Drôle d’objet que ce Old Man, un manga, évidemment, mais aussi et surtout un thriller ou plutôt une histoire de vengeance teintée de fantastique multipliant les clins d’œil plus ou moins appuyés à Hollywood mais aussi à la légende d’Elisabeth Bàthory et à la source de sa supposée éternelle jeunesse.
Old Man c’est d’abord la nouvelle création de Chang Sheng, auteur d’origine taïwanaise complet car signant ici le scénario et les dessins. C’est aussi un volume plus conséquent qu’à la normale avec ses 360 pages et sa couverture classieuse. Mais c’est surtout une parabole, assez cruelle, sur tous ceux et toutes celles prêts à tout, même le pire, pour retarder l’inévitable. Son slogan récurrent le résume d’ailleurs très bien : le temps n’est qu’une illusion.
Dans un pays non identifié et à une période hybride – à la fois victorienne et moyenâgeuse – s’affrontent dans une ronde morbide une reine immortelle, un illusionniste embastillé pour avoir soi-disant trahi la couronne et une générale amputée de ses quatre membres pour avoir failli. Si le ‘old man’ du titre (‘vieil homme’) est l’illusionniste, modelé d’une manière troublante sur l’acteur Sean Connery, la reine, elle, est directement calquée sur Elisabeth Bàthory, comtesse hongroise de la fin du XVIᵉ siècle ayant réellement existé et à la beauté, paraît-il, légendaire, au point d’être soupçonnée d’avoir fait régulièrement enlever et assassiner des jeunes vierges pour pouvoir se baigner dans leur sang et ainsi prolonger sa jeunesse.
Avec son trait très réaliste et ses nombreux gros plans explorant le visage de ses protagonistes, Sheng réussit à retranscrire la psyché de ces êtres tous maudits ou maudites à leur façon et se débattant, parfois d’une façon pathétique, pour essayer d’échapper à leur destin. Tous sont cabossés, intérieurement ou littéralement, la plus perturbante étant Rebecca, ancienne soldate dévouée dont les extensions des membres lui donnent un faux air de poupée enfantine.
Même si le tout est parfois un chouia dense et souffre un peu d’un rythme inégal car alternant scènes frappantes, comme l’introduction, et digressions un peu longuettes, Old Man cultive soigneusement sa singularité, notamment grâce à un ton inhabituel, sombre et cruel certes mais aussi raffiné et, disons-le carrément, classieux.
Olivier Badin
Old Man, de Chang Sheng, Glénat. 15,95 euros


