Je suis d’accord avec vous, les temps ne prêtent pas vraiment à sourire. Alors, quitte à affronter l’époque, autant le faire avec quelques bonnes claques d’humour bien senties. Super-héros décérébrés, satire politique grinçante, absurdité administrative ou petites angoisses existentielles : cette sélection de BD prouve qu’on peut encore rire de tout…
Sa nouvelle aventure est disponible depuis le 1ᵉʳ avril dans toutes les bonnes librairies de la galaxie et ce n’est pas un poisson, c’est pire ! Captain Biceps regonfle ses muscles pour affronter, une fois de plus, les forces du mal et sauver le monde. Dans les cases, ça fait pop, prof, plorf, mais aussi gong, bluarg, bzzzz et même ボン, car oui, Captain Biceps s’attaque aussi bien aux héros de Marvel que Minecraft ou des mangas. Toujours fidèle à lui-même, slip sur le collant et philosophie musclée au
poing, Captain Biceps est mine de rien le seul à faire le poids face à Captain America. Et rien que pour ça… De l’humour musclé qui pulvérise, décapite, atomise, hache menu et dans tous les cas fait « saigner grave sévère ». Du Tébo et Zep associés pour le meilleur ! (Captain Biceps, tome 8, de Zep et Tebo. Glénat. 11,50€)
Moins musclé, plus fin peut-être, résolument absurde et noir, l’humour de Marc Dubuisson fait mouche à tous les coups. En couverture de l’album, la devise de l’État français sous Vichy, « Travail, Famille, Patrie », devient « Travail, Famille, Patron » : une légère distorsion qui, sous ses airs de simple jeu de mots, laisse poindre l’idée d’un
retour en arrière, d’un glissement vers certaines valeurs que l’on pensait révolues. Et c’est bien le cas. Dans chacune des 70 pages de gags proposées par l’auteur, le monde — ou du moins l’administration départementale dans laquelle évoluent les protagonistes — a basculé dans un univers où se mêlent fascisme, masculinisme, homophobie… Mais c’est pour rire bien sûr ! (Amour, fascisme et CDD, de Marc Dubuisson. Delcourt. 14,50€)
On reste dans le même esprit avec Bilan Carbonara de Michel Poivre. Ni bilan, ni trace de carbonara dans les pages de l’album, mais un humour hautement corrosif et bien poivré qui croque notre société à travers une succession de gags acides, d’une lucidité aussi drôle qu’inquiétante. Une première BD prometteuse qui frappe
d’entrée avec une idée savoureuse pour réussir sa vie : devenir le fils de Bernard Arnault. Ça peut rapporter gros ! (Bilan Carbonara, de Michel Poivre. Delcourt. 14,50€)
Certains adaptent des romans en films de cinéma, d’autres transposent des romans graphiques en dessins animés, Bernstein et Geffroy, eux, ont choisi d’adapter des chansons en bande dessinée, ce qui est quand même plus rare. Encore et encore, Allo maman bobo, Il suffira d’un signe ou encore Où sont les femmes, Variété française, sorti il y a tout juste un an aux éditions Rouquemoute, est un concentré de tubes passés à la moulinette de l’humour. Pour rire et chanter ! (Variété française,
de Bernstein et Geffroy. Rouquemoute. 16€)
C’est fou comme le temps peut passer vite, très vite. Études, boulot, mariage, enfants… À peine le temps de profiter de la vie que nous voilà déjà arrivés à 60 ans. Avec ses avantages, certes : du temps libre et quelques tarifs préférentiels ici ou là. Et ses inconvénients, trop nombreux pour être énumérés dans cette chronique. 60 ans déjà ? Jim, qui vient tout juste de rejoindre le club des sexagénaires, a choisi d’en rire à travers une cinquantaine de gags bien sentis, jouant sur la répétition des images et l’enchaînement des petites tragédies du quotidien. De quoi amuser certains, en effrayer d’autres… et rappeler à tout le monde que le compte à rebours est de toute
façon lancé. À savourer sans modération… avant qu’il ne soit trop tard ! (60 ans déjà?, de Jim. Anspach. 15,50€)
Des braqueurs dans une banque pour un petit braquage : jusque-là, rien de bien extraordinaire, tout reste dans une logique attendue. Mais lorsque politiques et médias s’en mêlent — notamment une certaine chaîne d’information en continu, que je ne nommerai pas ici pour éviter de lui faire de la publicité, mais dont le présentateur vedette figure en couverture de l’album — tout déraille. La situation devient ubuesque, transformant de simples braqueurs en terroristes islamistes, de quoi alimenter les journaux télévisés pendant des heures. C’est à la fois drôle et effrayant tant Karibou dissèque avec finesse les mécanismes de la pensée d’extrême droite. (Braquage et anecdotes savoureuses à raconter en soirée, de Karibou et Chavant. Delcourt. 13,50€)
Eric Guillaud

