Redécouvert dans une nouvelle édition, Un maillot pour l’Algérie dépasse largement le cadre du sport pour raconter une page méconnue de l’histoire : celle de footballeurs algériens devenus symboles de la lutte pour l’indépendance de leur pays. Un récit puissant où le ballon rond se fait instrument politique et vecteur de liberté.
Lorsque je découvre cette bande dessinée en 2016, la France vient tout juste de s’incliner face au Portugal en finale de l’Euro. Un instant, je me suis demandé s’il était opportun d’en faire une chronique aussitôt, au risque de remuer le couteau dans la plaie. Un instant seulement. Car si Un Maillot pour l’Algérie parle de football, il raconte surtout une histoire essentielle : celle d’un combat pour l’indépendance, pour la liberté, et pour la reconnaissance d’un peuple. Et nous rappelle que le football, le sport plus généralement, a parfois d’autres enjeux qu’une simple victoire dans un tournoi.
Nous sommes en 1958, à la veille de la Coupe du monde. Mais surtout en pleine guerre d’indépendance algérienne, encore qualifiée à l’époque de simples « événements » côté français. C’est dans ce contexte que douze footballeurs algériens évoluant dans des clubs de première division française décident de tout quitter pour rejoindre le FLN et créer la première équipe nationale de ce qui n’est pas encore un pays, l’Algérie.
Parmi eux, Rachid Mekhloufi, Mustapha Zitouni ou encore Abdelhamid Kermali. En avril 1958, ils quittent la France pour Tunis, où débute cette aventure unique : celle d’une équipe de révolutionnaires en short, bientôt rejointe par d’autres joueurs.
Entre 1958 et 1962, année des Accords d’Evian et de l’indépendance de l’Algérie, l’équipe du FLN aura joué 83 matchs pour 57 victoires et 14 nuls, marqué 349 buts pour 119 encaissés. Elle aura surtout représenté un peuple en lutte et une certaine idée de la liberté un peu partout sur la planète, depuis le Maroc jusqu’au Vietnam, en passant par l’Irak, la Roumanie ou encore la Russie.
Si comme moi, vous n’êtes pas assez passionné par le football pour en connaître son histoire dans les moindres détails, Un maillot pour l’Algérie vous permettra d’en découvrir un épisode étonnant, une aventure incroyable mettant en scène non pas des guerriers ou des terroristes, mais de simples footballeurs qui vont se battre pour l’indépendance avec leur talent et un ballon pour seule arme. Le résultat est passionnant, parfois surprenant, toujours très documenté, raconté et mis en images avec passion par trois vrais fans du ballon rond, le Bruxello-barcelonais Javi Rey et les deux Bretons Bertrand Galic et Kris.
On pense évidemment à Invictus, de Clint Eastwood : deux œuvres très différentes, mais un même constat — le sport est indissociable de nos sociétés et peut, parfois, contribuer à changer le cours de l’histoire.
Proposé aujourd’hui dans une nouvelle édition, enrichie d’un épilogue et de plusieurs pages supplémentaires de dossier documentaire, l’album de Bertrand Galic, Kris et Javi Rey n’a rien perdu de sa force. Bien au contraire : à l’heure où le sport est plus que jamais traversé par des enjeux politiques et identitaires, son propos résonne avec une acuité renouvelée.
Eric Guillaud
Un maillot pour l’Algérie, de Galic, Kris et Rey. Éditions Dupuis. 29,95€


