27 Juin

Henri Désiré Landru… Et si le premier tueur en série français n’en était pas tout à fait un

Henri Désiré Landru, surnommé à posteriori le « premier tueur en série français » mérite t’il vraiment cette réputation ? C’est la question que soulève cet ouvrage, originellement sorti en 2006 et aujourd’hui réédité en format poche, accompagné d’un dessin en noir et blanc très contrasté, comme un reflet de ce début du XXᵉ siècle pas si euphorique que cela…

Il y a l’histoire officielle, celle avec un grand H. Comme celle d’André désiré Landru, le Barbe bleue des temps modernes, reconnu coupable le 30 novembre 1921 du meurtre de onze personnes, dont dix femmes.
Escroc à la petite semaine, il profite de la Première Guerre mondiale pour séduire des veuves de soldats avant de vider leur compte en banque puis de les tuer. Il brûlera leurs corps dans la cuisinière de la petite villa isolée qu’il loue du côté de Gambais.

Christophe Chabouté n’édulcore rien et n’essaye pas de rendre sympathique son personnage principal. Non, dans un style graphique proche de celui de Tardi, une impression forcément renforcée par la période historique dans laquelle s’ancre le récit, il montre Landru tel qu’il était. Un petit homme taiseux, au regard fuyant et à la barbe pointue, prêt à escroquer son prochain pour survivre.

Mais il n’oublie pas non plus le contexte historique. Au contraire, il en fait un élément essentiel du récit, cette France de la Première Guerre mondiale où les hommes étaient envoyés patauger dans la boue des tranchées au milieu des rats et des cadavres de leurs camarades pendant que la France de l’arrière continuait, elle, à s’amuser comme si de rien n’était.

Il extrapole même dessus et fait croiser le chemin de Landru avec celui d’une gueule cassée. Et à partir de là, le récit glisse peu à peu dans l’horreur, voire dans le fantastique. La mise à mort y est presque industrialisée, Chabouté jouant beaucoup sur la répétition de certaines planches sans dialogues où la silhouette sinistre d’une maison et cette fumée noire funeste s’échappant de la cheminée suffisent à mettre l’imagination du lecteur en marche.

Œuvre noire comme l’ébène pourtant nantie d’une élégance presque victorienne, jusqu’à la dernière page, ce Henri Désiré Landru fascinant ne se dépare jamais d’une certaine cruauté. Et c’est ce qui le rend si fascinant vingt ans après sa première édition.

Olivier Badin

Henri Désiré Landru de Chabouté. Vents d’Ouest. 10 €

© Vent d’Ouest / Chabouté

25 Juin

Le chef-d’œuvre In Waves d’Aj Dungo réédité en version enrichie

À l’occasion de la sortie en salles, le 1ᵉʳ juillet prochain, du film d’animation adapté du roman graphique In Waves d’Aj Dungo, les éditions Casterman publient une réédition enrichie de l’ouvrage original…

Dire que ce récit m’avait bouleversé lors de sa sortie en France, en 2019, serait encore en dessous de la réalité. Dire qu’il m’a bouleversé une nouvelle fois en 2026, à l’occasion de sa réédition, le serait tout autant. In Waves est un récit d’une finesse et d’une émotion rares, une œuvre profondément intime qui possède pourtant toutes les qualités d’une histoire universelle.

Pour sa première bande dessinée, AJ Dungo raconte dans un même mouvement sa passion pour le surf et son histoire d’amour avec Kristen, elle aussi passionnée de glisse, jusqu’au jour où un cancer des os lui est diagnostiqué.

Absolument poignant, In Waves n’en demeure pas moins une formidable ode à la vie, même lorsqu’elle se retrouve malmenée par les vagues du malheur. C’est aussi une plongée passionnante dans l’histoire du surf, qui apporte au récit une dimension supplémentaire et lui donne une ampleur singulière.

Cette réédition aux éditions Casterman est enrichie d’un dossier d’une trentaine de pages qui nous entraîne dans les coulisses de l’adaptation de la bande dessinée en film d’animation, en salle le 1ᵉʳ juillet, avec photos, synopsis, storyboard, illustrations, et interview de l’auteur.

Après le succès de ce magnifique roman graphique – vendu à plus de 100 000 exemplaires – AJ Dungo est passé d’une planche à l’autre, du surf au skateboard, pour raconter, avec Brandon Dumais au scénario, leur jeunesse de skateurs dans les rues de Los Angeles. Un récit intitulé Skating Wilder, lui aussi publié chez Casterman.

Eric Guillaud

In Waves, d’Aj Dungo. Casterman. 26€

© Casterman / Aj Dungo

16 Juin

L’Île au trésor et Le Comte de Monte-Cristo s’offrent une édition prestige

D’un côté L’Île au trésor de Robert Louis Stevenson, de l’autre Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Deux œuvres majeures de la littérature d’aventure, deux classiques intemporels qui continuent de faire rêver les lecteurs génération après génération. Adaptées en bande dessinée avec talent, elles bénéficient aujourd’hui d’une réédition particulièrement soignée, dans un format évoquant les prestigieux livres de prix que l’on remettait jadis aux élèves les plus méritants.

La réédition de l’intégrale de Robinson Crusoé, adaptée par Christophe Gaultier dans une somptueuse édition prestige parue en mars dernier, ainsi que la non moins remarquable réédition de l’adaptation du Vent dans les saules par Michel Plessix le mois suivant, nous avaient déjà séduits par la qualité de leur fabrication et le soin apporté à leur présentation. L’éditeur poursuit aujourd’hui dans cette voie en proposant deux nouveaux titres qui mettent à l’honneur des monuments du patrimoine littéraire.

Habillés tous deux de dorures en couverture et d’un dos toilé — rouge pour L’Île au trésor, vert pour Le Comte de Monte-Cristo —, ces beaux volumes permettent aux éditions Delcourt de réaffirmer la valeur patrimoniale de ces titres et aux lecteurs de (re)découvrir deux œuvres essentielles, respectivement publiées en 1883 et 1844. Maintes fois adaptées en bande dessinée, au cinéma ou à la télévision, elles continuent de fasciner les générations et demeurent encore aujourd’hui étudiées dans nos écoles.

Alors, prêt(e)s pour l’aventure ? Prêt(e)s à embarquer à bord de l’Hispaniola à la recherche d’un fabuleux trésor, ou à suivre l’implacable vengeance d’Edmond Dantès, devenu le comte de Monte-Cristo ? Ces albums offrent une porte d’entrée idéale vers les œuvres originales, tout en affirmant leur identité de bande dessinée. Parfaits pour redécouvrir des récits fondateurs et les partager avec une nouvelle génération de lecteurs.

Eric Guillaud

Le Comte de Monte-Cristo, de Mallet et Loth. Delcourt. 20,50€

L’Île au trésor, de Chauvel et Simon. Delcourt. 25€

10 Juin

BD. Voyages aux frontières du futur : six nouveautés SF à découvrir

Colonisation spatiale, intelligence artificielle, mondes en ruine ou épopées interstellaires : ces six bandes dessinées témoignent de la vitalité d’une science-fiction toujours aussi riche en aventures et en réflexions…

On commence avec Goetz, un superbe album au grand format que vous avez peut-être déjà remarqué dans les vitrines de votre libraire grâce à sa magnifique couverture, qui résume à elle seule une grande partie de ce que le récit nous réserve. Dans un avenir plus ou moins lointain, les Terriens posent le pied sur Elda Galdae, une planète présentée comme un nouveau départ pour l’humanité. Ils y apportent le meilleur d’eux-mêmes mais aussi, inévitablement, leurs travers.

Très vite, ils s’installent, s’organisent et commencent à exploiter, pour ne pas dire piller, les ressources de ce monde inconnu, comme ils l’ont toujours fait, sans vraiment se soucier du peuple autochtone. Car Elda Galdae était déjà habitée : ses habitants, restés à un stade de développement comparable à notre âge du fer, n’entendent pourtant pas se laisser déposséder de leur terre. Et lorsque les abus deviennent insupportables, la colère gronde. Bientôt, ce peuple va se soulever et entrer en résistance face aux colons terriens sous l’impulsion de Goetz, un de leurs chefs, le plus fou, le plus violent. Il dit de lui qu’il ne sert pas le mal, il est le mal !

Un récit captivant, porté par le trait élégant et spectaculaire de Didier Cassegrain, un dessinateur dont le talent s’exprime avec autant de justesse dans le polar (Ne lâche pas ma main, Nymphéas noirs), ou l’heroic fantasy (Tao Bang) que dans la science-fiction (Code McCallum…). (Goetz, de ‘Fane et Cassegrain. Comix Buro / Glénat. 29€)

Pour sa toute première bande dessinée éditée, Florian Breuil nous entraîne dans un monde en ruine, englouti par les eaux et dominé par le gris du béton. Un univers post-apocalyptique aussi austère que fascinant. Là, au milieu des cheminées d’usines, des zones portuaires et des barres d’immeubles défraîchies, Mortépi tente de s’extraire de l’anonymat et de décrocher son moment de gloire. Artiste raté, il tente de percer dans la littérature en écrivant un roman. Il y travaille depuis des années, en vain. Personne n’en a lu la moindre ligne. Dans un dernier élan, Mortépi se suicide dans l’espoir d’accéder à un succès posthume…

Fortement influencé par la série Blacksad de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, Florian Breuil met ici en scène des personnages à tête d’animaux et d’autres à têtes humaines. Un parti pris qui peut dérouter de prime abord mais qui s’intègre finalement avec naturel dans cet univers crépusculaire. Réalisé sur tablette, le dessin de Florian Breuil se distingue par un travail remarquable sur les textures, les effets de matière, les jeux d’ombre et de lumière. Il en résulte des planches souvent spectaculaires, qui accentuent le caractère oppressant de ce monde en décomposition. (Mortépi, Vilain goret, de Florian Breuil. Les Humanoïdes Associés. 24€)

Colonisation nous embarque dans un futur où l’homme a dû quitter la Terre surpeuplée pour coloniser d’autres planètes. Un exode de masse à bord d’une multitude de vaisseaux spatiaux, dont certains se sont perdus dans l’immensité de l’espace et sont sujets à des pillages. Retrouver ces vaisseaux, c’est précisément la mission de Milla Aygon et de son équipe, une mission dangereuse qui les entraîne dans des recoins inhospitaliers de l’univers.

Dans ce dixième volet, l’escouade de Milla est de retour sur Terre, le berceau de l’humanité, ou du moins de ce qu’il en reste. Devenue totalement inhabitable, la planète a vu son écosystème s’effondrer après l’installation d’une sonde par les Atils, une civilisation extraterrestre. Censée réguler les bouleversements climatiques, celle-ci n’a eu pour seul effet que d’accélérer sa destruction. De quoi remettre en question l’image de ces Atils que l’on considérait jusqu’alors comme des sauveurs.

Porté par un scénario captivant et une mise en images époustouflante, tout à la fois fine, dynamique et spectaculaire, ce dixième tome confirme une fois de plus les qualités d’une excellente série de science-fiction. (Annihilation, Colonisation tome 10, de Filippi et Cucca. Glénat. 15€)

Un androïde peut-il avoir une conscience ? C’est toute la question que soulève le nouveau récit de Cyril Bonin. Karl, l’androïde qui nous intéresse ici, le tout dernier modèle des usines Randall Company, est au service de Charles Brooks, un riche banquier. Un jour, alors que Karl conduit son employeur, il aperçoit une biche traversant la route. Saisi par sa beauté, il tente de l’éviter et provoque un accident qui coûte la vie à son passager.

Qu’un androïde puisse être ému par la grâce d’un animal, distinguer le beau du laid et agir en conséquence bouleverse toutes les certitudes. S’agit-il d’une simple anomalie, d’un dysfonctionnement de ses circuits, ou au contraire de l’émergence d’une véritable conscience ? Une interrogation vertigineuse qui conduit bientôt la Randall Company devant les tribunaux.

Paru en février dernier aux éditions Sarbacane, Karl est un récit de science-fiction qui questionne notre présent et les liens de plus en plus étroits que nous entretenons avec les intelligences artificielles. L’homme dépassé par sa création : l’idée est vieille comme le monde ou presque mais elle n’a sans doute jamais semblé aussi actuelle. Sans esbroufe visuelle, Cyril Bonin livre une œuvre sensible et profondément humaine, portée par un trait semi-réaliste d’une grande délicatesse. Un récit touchant qui nous fait peu à peu tomber sous le charme d’un robot. (Karl, de Cyril Bonin. Sarbacane. 22€)

Inspiré à la fois par la conquête spatiale et l’omniprésence de l’image dans notre société contemporaine, Phobos nous embarque pour une épopée spatiale à forte dose de romance mais aussi de critique sociétale. Aux manettes de cette adaptation du best-seller de Victor Dixen, Victor Dixen lui-même pour le scénario et Eduardo Francisco pour le dessin.

L’histoire ? Cap Canaveral a été racheté par Atlas Capital et sert dorénavant de base de lancement à une émission de télé-réalité dont le principe est simple : six filles et six garçons dans le même vaisseau, six minutes chaque semaine pour se rencontrer et plus si affinité, l’éternité pour créer la première colonie sur Mars. Et tant pis si tout ne se passe pas comme annoncé… (La Tempête des destins, Phobos tome 4, de Maria Francesca Perifano et Victor Dixen. Glénat. 16,90€)

Vous voulez de l’action ? Vous allez être servi : le premier volet de Ghost Pepper enchaîne les séquences survitaminées à un rythme effréné. Transfuge du jeu vidéo — il a travaillé sur le célèbre World of Warcraft — Ludo Lullabi est un auteur français qui, après plusieurs bandes dessinées et mangas publiés en France, s’est tourné vers le comics américain. Il a notamment signé un épisode de Transformers et repris les aventures de Battle Chasers.

Ce premier volume de Ghost Pepper rassemble les numéros 1 à 5 de la série américaine. Son histoire nous plonge dans un monde post-apocalyptique où l’ancienne civilisation a disparu depuis longtemps. Pendant des siècles, le monde a brûlé, ne laissant derrière lui que des ruines. Puis est apparu un sauveur : Bataar. Vénéré par tous, il semble avoir redonné un avenir à l’humanité.

Au cœur de cet univers évolue Loloï, une héroïne que Lullabi décrit comme « une Claudia Cardinale issue d’un vieux western, perdue dans un monde de science-fiction ». Propriétaire d’un food truck, elle régale ses clients grâce à ses talents culinaires. Jusqu’au jour où l’un de ses plats est servi à un mystérieux voyageur nommé Ash, dont l’arrivée va bouleverser son quotidien et l’entraîner dans une aventure aussi déjantée que spectaculaire. (Ghost Pepper tome 1, de Ludo Lullabi. Delcourt. 17,95€)

Eric Guillaud

02 Juin

Petit bonhomme : une odyssée muette d’Alexis Bacci et Gregory Panaccione

Toby mon ami, Âme perdue, Un Océan d’amour, Chronosquad ou encore La Petite Lumière : depuis une quinzaine d’années, Grégory Panaccione déploie un imaginaire d’une richesse foisonnante. Il revient aujourd’hui avec Petit Bonhomme, un récit entièrement muet mais éclatant de couleurs, sur un scénario d’Alexis Bacci.

Difficile de résumer un tel album. Disons que Grégory Panaccione et Alexis Bacci nous embarquent sur une planète étrange pour raconter, ni plus ni moins, le monde : le big bang, le chaos, l’apparition de la vie, l’évolution des espèces, la naissance des groupes sociaux… À première vue, l’ambition peut sembler démesurée, mais les auteurs s’en emparent avec une virtuosité désarmante, livrant une fable à la fois sombre et drôle, cruelle et tendre.

Pas un mot, ou presque : quelques onomatopées, parfois des dessins dans les bulles en guise de dialogues. La narration impose un rythme ultra-dynamique, que l’on prend pourtant plaisir à ralentir pour mieux savourer la beauté du trait de Panaccione et sa palette de couleurs, plus riche que jamais, parfois même explosive, à l’image de la couverture.

À travers le parcours d’un minuscule bonhomme, tout bleu, aux yeux ronds comme des billes et aux cheveux noirs comme du charbon, les auteurs abordent, l’air de rien, des problématiques très contemporaines : l’amour vs la haine, avec l’espoir, tenace, que le premier l’emporte. Un récit profondément universel !

Eric Guillaud

Petit bonhomme, d’Alexis Bacci et Gregory Panaccione. Morgen. 27,90€

 

28 Mai

Il était une fois dans l’Ouest : quatre BD qui revisitent le mythe du western…

Avec la SF et le polar, le western fait sans aucun doute partie des genres indémodables du neuvième art. D’inspiration classique ou en quête de nouvelles voies, sombre et violente ou humaniste et poétique, cette sélection de nouveautés en illustre toute la diversité.

À tout seigneur tout honneur, on ouvre cette sélection avec une véritable légende de papier qui a vu le jour en 1946 grâce au génie de Morris bientôt rejoint par René Goscinny au scénario. Je veux bien évidemment parler de Lucky Luke, l’homme qui tire plus vite que son ombre. Il est de retour pour une nouvelle aventure sous la plume et les pinceaux de Matthieu Bonhomme. L’auteur nous avait déjà impressionnés avec L’Homme qui tua Lucky Luke et Wanted Lucky Luke, ses deux premières incursions dans l’univers du personnage. S’il n’a donc plus à faire ses preuves dans l’exercice, il parvient encore à nous bluffer totalement avec un récit d’une beauté graphique saisissante, porté cette fois par les décors enneigés du Minnesota. Un récit d’une élégance rare, un trait d’une grande finesse, un découpage maîtrisé, des couleurs d’une grande sensibilité… et au final, une histoire qui marque durablement les esprits, où sil est question d’écologie et d’humanisme face à un quatuor de méchants toujours aussi peu redoutables, les fameux frères Dalton, face aussi à des figures autrement plus inquiétantes, à commencer par un certain Cramp, entrepreneur de son état, dont les agissements ne sont pas sans rappeler ceux d’un autre Américain, bien réel celui-là, qui dirige actuellement les États-Unis d’Amérique. Matthieu Bonhomme dit adorer le personnage de Lucky Luke et ça se vérifie ici. Graphiquement, moralement, il en a fait une figure à la fois fidèle à l’esprit insufflé par le tandem Morris/Goscinny et profondément renouvelée. Une merveille ! (La longue marche de Lucky Luke, de Matthieu Bonhomme. Dargaud. 16,50€)

Après Lucky Luke, place à Pump, où il est encore question de Donald Trump. Si le récit de Laurent Gnoni et Rodolphe est une pure fiction, il est né d’une histoire bien réelle, comme l’explique l’éditeur en préface, celle du grand-père de l’actuel président des États-Unis, un certain Frederick Trump. Arrivé en pleine ruée vers l’or, l’homme originaire de Bavière, ouvre un saloon en Colombie-Britannique. C’est le début de la fortune ! L’emprunt historique s’arrête là. Le reste n’est que pure imagination. Quoique… Laurent Gnoni et Rodolphe déroulent ici le parcours d’Eddie Pump, une racaille sans scrupule qui a usurpé l’identité d’un pauvre type et détourné au passage un héritage. À 17 ans, le voilà à la tête d’un saloon et d’un lupanar. Et ce n’est qu’un début. Pots-de-vin, menaces, meurtres… l’homme est prêt à tout pour faire fortune. Et peut-être un jour devenir président. Ce n’est pas pour l’instant dans le scénario de Rodolphe mais qui sait ? Un graphisme réaliste classique, au service d’un scénario original qui a le mérite de faire d’un tenancier de saloon un héros profondément détestable. (Une si belle histoire…, Pump tome 2, de Gnoni et Rodolphe. Anspach. 15,50€)

Changement d’ambiance avec La Ballade des Frères Blood. Paru il y a quelques mois chez Delcourt, mais toujours bien installé en librairie, l’album marque les retrouvailles de Brian Azzarello et Eduardo Risso. Et autant le dire tout de suite : ce n’est pas franchement pour une promenade de santé, plutôt une équipée sauvage sous le seul signe « des flingues, de la vengeance, et des flingues », comme l’annonce la quatrième de couverture. Ce à quoi on serait tenté d’ajouter : « et des morts, beaucoup de morts » ! Il est ici question de la quête de trois gamins partis à la recherche de leur mère, kidnappée par une bande de hors-la-loi, dont l’un des membres n’est autre que son ancien compagnon. Et peut-être plus que cela… Bien évidemment, leur périple va être semé d’embûches en tous genres dans un monde où la violence tient lieu de langage. Un récit aussi sombre et brutal que 100 Bullets, leur précédente collaboration. (La ballade des frères Blood, de Azzarello et Risso. Delcourt. 25,50€)

Christian Rossi débute dans la bande dessinée sous la houlette de Joseph Gillain, immense figure du 9ᵉ art et créateur notamment des aventures du cowboy Jerry Spring. Autant dire que le western allait durablement marquer son parcours. Et de fait, quelques années plus tard, il reprend le dessin de la série Jim Cutlass, jusque-là assuré par un autre géant de la BD, Jean Giraud, également connu sous le nom de Gir ou Mœbius. Il assure le dessin de six épisodes avant de partir sur d’autres projets avec toujours dans un coin de la tête le western. Il y revient avec W.E.S.T., Deadline et plus récemment Golden West, qui retrace le destin de l’Apache Woan, personnage que l’on retrouve dans les pages de Comanche Trail. Cet album est d’ailleurs présenté comme un épisode inédit des aventures de Woan. Une nouvelle fois, Christian Rossi signe à la fois le scénario et le dessin, pour une ample chevauchée à travers les plaines et les montagnes de l’Arizona, portée par une volonté constante de réhabiliter les peuples autochtones. Rien que pour ses décors de l’Ouest américain, magnifiés par des planches grand format, l’album mérite largement le détour… et l’achat. (Comanche Trail, de Christian Rossi. Casterman. 30€)

Éric Guillaud

27 Mai

Batman prime ou comment Chevalier noir réussit encore à se réinventer !

Batman, 975ᵉ redémarrage ? Non, Batman Prime n’est pas tout à fait ce que l’on appelle dans le jargon du neuvième art un reboot, c’est-à-dire une reprise à zéro de l’histoire d’un personnage. Il faut voir cette nouvelle série plutôt comme une sorte de redistribution des cartes mais avec, surtout, LE dessinateur en vogue, un Jorge Jiménez au sommet de son art.

Ils sont tous là, ou presque : Bruce Wayne bien sûr, playboy milliardaire dans la vraie vie et Batman pour les autres, son fidèle Robin, son majordome Alfred (ou plutôt son fantôme), Jim Gordon, le Riddler etc. Présents mais plus ou moins différents, soit très proches de l’esprit originel de la série (les costumes très traditionnels de Batman et Robin), soit dans un rôle complètement différent (Jim Gordon, redevenu ‘simple’ flic).

Sauf que finalement, le premier rôle de cette nouvelle série, c’est avant tout la mégapole de Gotham. Une ville peut-être plus bling-bling et moins dark que par le passé mais gargantuesque, imposante, sans fin. Une ville pour laquelle beaucoup sont prêts à tuer père et mère. 

Batman Prime en rompt pourtant jamais totalement avec son passé. La série reprend même certains éléments dramatiques de la série précédente, dont la mort traumatique du fidèle Alfred dont la figure paternelle hante, littéralement, le Chevalier Noir.

Mais grâce au trait dynamique de Jiménez, à un sens du rythme plus soutenu et quelques concessions bien pensées (une pleine page de combat sans dialogue faisant fortement penser à un manga ou les fiches de techniques des gadgets, comme dans un jeu vidéo, par exemple), elle réinscrit la légende dans un style plus classique mais moins torturé et plus fun, digne des grandes séries des années 70 et sans négliger une petite dose d’humour bienvenue, notamment dans la relation entre Wayne/Batman et la docteure Annika Zeller.

Certes, certains personnages sont trop bodybuildés pour être vrais et on sort presque épuisé de la lecture de ce premier volume réunissant les premiers épisodes déjà sortis Outre-Atlantique, tant le scénario enquille les retournements les uns après les autres sans respirer. Mais après plusieurs années particulièrement sombres, Batman redevient ici fun et cela fait du bien.

Olivier Badin

Batman Prime Tome 1 : Ennemi Public n°1 de Matt Fraction & Jorge Jiménez. Urban Comics. 18,50 euros

© Urban Comics / Matt Fraction & Jorge Jiménez

23 Mai

Si je t’écris… un récit bouleversant de Vincent Zabus et Denis Bodart

Entre passé et présent, Si je t’écris… tisse un récit tout en nuances autour d’une thématique universelle, qui trouve ici une résonance singulière grâce à l’écriture sensible de Vincent Zabus et au trait délicat de Denis Bodart.

Un enfant sur la plage, de dos, la tête tournée vers une vieille bicoque accrochée au bord de la falaise… Une image de couverture empreinte autant de mystère que de nostalgie, et au bout du compte, une histoire pleine de tendresse, signée par le scénariste Vincent Zabus et le dessinateur Denis BodartSi je t’écris…, tel est son nom, s’ouvre de nos jours.

Louis débarque avec sa femme et ses enfants dans une station balnéaire qu’il avait fréquentée enfant. D’ailleurs, la maison qu’il a louée est celle-là même que son propre père avait louée à l’époque. De quoi faire remonter les souvenirs : les jeux sur la plage avec ses copains, les soirées en famille… et cette vieille histoire de “sorcière” qui vivait dans la bicoque au bord de la falaise et dont on disait qu’elle parlait avec les morts.

Nous n’en dirons pas plus, au risque de spoiler l’histoire, ce qui serait désolant tant la fin est vraiment magnifique et inattendue, mais Si je t’écris… raconte avec justesse et sensibilité une étape importante dans la vie de chacun, la fin de l’enfance et le début de l’âge adulte, le tout dans un équilibre subtil entre mélancolie et douceur. Coup de cœur !

Eric Guillaud

Si je t’écris…, de Vincent Zabus et Denis Bodart. Dupuis. 18,95€

© Dupuis / Zabus & Bodart

16 Mai

Le coin des mangas. Notre sélection à lire en mai

De l’horreur félinesque de Junji Ito aux fresques épiques de Berserk ou One Piece, en passant par l’intimité poétique de Sukima ou l’action déjantée de Sakamoto Days, cette sélection explore les multiples visages du manga.

On commence par une histoire de chats, mais pas une histoire de chats à la Chi, qui caresse dans le sens du poil tous les amoureux des félins. Non, ici, on serait plutôt dans la catégorie coup de griffe. Junji Ito, connu comme l’un des maîtres du manga d’horreur, se met ici en scène. Il vient d’emménager dans sa nouvelle maison. Tout est neuf, propre, beau. Mais pas pour longtemps. Sa compagne, qui s’installe avec lui, débarque avec son chat, Yon, dont le pelage dessine une tête de mort sur le dos. Et rien que pour ça, Junji Ito s’en méfie. Et ce n’est pas fini : un deuxième chat rejoint bientôt le foyer, Mû. Dès lors, la vie du mangaka se transforme en un véritable cauchemar. Sorti en édition standard en 2015 aux éditions Delcourt, Le Journal des chats revient aujourd’hui dans une édition prestige : couverture rigide, photos des véritables chats de l’auteur, interview de Junji Ito… Un écrin idéal pour cette œuvre aussi absurde qu’hilarante !  (Le Journal des chats, de Junji Ito. Delcourt / Tonkam. 12,99€)

Tsutomu Nihei s’est fait connaître au Japon comme en Europe avec des récits de science-fiction sombres, désespérés, violents et oppressants. De Abara à Biomega, en passant par BLAME!, son univers organique et labyrinthique est immédiatement reconnaissable. Des œuvres récemment rééditées en version Deluxe chez Glénat. L’auteur revient aujourd’hui avec un récit de fantasy, Tower Dungeon, graphiquement un peu moins torturé mais toujours aussi percutant et efficace. Au cœur de l’histoire : une princesse enlevée par un nécromancien maléfique et enfermée dans la tour des dragons. Pour la libérer, la garde royale va devoir affronter une galerie de monstres particulièrement savoureux. Le troisième tome est sorti en mars, tandis que le quatrième est déjà annoncé pour le mois de juillet prochain. (Tower Dungeon, tome 3, de Tsutomu Nihei. Glénat. 7,90€)

Une réédition. Et pas n’importe laquelle : celle du cultissime Berserk. Cette nouvelle édition grand format, sous couverture rigide, bénéficie d’une traduction entièrement revue. L’occasion rêvée de redécouvrir ce chef-d’œuvre de dark fantasy dans les meilleures conditions. Plongée garantie dans un Moyen Âge plus sombre que jamais, aux côtés de Guts, mercenaire au bras artificiel maniant une épée titanesque, et de Puck, un elfe espiègle issu d’un peuple féerique. Tandis que l’un incarne la violence brute, l’autre vient en atténuer les ténèbres. Imaginée par Kentaro Miura, cette fresque culte continue de fasciner par la richesse de son univers, sa noirceur et la puissance de son dessin. Le cinquième tome, sorti ce mois-ci, réunit les tomes 9 et 10 de l’édition originale. (Berserk tome 5, de Kentaro Miura. Glénat. 24,90€)

On continue avec les rééditions, cette fois avec Rave. Dix-huit tomes sont attendus et treize sont d’ores et déjà disponibles. Cette nouvelle édition grand format, proposée en volumes doubles, permet de profiter pleinement du dessin de Hiro Mashima et de redécouvrir une aventure aux accents très Dragon Ball. L’histoire débute dans un monde au bord des ténèbres, cinquante ans après une guerre ayant opposé les Rave, pierres sacrées, aux Dark Bring, pierres maléfiques, conflit qui s’est soldé par la victoire des premières. Mais pour empêcher le retour des Dark Bring, un nouveau sauveur est nécessaire. Ce sera Haru, jeune garçon aux cheveux argentés, débrouillard et courageux, maniant une épée gigantesque et toujours accompagné de Plue, une étrange petite créature ressemblant à s’y méprendre à un bonhomme de neige. Ensemble, ils affrontent les Dark Bring et l’organisation criminelle Demon Card dans un récit d’aventure généreux, dynamique et résolument porté sur l’amitié et le dépassement de soi. Rave marque la première grande série du créateur de Fairy Tail.  (Rave, tome 13, de Hiro Mashima. Glénat. 14,95€ le volume)

Gao Yan nous avait déjà éblouis de son talent au début de l’année 2025 avec sa première œuvre publiée aux éditions Sakka, le diptyque The Song about Green. Elle revient aujourd’hui avec Sukima, un récit sensible et intimiste qui confirme toute la finesse de son regard d’autrice déployant une grande délicatesse, aussi bien dans le dessin que dans le propos. Cette fois, Gao Yan nous guide sur les pas de Yang Yang, 22 ans, étudiante taïwanaise en quête d’échappatoire. Pour fuir le deuil de sa grand-mère et une relation amoureuse douloureuse, elle part pour Okinawa, au Japon, dans le cadre d’un échange universitaire. Dès son arrivée, un typhon l’accueille, comme un écho à la tempête qui l’habite. Entre découvertes et rencontres, elle tente de se reconstruire, mais les fantômes du passé peinent à la lâcher. Un récit d’émancipation, où l’intime se mêle subtilement au politique. (Sukima tome 1, de Gao Yan et Alexandre Fournier. Sakka. 14,50€)

Jirō Taniguchi est sans doute l’un des auteurs de mangas les plus connus et les plus appréciés en Europe. Avec L’Homme qui marche, Le Journal de mon père, Quartier lointain, Furari, Le Gourmet solitaire ou encore Les Années douces, il a bâti une œuvre personnelle, sensible et profondément humaniste, largement influencée par la bande dessinée européenne. Dans Au temps de Botchan, dont le cinquième volet est sorti en mars, le mangaka met en images, avec ce trait fin, délicat et poétique qui le caractérise, un scénario signé Natsuo Sekikawa. Direction le Japon du début du XXᵉ siècle pour une fresque aussi historique que littéraire, qui explore les bouleversements culturels et intellectuels d’un pays en pleine mutation. (Au temps de Botchan, tome 5, de Taniguchi et Sekikawa. Casterman. 22€)

Pour ceux qui ne captent pas un mot d’anglais, Smother Me signifie en français « Étouffe-moi ». Autant vous dire que ce manga n’a rien d’un conte pour enfants. Hiroshi Shimomoto y déroule dans un style graphique singulier l’histoire d’un garçon de 13 ans vendu par sa mère à un homme qui fait de lui un tueur à gages. Surnommé « Le Serpent », il étouffe ses victimes pour accomplir ses contrats. On pourrait le croire totalement dénué d’émotions et d’empathie. Pourtant, ses crimes le hantent chaque nuit. Lorsqu’il rencontre Lynne, une jeune femme malvoyante, il accepte une mission particulièrement dangereuse, avec l’espoir de gagner suffisamment d’argent pour lui offrir une opération des yeux. (Smother me, tomes 1 et 2, de Hiroshi Shimomoto. Glénat. 10,95€ le volume)

Série culte s’il en est, plus de quarante ans d’existence, des millions d’exemplaires vendus à travers le monde, des adaptations en films d’animation, en jeux vidéo et des produits dérivés comme s’il en pleuvait… Dragon Ball continue de traverser les générations. Créée par Akira Toriyama, la série bénéficie désormais d’une nouvelle collection Full Color en grand format, dont la publication a débuté en mai 2024. Cette édition reprend les pages de la version classique en 42 volumes, mais les réorganise par grands arcs narratifs. Le troisième volume du troisième arc, consacré aux Saiyans, vient tout juste de paraître. Une excellente occasion de replonger dans les aventures de Son Goku, au moment où l’univers de Dragon Ball bascule définitivement vers des affrontements toujours plus spectaculaires. (Dragon Ball Full Color, Les Saiyans, tome 3, d’Akira Toriyama. Glénat. 14,95€ le volume)

Faut-il encore présenter Les Légendaires ? La célèbre série imaginée par Patrick Sobral s’est imposée comme un véritable phénomène, avec des millions d’exemplaires vendus, de multiples séries dérivées et des adaptations en tous genres. Les fans peuvent aujourd’hui se régaler avec son adaptation officielle au format manga, toujours scénarisée par Patrick Sobral, mais cette fois mise en images par Guillaume Lapeyre, déjà remarqué pour City Hall. Cette version manga conserve l’esprit d’aventure, d’humour et d’action qui a fait le succès de la série originale, tout en adoptant une mise en scène plus dynamique et des codes visuels typiquement japonais. Le douzième volume est sorti en janvier.  (Les Légendaires, Saga tome 12, de Sobral et Lapeyre. Delcourt / Tonkam. 8,50€)

Et ça continue, encore et encore… One Piece poursuit sa route avec un 112e volume. De quoi donner le vertige et confirmer la place de la série parmi les mangas les plus lus et les plus populaires de la planète — et peut-être même au-delà. Créée par Eiichirō Oda, l’œuvre cumule plusieurs centaines de millions d’exemplaires vendus dans le monde, dont plus d’une trentaine de millions en France. Un succès colossal porté par un univers foisonnant mêlant aventure, fantastique, humour et combats épiques. Au centre du récit, Luffy — ou Lufy dans la version française historique — jeune pirate au chapeau de paille, rêve de devenir le roi des pirates en mettant la main sur le légendaire trésor appelé le « One Piece ». (One Piece tome 112, de Eiichiro Oda. Glénat. 7,20€)

C’est une histoire d’épicier. Mais d’épicier épicé. Du genre qui ne vend pas que des légumes. Taro Sakamoto, c’est son nom, a beau avoir un léger embonpoint, une moustache à la papa, des lunettes de myope, il est à lui seul un mythe, une légende, un ex-tueur admiré de tous ses congénères, craint par tous les gangsters. Oui, Sakamoto l’épicier avait le flingue facile avant de raccrocher, de se marier, d’avoir un enfant et de s’installer comme épicier. Une vie pépère jusqu’au jour où le jeune assassin télépathe Sin débarque dans la supérette. Vous voulez de l’action ? Alors vous en aurez, Sakamoto Days est un concentré d’énergie au rythme de parution effréné. Le tome 21 est sorti en avril. (Sakamoto Days tome 21, de Yuto Suzuki. Glénat. 7,20€)

On termine avec le premier volet de la trilogie Les Chants du Cygne noir publié aux éditions Rue de Sèvres et signé Alex Alice. Ce dernier a fait son entrée dans le monde du neuvième art en dessinant Le Troisième Testament sur un scénario de Xavier Dorison. C’était à la fin du siècle précédent et au début du suivant, quatre tomes qui ont marqué l’histoire de la bande dessinée. Un peu plus de vingt ans et une belle brochette d’albums plus tard, Alex Alice poursuit sa route, adopte cette fois-ci le format manga et nous embarque dans l’espace pour une aventure à la frontière de l’inconnu, au cœur de la fameuse ceinture d’astéroïdes. Un récit SF imprégné de mythologies, le tout porté par un graphisme hybride, à mi-chemin entre le manga et la bande dessinée franco-belge.. (Les Chants du Cygne noir, d’Alex Alice. Rue de Sèvres. 13,90€)

Eric Guillaud

Deux lauréats, deux écritures, deux réalités : Fabien Toulmé et Nathacha Appanah récompensés par les lycéens des Pays de la Loire

L’un est auteur de bande dessinée, l’autre romancière : tous deux sont les lauréats du Prix littéraire des lycéens des Pays de la Loire 2025-2026. Rencontre avec Fabien Toulmé et Nathacha Appanah, deux auteurs qui portent un regard sur notre monde à travers des récits profondément ancrés dans le réel. Interview…

Fabien toulmé et Nathacha Appanah, lauréats du Prix littéraire des lycéens des Pays de la Loire 2025-2026 • © Chloé Vollmer-Lo / Francesca Mantovani

Six titres étaient en compétition pour cette nouvelle édition du Prix littéraire des lycéens des Pays de la Loire : trois romans et trois bandes dessinées. Après plusieurs semaines de temps forts dans les quinze lycées participants, les élèves se sont retrouvés le 5 mai dernier à Fontevraud pour remettre les prix aux deux lauréats, Fabien Toulmé pour l’album Ulis et Nathacha Appanah pour le roman La Nuit au cœur.

Fabien Toulmé lauréat catégorie BD

Fabien Toulmé est un auteur de bande dessinée connu pour ses récits documentaires et autobiographiques. Son premier album, Ce n’est pas toi que j’attendais, paru en 2014 (éditions Delcourt), raconte son quotidien de jeune père confronté à la naissance de sa fille porteuse de trisomie 21. Un récit intime qui évoque le choc du diagnostic, ses difficultés à accepter la situation, puis le cheminement progressif vers l’amour et l’acceptation.

L’album Ulis (éditions Delcourt) pourrait s’inscrire comme une suite sans en être une. Sous forme d’une fiction, il raconte avec réalisme le quotidien, les difficultés, les découragements, mais aussi les moments de tendresse et d’humanité qui jalonnent la vie de ces Ulis, des classes pas tout à fait comme les autres, dédiées à la scolarisation et à l’inclusion des enfants en situation de handicap, notamment autistes.

Nathacha Appanah lauréate catégorie roman

Nathacha Appanah est une journaliste et romancière originaire de l’île Maurice, vivant en France. Autrice d’une bonne douzaine de livres, elle a reçu de nombreux Prix dont le Prix France Télévisions et le Prix Femina des lycéens pour Tropique de la violence en 2016 (éditions Gallimard).

Avec La Nuit au cœur (éditions Gallimard) qui a déjà reçu le Prix Femina, le Prix Goncourt des lycéens, le Prix Renaudot des lycéens, Nathacha Appanah osculte les violences faites aux femmes à travers le récit entremêlé de trois trajectoires dont la sienne, « la seule à être encore en vie aujourd’hui », écrit-elle dans les premières pages du roman.

À travers Ulis et La Nuit au cœur, Fabien Toulmé et Nathacha Appanah racontent le réel avec humanité, sensibilité et lucidité. Rencontre croisée…

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