîtrisé.

La vie, ce n’est pas toujours du cinéma ! Alma et Rio en savent quelque chose. Autrefois cinéastes passionnés, ils ont connu les joies du succès… puis l’amertume de l’échec. De quoi douter, puis renoncer. Aujourd’hui, ils tiennent un cinéma d’art et d’essai baptisé El Sol, dans une petite station balnéaire. À l’occasion de ses cinquante ans, le couple s’apprête à offrir une rétrospective aux cinéphiles du coin avec en point d’orgue le film Saudade. L’affaire s’annonce plutôt bien — même le maire a promis de faire le déplacement — jusqu’à l’arrivée d’un invité pour témoins inattendu.

Il s’appelle Cisco, a une tête de truand, et cette fois, ce n’est pas du cinéma. Avec Misha, son complice, il vient de braquer une banque et n’a rien trouvé de mieux que de terminer sa cavale dans le cinéma… et d’y planquer le magot. Forcément, l’endroit devient subitement très animé et fréquenté…

Si l’histoire commence comme une comédie douce-amère, elle vire rapidement au polar, avec une bande de bras cassés qui vont se révéler aussi maladroits qu’attachants et, pour l’un d’entre eux, cinéphile du genre émotif. Après Les Étoiles s’éteignent à l’aube, Vincent Turhan s’impose comme une nouvelle signature à suivre, offrant avec Saudade un récit savoureux qui rend hommage au cinéma, porté par un graphisme semi-réaliste, jeté, vivant et expressif.

Eric Guillaud

Saudade, de Vincent Turhan. Sarbacane. 25€

© Sarbacane / Turhan

03 Oct

Starman : entre flamboyance et métamorphoses, Reinhard Kleist raconte Bowie

Après Elvis Presley, Johnny Cash et Nick Cave, l’auteur allemand Reinhard Kleist replonge dans l’univers de la musique avec l’une de ses figures les plus iconiques : David Bowie et son double venu d’ailleurs, Ziggy Stardust…

C’est l’une des plus belles créations musicales du XXe siècle, et elle résonne dès les premières pages de ce livre consacré à la légende David Bowie. Space Odity, premier grand succès du musicien, introduit l’époque du Major Tom, bientôt supplanté par un autre alter ego, plus flamboyant encore : l’extraterrestre Ziggy Stardust. Nous sommes alors en 1972. Avec son groupe The Spiders from Mars, Bowie entame une tournée d’un an et demi qui l’amènera du Royaume-Uni aux États-Unis en passant par le Japon. Bowie devient une star interplanétaire. Près de 200 concerts, deux albums enregistrés durant la période, une ascension fulgurante et une fin brutale qui laisse ses musiciens et les fans sur le bord de la galaxie :

« C’est non seulement le dernier concert de la tournée, mais aussi notre dernier concert »

Ce soir-là, sur la scène de l‘Hammersmith Odeon à Londres, David Bowie tue Ziggy Stardust. Le choc !

« Brulées les paillettes et les promesses… C’était la fin d’une époque ».

Le fin d’une époque et le début d’une autre ! Berlin. Avec la volonté pour David Bowie de redescendre sur Terre, de se retrouver et de se réinventer. Avait-il pressenti avant tout le monde la fin du glam rock ? S’était-il lassé d’un personnage qui menaçait de l’engloutir ? Ou refusait-il tout simplement de se répéter ?  Les 344 pages de ce magnifique roman graphique n’apportent pas de réponse définitive. Reinhard Kleist choisit plutôt d’ouvrir des pistes, de laisser parler son cœur, en retraçant deux périodes charnières : Ziggy et Berlin, tout en ouvrant des fenêtres sur sa jeunesse et ses derniers jours. 

Abandonnant ici son noir et blanc habituel pour coller au personnage haut en couleurs, Reinhard Kleist conserve tout de même un trait vif, réaliste et expressif. Ses scènes de concert explosent de flamboyance bowiesque, à la croisée du documentaire et de la rêverie graphique.

Eric Guillaud

Starman, Quand Ziggy éclipsa Bowie, de Reinhard Kleist. Casterman. 28€

© Casterman / Kleist

24 Sep

Jakob de Mud et Zheping Xu : un premier volet d’une belle intensité dramatique

Pour leur première collaboration, le Français Mad et la Chinoise Zheping Xu nous embarquent dans une histoire entre drame intime et manipulation insidieuse…

« Nous n’oublierons jamais cette épreuve. Bridge Book ne sera plus jamais la même. » Dans son prêche du dimanche, le père Matthew dit vrai. Deux ans après le passage d’une tornade dévastatrice, les cicatrices marquent encore les rues de la petite ville. Mais elles ne s’arrêtent pas aux murs effondrés ou aux toits arrachés : les âmes aussi portent leurs blessures. Certaines plus profondes que d’autres.

Harper, elle, a perdu son grand frère et traîne depuis sa solitude comme un fardeau dont elle ne parvient pas à se défaire. Jusqu’au jour où une communauté hippie s’installe à proximité de Bridge Book. À sa tête : Jakob, un homme charismatique aux promesses envoûtantes. De quoi fasciner Harper…

Pensé en deux volets, Jakob interroge les rouages de l’emprise et de l’influence à travers les yeux d’une adolescente endeuillée, privée de réconfort auprès d’un père autoritaire et d’une mère éteinte par la dépression et l’alcool. Pour son premier album de bande dessinée, Zheping Xu met son trait clair et dynamique au service du récit, lui insufflant une intensité dramatique saisissante. Belle découverte !

Eric Guillaud

La Communauté, Jakob tome 1, de Mud et Zheping. Ankama. 19,95€

18 Sep

Les Singes : un thriller familial haletant de Yann Le Bec

Après avoir illustré L’Ami sur un scénario de Lola Halifa-Legrand, Yann Le Bec signe avec Les Singes son premier album en tant qu’auteur complet : un thriller familial sous tension…


Les singes ! Combien de fois Manon et son père les ont-ils imités à quatre pattes dans le salon, la bouche projetée en avant, à lancer des “hou hou” ? Des centaines, des milliers de fois ? Lorsqu’elle était petite, bien sûr. Et encore aujourd’hui, parfois pour apaiser une tension, souvent par nostalgie. Preuve si besoin d’une grande complicité entre les deux. Mais les temps ne sont plus vraiment à la rigolade. Le foyer est en train d’exploser entre une mère absente et un père largué. Largué et empêtré dans une relation adultère avec la sœur de sa femme. Qui est enceinte. De lui. Bref, pas de quoi faire les singes. Surtout que la soeur débarque à l’improviste à la maison, profitant de l’anniversaire de Manon…

Quoi de plus troublant qu’un meurtre dans le cadre, en principe rassurant, de la famille ? Quand l’extraordinaire percute de plein fouet l’ordinaire. C’est précisément ce que Yann Le Bec explore ici, avec une délectation assumée, dans la lignée des films de Chabrol ou d’Hitchcock qui l’ont inspiré, reconnait-il. Dans ce qui n’est que son deuxième album, l’auteur nous surprend par son talent. Tout d’abord d’un point de vue graphique, offrant un trait dynamique et fluide réalisé à la plume et relevé d’une bichromie rouge et noir Ensuite, par le scénario, qui explore les relations père-fille sous une épaisse couche de fait divers, de doute, de défiance qui captive le lecteur jusqu’à la dernière page, la dernière vignette. Coup de cœur !

Eric Guillaud

Les Singes, de Yann Le Bec. Dupuis. 24€

© Dupuis / Le Bec