16 Mai

Le coin des mangas. Notre sélection à lire en mai

De l’horreur félinesque de Junji Ito aux fresques épiques de Berserk ou One Piece, en passant par l’intimité poétique de Sukima ou l’action déjantée de Sakamoto Days, cette sélection explore les multiples visages du manga.

On commence par une histoire de chats, mais pas une histoire de chats à la Chi, qui caresse dans le sens du poil tous les amoureux des félins. Non, ici, on serait plutôt dans la catégorie coup de griffe. Junji Ito, connu comme l’un des maîtres du manga d’horreur, se met ici en scène. Il vient d’emménager dans sa nouvelle maison. Tout est neuf, propre, beau. Mais pas pour longtemps. Sa compagne, qui s’installe avec lui, débarque avec son chat, Yon, dont le pelage dessine une tête de mort sur le dos. Et rien que pour ça, Junji Ito s’en méfie. Et ce n’est pas fini : un deuxième chat rejoint bientôt le foyer, Mû. Dès lors, la vie du mangaka se transforme en un véritable cauchemar. Sorti en édition standard en 2015 aux éditions Delcourt, Le Journal des chats revient aujourd’hui dans une édition prestige : couverture rigide, photos des véritables chats de l’auteur, interview de Junji Ito… Un écrin idéal pour cette œuvre aussi absurde qu’hilarante !  (Le Journal des chats, de Junji Ito. Delcourt / Tonkam. 12,99€)

Tsutomu Nihei s’est fait connaître au Japon comme en Europe avec des récits de science-fiction sombres, désespérés, violents et oppressants. De Abara à Biomega, en passant par BLAME!, son univers organique et labyrinthique est immédiatement reconnaissable. Des œuvres récemment rééditées en version Deluxe chez Glénat. L’auteur revient aujourd’hui avec un récit de fantasy, Tower Dungeon, graphiquement un peu moins torturé mais toujours aussi percutant et efficace. Au cœur de l’histoire : une princesse enlevée par un nécromancien maléfique et enfermée dans la tour des dragons. Pour la libérer, la garde royale va devoir affronter une galerie de monstres particulièrement savoureux. Le troisième tome est sorti en mars, tandis que le quatrième est déjà annoncé pour le mois de juillet prochain. (Tower Dungeon, tome 3, de Tsutomu Nihei. Glénat. 7,90€)

Une réédition. Et pas n’importe laquelle : celle du cultissime Berserk. Cette nouvelle édition grand format, sous couverture rigide, bénéficie d’une traduction entièrement revue. L’occasion rêvée de redécouvrir ce chef-d’œuvre de dark fantasy dans les meilleures conditions. Plongée garantie dans un Moyen Âge plus sombre que jamais, aux côtés de Guts, mercenaire au bras artificiel maniant une épée titanesque, et de Puck, un elfe espiègle issu d’un peuple féerique. Tandis que l’un incarne la violence brute, l’autre vient en atténuer les ténèbres. Imaginée par Kentaro Miura, cette fresque culte continue de fasciner par la richesse de son univers, sa noirceur et la puissance de son dessin. Le cinquième tome, sorti ce mois-ci, réunit les tomes 9 et 10 de l’édition originale. (Berserk tome 5, de Kentaro Miura. Glénat. 24,90€)

On continue avec les rééditions, cette fois avec Rave. Dix-huit tomes sont attendus et treize sont d’ores et déjà disponibles. Cette nouvelle édition grand format, proposée en volumes doubles, permet de profiter pleinement du dessin de Hiro Mashima et de redécouvrir une aventure aux accents très Dragon Ball. L’histoire débute dans un monde au bord des ténèbres, cinquante ans après une guerre ayant opposé les Rave, pierres sacrées, aux Dark Bring, pierres maléfiques, conflit qui s’est soldé par la victoire des premières. Mais pour empêcher le retour des Dark Bring, un nouveau sauveur est nécessaire. Ce sera Haru, jeune garçon aux cheveux argentés, débrouillard et courageux, maniant une épée gigantesque et toujours accompagné de Plue, une étrange petite créature ressemblant à s’y méprendre à un bonhomme de neige. Ensemble, ils affrontent les Dark Bring et l’organisation criminelle Demon Card dans un récit d’aventure généreux, dynamique et résolument porté sur l’amitié et le dépassement de soi. Rave marque la première grande série du créateur de Fairy Tail.  (Rave, tome 13, de Hiro Mashima. Glénat. 14,95€ le volume)

Gao Yan nous avait déjà éblouis de son talent au début de l’année 2025 avec sa première œuvre publiée aux éditions Sakka, le diptyque The Song about Green. Elle revient aujourd’hui avec Sukima, un récit sensible et intimiste qui confirme toute la finesse de son regard d’autrice déployant une grande délicatesse, aussi bien dans le dessin que dans le propos. Cette fois, Gao Yan nous guide sur les pas de Yang Yang, 22 ans, étudiante taïwanaise en quête d’échappatoire. Pour fuir le deuil de sa grand-mère et une relation amoureuse douloureuse, elle part pour Okinawa, au Japon, dans le cadre d’un échange universitaire. Dès son arrivée, un typhon l’accueille, comme un écho à la tempête qui l’habite. Entre découvertes et rencontres, elle tente de se reconstruire, mais les fantômes du passé peinent à la lâcher. Un récit d’émancipation, où l’intime se mêle subtilement au politique. (Sukima tome 1, de Gao Yan et Alexandre Fournier. Sakka. 14,50€)

Jirō Taniguchi est sans doute l’un des auteurs de mangas les plus connus et les plus appréciés en Europe. Avec L’Homme qui marche, Le Journal de mon père, Quartier lointain, Furari, Le Gourmet solitaire ou encore Les Années douces, il a bâti une œuvre personnelle, sensible et profondément humaniste, largement influencée par la bande dessinée européenne. Dans Au temps de Botchan, dont le cinquième volet est sorti en mars, le mangaka met en images, avec ce trait fin, délicat et poétique qui le caractérise, un scénario signé Natsuo Sekikawa. Direction le Japon du début du XXᵉ siècle pour une fresque aussi historique que littéraire, qui explore les bouleversements culturels et intellectuels d’un pays en pleine mutation. (Au temps de Botchan, tome 5, de Taniguchi et Sekikawa. Casterman. 22€)

Pour ceux qui ne captent pas un mot d’anglais, Smother Me signifie en français « Étouffe-moi ». Autant vous dire que ce manga n’a rien d’un conte pour enfants. Hiroshi Shimomoto y déroule dans un style graphique singulier l’histoire d’un garçon de 13 ans vendu par sa mère à un homme qui fait de lui un tueur à gages. Surnommé « Le Serpent », il étouffe ses victimes pour accomplir ses contrats. On pourrait le croire totalement dénué d’émotions et d’empathie. Pourtant, ses crimes le hantent chaque nuit. Lorsqu’il rencontre Lynne, une jeune femme malvoyante, il accepte une mission particulièrement dangereuse, avec l’espoir de gagner suffisamment d’argent pour lui offrir une opération des yeux. (Smother me, tomes 1 et 2, de Hiroshi Shimomoto. Glénat. 10,95€ le volume)

Série culte s’il en est, plus de quarante ans d’existence, des millions d’exemplaires vendus à travers le monde, des adaptations en films d’animation, en jeux vidéo et des produits dérivés comme s’il en pleuvait… Dragon Ball continue de traverser les générations. Créée par Akira Toriyama, la série bénéficie désormais d’une nouvelle collection Full Color en grand format, dont la publication a débuté en mai 2024. Cette édition reprend les pages de la version classique en 42 volumes, mais les réorganise par grands arcs narratifs. Le troisième volume du troisième arc, consacré aux Saiyans, vient tout juste de paraître. Une excellente occasion de replonger dans les aventures de Son Goku, au moment où l’univers de Dragon Ball bascule définitivement vers des affrontements toujours plus spectaculaires. (Dragon Ball Full Color, Les Saiyans, tome 3, d’Akira Toriyama. Glénat. 14,95€ le volume)

Faut-il encore présenter Les Légendaires ? La célèbre série imaginée par Patrick Sobral s’est imposée comme un véritable phénomène, avec des millions d’exemplaires vendus, de multiples séries dérivées et des adaptations en tous genres. Les fans peuvent aujourd’hui se régaler avec son adaptation officielle au format manga, toujours scénarisée par Patrick Sobral, mais cette fois mise en images par Guillaume Lapeyre, déjà remarqué pour City Hall. Cette version manga conserve l’esprit d’aventure, d’humour et d’action qui a fait le succès de la série originale, tout en adoptant une mise en scène plus dynamique et des codes visuels typiquement japonais. Le douzième volume est sorti en janvier.  (Les Légendaires, Saga tome 12, de Sobral et Lapeyre. Delcourt / Tonkam. 8,50€)

Et ça continue, encore et encore… One Piece poursuit sa route avec un 112e volume. De quoi donner le vertige et confirmer la place de la série parmi les mangas les plus lus et les plus populaires de la planète — et peut-être même au-delà. Créée par Eiichirō Oda, l’œuvre cumule plusieurs centaines de millions d’exemplaires vendus dans le monde, dont plus d’une trentaine de millions en France. Un succès colossal porté par un univers foisonnant mêlant aventure, fantastique, humour et combats épiques. Au centre du récit, Luffy — ou Lufy dans la version française historique — jeune pirate au chapeau de paille, rêve de devenir le roi des pirates en mettant la main sur le légendaire trésor appelé le « One Piece ». (One Piece tome 112, de Eiichiro Oda. Glénat. 7,20€)

C’est une histoire d’épicier. Mais d’épicier épicé. Du genre qui ne vend pas que des légumes. Taro Sakamoto, c’est son nom, a beau avoir un léger embonpoint, une moustache à la papa, des lunettes de myope, il est à lui seul un mythe, une légende, un ex-tueur admiré de tous ses congénères, craint par tous les gangsters. Oui, Sakamoto l’épicier avait le flingue facile avant de raccrocher, de se marier, d’avoir un enfant et de s’installer comme épicier. Une vie pépère jusqu’au jour où le jeune assassin télépathe Sin débarque dans la supérette. Vous voulez de l’action ? Alors vous en aurez, Sakamoto Days est un concentré d’énergie au rythme de parution effréné. Le tome 21 est sorti en avril. (Sakamoto Days tome 21, de Yuto Suzuki. Glénat. 7,20€)

On termine avec le premier volet de la trilogie Les Chants du Cygne noir publié aux éditions Rue de Sèvres et signé Alex Alice. Ce dernier a fait son entrée dans le monde du neuvième art en dessinant Le Troisième Testament sur un scénario de Xavier Dorison. C’était à la fin du siècle précédent et au début du suivant, quatre tomes qui ont marqué l’histoire de la bande dessinée. Un peu plus de vingt ans et une belle brochette d’albums plus tard, Alex Alice poursuit sa route, adopte cette fois-ci le format manga et nous embarque dans l’espace pour une aventure à la frontière de l’inconnu, au cœur de la fameuse ceinture d’astéroïdes. Un récit SF imprégné de mythologies, le tout porté par un graphisme hybride, à mi-chemin entre le manga et la bande dessinée franco-belge.. (Les Chants du Cygne noir, d’Alex Alice. Rue de Sèvres. 13,90€)

Eric Guillaud