01 Avr

Deux des héros maudits de Michael Moorcock défient les dieux du chaos en BD

Ancien collaborateur du groupe de space-rock Hawkwind et figure emblématique de la science-fiction « new wave » des années 60 et 70, Michael Moorcock voit depuis quelque temps son œuvre littéraire faire l’objet d’une véritable revalorisation, notamment à travers plusieurs adaptations en bande dessinée. Au point que certaines se croisent aujourd’hui, comme en témoigne la parution simultanée du premier tome de la saga Corum et la réédition du troisième volume des adaptations des aventures d’Elric, signées par le scénariste Roy Thomas.

Elric, Hawkmoon et Corum : trois incarnations distinctes et partageant pourtant de nombreux points communs de la figure du Champion éternel, archétype du héros maudit selon Moorcock. Depuis 2013, les éditions Glénat se sont mises en tête de proposer des réactualisations de toutes ces sagas littéraires, à commencer par celle d’Elric entamée en 1961 avec La Cité qui rêve. Mais en les confiant à des jeunes auteurs nourris de culture cyberpunk et de jeux vidéo, ces relectures se révèlent souvent exubérantes… Quitte à parfois un peu écraser ses personnages et leur psychologie. 

Le défaut principal de Corum est son personnage principal et surtout sa proximité avec Elric. Comme lui, c’est un prince déchu, utilisant une magie noire qui le dépasse parfois et nanti d’armes magiques, en l’occurrence ici une main et un œil lui permettant de convoquer des démons et de voir sur les autres plans de l’existence. Même physiquement parlant, avec leur look gothique et leurs longs cheveux blancs déployés sur leur peau couleur d’ivoire, la ressemblance est troublante.

Autre élément troublant : la place de ‘grand méchant’ prise ici dans le récit par Arioch, dieu du Chaos. Le même Arioch protecteur, malgré lui, d’Elric…

Corum – Glénat / Chauvel & Merli

Cette confusion des genres était assumée dans les textes originaux, voire carrément revendiquée par Moorcock, chacun de ces anti-héros étant présenté comme une allitération d’un seul et même personnage : le Champion Eternel.

Un parti-pris intéressant sur le plan littéraire mais qui complique un peu la vie du scénariste David Chauvel et du dessinateur italien Luca Merli, surtout qu’ils arrivent après deux adaptations très réussies donc d’Elric et de Hawkmoon.

Ce premier tome est donc une histoire d’exil, celui du prince Corum, dernier représentant de sa race (du moins le croit-il) après le massacre de son peuple par des barbares. Affreusement mutilé, il ne doit son salut qu’à l’intervention d’un autre exilé au destin tragique, le comte Moidel et prend le chemin de la revanche, sans d’abord se rendre compte qu’il n’est que le jouet des dieux et de leurs sautes d’humeur…

Plutôt que d’affronter frontalement la très colorée et romantique adaptation réalisée dans les années 80 par un alors inconnu Mike Mignola (le futur créateur de Hellboy), le dessinateur Luca Merli a eu l’intelligence de partir dans une direction opposée avec un design très noir et tortueux, quitte à parfois étaler sur deux pages un seul et même dessin, même si ce choix graphique un peu pompier ne sera pas du goût de tout le monde.

Elric, La Cité qui Rêve – Delirium / Thomas & Russell

Justement, pour ces déçus, il y a la nouvelle réédition, quatre ans et demi après la dernière en date sur Delcourt, de la première adaptation BD des aventures d’Elric, chapeautée par le scénariste ‘star’ et ex-Marvel, Roy Thomas. La Cité qui rêve est l’histoire par laquelle tout a commencé et quarante-quatre ans après sa première publication, cette version n’a rien perdu de sa flamboyance, notamment grâce au style très atypique de P. Craig Russell.

Par rapport à l’édition principale, cette édition 2026 bénéficie d’un plus grand format, d’une restauration optimisée des planches, d’une nouvelle postface sur ‘Moorcock en images’ par le traducteur Alex Nicolavitch et d’une entrevue réalisée par ce dernier avec le maître.

Olivier Badin

Corum, tome 1 : Le Chevalier des épées par David Chauvel et Luca Merli. Glénat. 24 euros

Elric, La Cité qui rêve par Roy Thomas et P. Craig Russell. Delirium. 18 euros