Dix ans après ses débuts dans la bande dessinée, l’autrice-illustratrice angevine Mathou nous offre une réédition largement revue et augmentée de son premier album, idéale pour faire le plein de légèreté, de finesse et d’amour dans un monde qui en manque cruellement.
Il n’y a pas de mal à se faire du bien ! Depuis plus de dix ans, l’Angevine Mathou, de son vrai nom Mathilde Virfollet, a fait de cette phrase sa devise, publiant sur ses réseaux sociaux et dans ses livres une succession de dessins humoristiques au ton léger, au trait joyeux, des dessins reconnaissables entre tous qui figent ces minuscules moments du quotidien, aussi anodins qu’essentiels, avec pour seule ambition d’adoucir la vie de chacun et chacune.
Le grand public français l’a véritablement découvert avec The Nice House Of The Lake et Derrière La Porte. Auréolé de plusieurs prix (dont le prestigieux Eisner Award) et à seulement 39 ans, James Tynion IV maîtrise déjà à la perfection l’art de suggérer l’horreur et l’angoisse. En prenant les rênes de son destin et en fondant sa propre maison d’édition, il a décidé de faire un pas de côté avec la série Exquisite Corpses. Nous l’avons rencontré à Paris…
Très prolixe, avec cette décontraction typiquement américaine, James Tynion IV sait qu’il est actuellement l’un des scénaristes les plus en vue de la BD indépendante outre-Atlantique. Et il compte bien en profiter. Attablé dans un bistrot parisien où il enchaîne les interviews sans se défaire de sa bonhommie, il nous parle de la sortie du premier épisode d’Exquisite Corpses en France, réalisé avec le dessinateur Michael Walsh. Le tout est un sacré petit jeu de massacre et mérite bien son titre en VF de ‘cadavre exquis’, les autres épisodes étant pris en charge par d’autres équipes créatives, mais sous sa direction.
D’abord, comment devrions-nous qualifier ce Exquisite Corpses, ou ‘cadavres exquis’ en VF ? Est-ce le début d’une franchise ? D’une série ? Voire d’un empire ? Ou est-ce que c’est ‘juste’ un comics ?
James Tynion IV . Ce n’est pas juste un livre de comics. Je dirais que c’est une série avec un vrai potentiel de franchise et pour être franc, cela a très bien démarré aux États-Unis, où beaucoup de choses se jouent la première semaine car tu vois tout de suite si le public accroche ou pas. Or, avec Exquisite Corpses, cela a été mon meilleur lancement en trois ans ! Donc cela nous réconforte dans notre idée d’en faire un objet multimédia unique et nous avons d’ailleurs un plan sur cinq ans pour ça.
Après avoir longtemps travaillé pour DC Comics, vous avez décidé en février 2024 de lancer votre propre maison d’édition, Tiny Onion (‘petit oignon’) dont Exquisite Corpses est la première grosse sortie. Est-ce que vous avez su dès le début que ce serait, en quelque sorte, votre vaisseau-amiral ?
Clairement, oui. J’avais l’idée en tête depuis pas mal d’années, depuis que j’avais travaillé chez DC sur des crossover où l’on réunissait plusieurs univers différents dans une seule et même BD. Je me suis dit que j’aimerais utiliser le même type d’énergie mais au bénéfice d’une œuvre faite par et appartenant aux artistes. Je savais que le concept de cette nouvelle série serait parfait pour fédérer autour d’elle tout un groupe de dessinateurs et de scénaristes, quitte à me lancer dans quelque chose dont la magnitude n’avait rien à voir avec ce que j’avais fait jusqu’à maintenant. Et franchement, cela s’est révélé être l’une de mes expériences les plus amusantes et collaboratives de ma vie.
Mais on ne peut pas dire que vous avez choisi la facilité pour lancer ta maison d’édition, Exquisite Corpses étant particulièrement violent, noir et pas franchement très grand public non ?
Oui, mais c’est comme ça, vous savez, je ne pense pas qu’il y ait de valeur à jouer la facilité. En ce moment, il est difficile de lancer des idées originales sur le marché des comics, qui s’est pas mal rétréci. Une grande partie du public préfère graviter vers les valeurs sûres et les super-héros ancestraux et d’ailleurs, des boîtes comme Energon Universe lancée par Robert Kirkman le créateur de The Walking Dead a su, avec succès, réinventer des séries comme Transformers ou GI Joe. Mais nous, nous avons choisi de lancer notre propre univers et pour attirer les lecteurs et les lectrices, on avait besoin de choquer un peu. Ce ton plus brutal nous permet également de nous différencier : jamais par exemple DC Comics n’aurait lancé une série comme Exquisite Corpses où l’un des tueurs est un gamin de douze ans fan de jeux vidéo ! Accessoirement, j’avoue ne pas vouloir suivre cette recherche en respectabilité qui anime pas mal d’éditeurs à l’heure actuelle. Lorsque j’étais gamin, les comics ne cherchaient pas à se faire aimer de tous, c’était de l’art, un point c’est tout, quitte à ce que cela ne plaise pas à tout le monde, voire que cela en énerve certains.
Le pitch d’Exquisite Corpses est assez osé : tous les cinq ans, les treize grandes familles qui, en secret, contrôlent les États-Unis envoient dans une petite ville de leur choix leurs champions s’entretuer, le gagnant permettant à son propriétaire si l’on peut dire de régner sur les pays pour les cinq années à venir. C’est très graphique et ne cache aucun détail. Mais croyez-vous vraiment qu’en 2026 on puisse encore choquer les gens ?
Choquer pour choquer, non. Et ce n’est de toute façon pas notre motivation première. Surtout qu’il aurait été très facile, trop même, de céder à la tendance actuelle portant sur la nostalgie des années 80 et les slashers de l’époque, style Vendredi 13. Je comprends qu’il y ait un public pour ça mais nous ne voulions pas aller dans ce sens-là. Surtout que l’idée que nous vivons sans le savoir dans une société où tout est contrôlé par treize familles hyper-riches qui s’amusent tous les cinq ans à remettre en jeu leur titre de famille dominante tout en tuant au passage des innocents me paraît beaucoup plus effrayante.
Vous suggérez que ce jeu cruel remonte à 1775, soit au début de la guerre d’indépendance des États-Unis qui se résumait alors à treize états, d’où les treize familles. Est-ce que cela veut dire que, selon Exquisite Corpses, les États-Unis ont été bâtis sur un mensonge ?
Vous croyez que vous avez le pouvoir, que votre vote peut compter et que vous pouvez changer les choses. Mais vous savez quoi ? C’est juste un jeu. Une illusion. C’est pour ça qu’Exquisite Corpses va au-delà de l’horreur graphique car d’une certaine façon, nous disons que tout ce que vous regardez, c’est faux. Il existe dans ce monde des gens extrêmement puissants dans le monde pour qui les règles ne s’appliquent pas mais qui les fixent pour le reste d’entre nous.
Nous nageons donc là en pleine théorie conspirationnelle ?
(sourire) Tout cela reste un comics, attention. Surtout, je pense que la réalité est, hélas, beaucoup plus terre-à-terre et ennuyante. Mais pas moins dangereuse et horrible. La réalité est plus puissante que la fiction et c’est une drôle de période pour écrire un commentaire sur le monde car les systèmes censés nous protéger ne fonctionnent pas comme nous l’avions dit qu’ils fonctionneraient dans des moments de crise. C’est un moment que beaucoup de nous ressentent.
Revenons au concept en lui-même : le cadavre exquis, en bon français, est un procédé littéraire dont l’un des meilleurs exemples fut le duo formé par Marcel Allain et Pierre Souvestre qui ont créé en 1911 le personnage de Fantômas. Pour pouvoir soutenir la cadence frénétique du roman-feuilleton, ils s’alternaient à l’écriture de chaque chapitre pour être ainsi deux fois plus productifs, sans forcément savoir où l’autre voulait emmener le récit. Est-ce le cas également ici ?
Pas tout à fait. Disons que c’est beaucoup plus sous contrôle car nous voulions être sûrs de conserver un récit cohérent. Déjà, Michael Walsh et moi nous avons écrit le premier chapitre, dessiné les contours du monde et caractérisé tous les personnages qui y évoluent. Le design des différents tueurs en série par exemple était également bien établi. Mais une fois toutes ces données établies, nous les avons mises à disposition de la salle d’écriture et demandé aux différents auteurs que nous avions conviés où est-ce qu’ils pensaient nous emmener avec tout ça.
Mais quelle est leur liberté réelle ?
Elle est assez grande. Comme tout le monde, j’ai mon personnage préféré mais si un auteur décide de les trucider dès le quatrième épisode, je ne vais rien faire pour l’empêcher. Disons que Michael et moi, nous agissons comme une sorte de comité de direction contrôlant la qualité finale du produit tout en laissant chacun s’exprimer comme il l’entend.
Toute l’action se passe dans une petite ville imaginaire de la côte est américaine du nom d’Oak Valley dont personne ne peut sortir. Est-ce que ce n’est pas un, disons, terrain de jeu trop limité sur le plan dramatique ?
C’était justement un sacré défi à relever. Et lorsqu’on y pense, il y a aussi cette compétition entre ces treize tueurs. Mais il y a aussi les treize puissantes familles derrière, leurs motivations, leurs histoires, leurs luttes internes… Et puis il y a tous ces civils dont la seule faute est de vivre au mauvais endroit au mauvais moment et qui doivent apprendre à essayer de ne pas se retrouver au milieu de tout ça tout en faisant de leur mieux pour résoudre leurs soucis personnels. Donc tout cela mis bout-à-bout offre énormément de déclinaisons possibles.
Est-ce que l’on peut penser qu’Oak Valley est représentatif de ce que l’on a appelé ‘suburbia’, c’est-à-dire ces petites villes pleines de lotissements loin des grandes métropoles qui constellent le territoire américain ? Et pourquoi ce choix de la côte est ?
Oui, c’est même carrément un archétype. Il existe des centaines, des milliers d’Oak Valley aux USA qui ont parfois leurs heures de gloire dans les années 50 ou 60 et qui dépérissent depuis. Quant au choix de la Nouvelle-Angleterre et plus précisément de l’état du Maine, c’est clairement un hommage à l’œuvre de Stephen King dont la quasi-intégralité des romans se passe dans le Maine.
Mais vous savez comment tout cela va finir ?
Ah oui, j’ai une idée très précise. Mais non, je ne vais rien te dire ! Au moment où je te parle, le dernier épisode dont la sortie est prévue en mai prochain aux États-Unis est en train d’être finalisé.
D’après ce que j’ai lu, d’autres déclinaisons sont déjà prévues ?
Tout à fait. Nous travaillons actuellement sur le développement d’une série pour la télé même si nous sommes encore trop tôt dans le processus pour pouvoir en dire plus. Mais tout cela rappelle que le comics n’est que le début : il y a déjà un jeu de cartes, une série est donc en cours d’écriture plus d’autres choses. En fait, Exquisite Corpses ne fait que commencer.
Une interview d’Olivier Badin
Exquisite Corpses de James Tynion IV & Michael Walsh. Urban Comics / Tiny Onion. 13,90 € .
Près de quatre-vingts ans après sa création, Lucky Luke continue de faire rêver et d’inspirer. Le dessinateur nantais Brüno et le scénariste réunionnais Appollo revisitent le mythe du cow-boy solitaire dans Dakota 1880, un hommage à la fois respectueux et audacieux au héros de Morris et Goscinny. Rencontre…
Entre fiction et réalité, l’auteur angevin Étienne Davodeau s’est imposé comme une voix singulière dans le paysage du neuvième art. Il revient aujourd’hui avec Là où tu vas, un récit mettant en lumière le métier de sa compagne, Françoise Roy, accompagnatrice au quotidien des personnes atteintes de troubles cognitifs.
Depuis son village angevin, Étienne Davodeau a écrit et dessiné une bonne quarantaine de bandes dessinées essentielles, tantôt des fictions, tantôt des documentaires, dans les deux cas, des récits sensibles et profondément humains, où il explore sans relâche le réel, le quotidien et l’intime.
Avec toujours ce souci de la proximité ! Dans Rural !, sa première bande dessinée documentaire, Étienne Davodeau mettait en scène des agriculteurs angevins confrontés à la construction d’une autoroute. Dans Les Mauvaises Gens, il revenait sur le passé militant de ses parents. Dans Les Ignorants, il racontait une initiation croisée avec un voisin viticulteur. Enfin — mais les exemples pourraient se multiplier — Loire offrait un voyage au cœur des sentiments humains et de la nature qui l’entoure.
Cette fois, son regard s’est posé sur une personne encore plus proche, celle avec qui il partage sa vie depuis quarante ans, sa compagne, Françoise Roy, dont le métier est d’accompagner les personnes atteintes de troubles cognitifs, Alzheimer et autres. Inlassablement, pendant quinze ans, il lui a proposé de réaliser une bande dessinée sur son travail. Inlassablement, elle a refusé. Jusqu’à ce qu’elle accepte, estimant qu’il était temps de porter à la connaissance de tous la réalité de ce métier invisible, fait de patience, d’écoute et d’humanité. Interview…
Né de la passion commune du dessinateur Brüno et du scénariste Fabien Nury pour la science-fiction rétro et l’esthétique pulp, « Electric Miles » nous plonge dans l’Amérique des années 50, le temps d’un récit aussi sombre qu’intrigant. Rencontre…
Nous l’avions rencontré en 2015, il y a tout juste dix ans. À l’époque, Brüno venait de publier le deuxième volet de ce qui allait devenir la trilogie Tyler Cross. Une œuvre marquante, saluée par la critique et par le public, aujourd’hui en passe d’être adaptée en dessin animé pour Canal+.
Cette fois, nous le retrouvons dans son atelier nantais à l’occasion de la sortie du premier volet d’un nouveau projet baptisé Electric Miles. Entre les deux, plusieurs points communs, à commencer par la présence à ses côtés du scénariste Fabien Nury, le choix des États-Unis comme terrain de jeu et une atmosphère de thriller à couper au couteau.
L’album précédent nous l’avait laissé pour mort. Un cauchemar pour ses nombreux fans et peut-être bien pour lui-même. Mais Spirou est finalement de retour pour une nouvelle aventure toujours emmenée par le trio composé de Benjamin Abitan et Sophie Guerrive au scénario et du Nantais Olivier Schwartz au dessin…
C’est bien simple, les héros ne meurent jamais ! Corto Maltese, Lucky Luke, Astérix et Obélix, Gaston Lagaffe, Blake et Mortimer et tant d’autres ont survécu à leurs créateurs. Alors pourquoi pas Spirou ?
Né en 1938 dans les pages du journal éponyme, Spirou est passé de mains en mains jusqu’à nos jours pour vivre des aventures un peu folles et un peu partout sur la planète. Spirou, c’est 86 ans d’histoire(s), 57 albums, des personnages secondaires mythiques et une bonne vingtaine de dessinateurs et de scénaristes pour l’animer et nous le rendre vivant, au moins dans le cœur de plusieurs générations de lecteurs.
Il y a 40 ans, le corps du petit Grégory était retrouvé sans vie dans la Vologne. D’un fait divers tristement banal, ce meurtre deviendra l’une des plus grandes affaires criminelles de l’après-guerre. Une bande dessinée réalisée par le scénariste angevin Patrice Perna et le dessinateur Christophe Gaultier, avec la collaboration de Jean-Marie Villemin lui-même, vient de sortir aux éditions Les Arènes. Avec pour objectif de rétablir quelques vérités. Interview…
Le 16 octobre 1984, il y a précisément 40 ans, le corps d’un enfant de quatre ans est retrouvé sans vie dans une rivière des Vosges, la Vologne, les pieds, les mains et la tête liés par des cordelettes, un bonnet de laine enfoncé sur la tête. Ce petit garçon s’appelle Grégory. Il a suffi d’un instant pour qu’il soit enlevé et sauvagement tué. Et il a suffi d’un cliché montrant le corps à peine sorti de la rivière par la police pour que ce drame prenne une dimension nationale et médiatique hors norme.
Un mystère de 40 ans
Quarante ans après, le meurtre n’est toujours pas élucidé, le mystère est complet et fascine toujours autant le public. Jean-Marie et Christine Villemin, les parents, continuent de leur côté à se battre pour que l’identité du tueur soit enfin connue. Loin des médias qu’ils ont décidé de fuir depuis longtemps !
Mais Jean-Marie Villemin, conscient que l’approche de l’anniversaire des quarante ans allait susciter quantité de productions où « tout et le contraire de tout allaient être dits », a lui-même initié la réalisation d’une bande dessinée.
Une BD à la mémoire de Grégory
Cette bande dessinée est aujourd’hui disponible dans toutes les bonnes librairies de France, signée par deux auteurs de renom dans le milieu du neuvième art : Patrice Perna au scénario et Christophe Gaultier au dessin. Loin de s’en tenir à l’écriture de la seule préface, Jean-Marie Villemin a collaboré de façon très étroite à l’écriture, fournissant des milliers de documents aux auteurs et apportant toutes les précisions nécessaires pour éviter les approximations. Avec une volonté affichée de raconter leur histoire et d’honorer la mémoire de Grégory.
Pris dans le tourbillon d’une couverture médiatique à laquelle il ne s’attendait pas forcément, preuve s’il en est besoin de l’immense fascination exercée par cette affaire, Patrice Perna a très gentiment et accepté de répondre à nos questions. En prenant le temps nécessaire !
Tous les amateurs de bande dessinée vous le diront, leur passion remplit les étagères et vide les portefeuilles. Une quadrature du cercle mise à mal par l’émergence des sites de vente en ligne et notamment Budule, une plateforme conçue à Nantes et spécialement dédiée au neuvième art.
Wilhem Vandyck a la bande dessinée dans le sang. Dans le sang et un peu partout dans sa maison ! Des chambres au salon, plus de 4000 albums attendent sagement sur leurs étagères d’être lus ou relus. Alors forcément, au fil des ans et des nouvelles acquisitions, la question de tous les garder s’est inévitablement posée. Une véritable « lutte des places », s’amuse aujourd’hui Wilhem.
Spirou et Fantasio, Le Dernier Atlas, Seuls, Green Manor… son imaginaire n’a semble-t-il aucune limite, sa volonté de gratter la surface des choses non plus, le scénariste nantais Fabien Vehlmann revient avec trois albums d’un coup, l’occasion d’échanger avec lui sur son approche de l’écriture, ce qui l’inspire ou l’obsède, ses projets…
Nous l’avons rencontré en 2014 pour la 54ᵉ aventure de Spirou et Fantasio, en 2019 pour Le Dernier Atlas, en 2020 pour Supergroom. Bien sûr, sa biographie ne s’arrête pas là. Loin de là. Il est également le scénariste de la série à succès Seuls, portée au cinéma par David Moreau, de Paco les mains rouges, de Samedi et Dimanche, du Marquis d’Anaon, de Green Manor, de L’Herbier sauvage et de tant d’autres.
Une bonne soixantaine de livres au total dans des genres très différents. Et pas mal de récompenses, notamment le prestigieux Prix René-Gosciny 2020 qu’il partage avec Gwen de Bonneval pour Le Dernier Atlas. Bref, de quoi donner le tournis. Comment passe-t-on d’un univers à l’autre sans y laisser quelques neurones ? C’est la première question que nous lui avons posée…
Il n’y avait pas de mot pour exprimer ce qu’il souhaitait raconter dans cet album. Alors, Gwen de Bonneval l’a tout simplement inventé. Philiations, de Philia et filiations, un néologisme assumé évoquant une histoire aussi universelle et collective qu’intime et introspective, une histoire de lien, d’héritage et de transmission dans un monde pas très loin de l’effondrement.
La couverture de ce nouvel album de Gwen de Bonneval paru aux éditions Dupuis est à elle seule une source de réflexion et de questionnement. L’auteur s’y représente au travail sur sa table à dessin tandis que la forêt brûle derrière lui.Une façon d’illustrer un éventuel déni ? Sans doute. Et surtout le déni d’un monde qui court à sa perte si rien ne change rapidement.
Mais si Gwen de Bonneval a un temps refusé ou plus exactement sous-évalué l’ampleur du désastre, le réveil ne fut que plus brutal lorsqu’il commença à s’intéresser plus sérieusement aux questions environnementales et notamment à la théorie de l’effondrement selon laquelle notre société est vouée à disparaître du fait de l’enchaînement de crises environnementales, économiques, géopolitiques et sociétales.
Plongé dans une profonde éco-anxiété, Gwen de Bonneval se devait de réagir, s’imaginant dans un premier temps lanceur d’alerte à travers son art, la bande dessinée, avant de se rendre à l’évidence que réaliser une œuvre didactique ou pédagogique sur cette thématique n’était pas vraiment son truc !
Au travail militant, Gwen préfère alors partager avec le public une « expérience sensible », ce sera Philiations, une première véritable autobiographie pour l’auteur qui lui permet de s’interroger à travers son parcours de vie sur notre monde et cette obsession qu’on a à vouloir le détruire. Une façon de nous interpeller sur notre place, sur la place du collectif et de l’individu dans la lutte contre l’effondrement annoncé, tout un processus qu’il nous explique ici et maintenant…