On commence avec une réédition, et pas des moindres, celle du cultissime manga de Kentaro Miura, Berserk. Cette nouvelle édition grand format, sous couverture rigide, bénéficie d’une traduction entièrement revue et propose des pages couleurs exclusives. L’occasion rêvée de redécouvrir ce chef-d’œuvre de dark fantasy dans des conditions idéales. Plongée garantie dans un Moyen Âge poisseux et désespéré, aux côtés de Guts, mercenaire au bras artificiel et à l’épée titanesque, et de Puck, un elfe espiègle issu d’un peuple féerique. Tandis que l’un incarne la violence brute, l’autre en atténue les ténèbres. Le troisième volume sorti en novembre réunit les tomes 5 et 6 de l’édition originale. Un quatrième volume est annoncé pour ce mois de février. Bienvenue en enfer ! (Berserk tome 3, de Kentaro Miura. Glénat. 24,90€)
Une autre série culte. Plus de quarante ans d’existence, des millions et des millions d’albums vendus à travers la planète, des adaptations en films d’animation, en jeux, des produits dérivés comme s’il en pleuvait… et une nouvelle collection pour ce bijou du manga du sieur Akira Toriyama, une collection Full Color et grand format dont la publication a débuté en mai 2024. Cette nouvelle édition reprend les mêmes pages que l’édition traditionnelle (42 volumes) mais est divisée en arcs scénaristiques. Le premier volet du troisième arc consacré aux
Saiyans vient tout juste de sortir et le second est annoncé pour mars. (Dragon Ball Full Color, Les Saiyans, tome 1, d’Akira Toriyama. Glénat. 14,95€ le volume)
En 2018, année où Osamu Tezuka aurait célébré ses 90 ans, les éditions Delcourt lançaient une collection entièrement dédiée à la réédition de ses œuvres emblématiques. Surnommé à juste titre le dieu du manga du haut de ses 700 titres et près de 170 000 planches, Tezuka est un artiste singulier inspiré par la littérature populaire, les comics américains, le cinéma d’une façon générale, les dessins animés de Walt Disney en particulier, à qui d’ailleurs il emprunta les yeux ronds que l’on retrouve aujourd’hui dans quantité de mangas. Une
vingtaine de titres composent aujourd’hui cette collection que Princesse Saphir a rejoint en novembre dernier. Comme Astro Boy et Le roi Léo, Princesse Saphir, créée dans les années 50, contribua à forger le paysage du manga pour la jeunesse de l’après-guerre, comme le rappelle le spécialiste Xavier Hébert en postface. Une édition en deux tomes qui nous permet de retrouver cette fameuse princesse qui reçut deux cœurs à la naissance : un féminin et un masculin, déjà une interrogation sur le genre. (Princesse Saphir, de Osamu Tezuka. Delcourt/Tonkam. 29,99€)
On reste dans le culte avec One Pièce, qui arrive tranquillement à sa 111ᵉ livraison en décembre. De quoi nous faire tourner la tête et
propulser la série du Japonais Eiichiro Oda dans le top One du manga le plus lu et le plus connu sur la planète Terre et peut-être au-delà. Plusieurs centaines de millions d’exemplaires vendus à travers le monde, une grosse trentaine en France, un univers unique, un mélange d’aventure, de fantastique et d’humour, et un héros baptisé Lufy qui rêve de devenir le roi des pirates en trouvant le « One Piece », un fameux trésor. (One Piece tome 111, de Eiichiro Oda. Glénat. 7,20€)
On continue avec les rééditions et la série Rave. Dix-huit tomes sont attendus ; onze sont d’ores et déjà disponibles. Cette réédition en grand format, proposée en volumes doubles, permet de profiter pleinement du dessin de Hiro Mashima et de redécouvrir une aventure aux
accents très Dragon Ball. L’histoire débute dans un monde au bord des ténèbres, cinquante ans après une guerre ayant opposé les Rave, pierres sacrées, aux Dark Bring, pierres maléfiques, et qui s’est soldée par la victoire des premières. Mais pour empêcher le retour des Dark Bring, un sauveur est nécessaire. Ce sera Haru, jeune garçon aux cheveux argentés, débrouillard et courageux, maniant une épée gigantesque et toujours accompagné de Plue, une étrange petite créature ressemblant à s’y méprendre à un bonhomme de neige. Ensemble, ils affrontent les Dark Bring et l’organisation criminelle Demon Card, dans un récit d’aventure généreux et dynamique. Rave marque la première grande série de l’auteur de Fairy Tail. (Rave, tome 11, de Hiro Mashima. Glénat. 14,95€ le volume)
Autre réédition marquante : Printemps bleu de Taiyō Matsumoto. Profondément inspiré par la bande dessinée franco-belge, l’auteur de Gogo Monster, Amer Béton ou Frères de Japon, tous parus chez Delcourt/Tonkam, signe ici un recueil de sept nouvelles situées dans l’enceinte du lycée Kitano. Un décor en apparence banal, où le désœuvrement des adolescents se transforme en jeux dangereux, sous le regard absent d’adultes à la dérive. Matsumoto capte l’ennui, la violence sourde et les failles d’une jeunesse en quête de sens, avec une justesse toujours aussi dérangeante. (Printemps bleu de Taiyo Matsumoto. Delcourt/Tonkam. 19,99€)
Incontournable ! Sorti fin janvier, Requiem Chevalier Vampire s’impose comme une adaptation foncièrement réussie de la série de bande dessinée culte signée Pat Mills et Olivier Ledroit, qui compte à ce jour douze albums publiés entre 2000 et 2024 aux éditions Glénat. S’ils reprennent ici les codes du manga avec dextérité, Seban et Victor Santos conservent tout ce qui a fait le succès de la série, à savoir une
dark fantasy à l’esthétique baroque et gothique époustouflante, un univers sombre, torturé et violent à souhait, peuplé de personnages tourmentés. Bienvenue sur Résurrection, ce monde où tout est inversé. Et comme le dirait un des personnages à ceux qui n’auraient pas encore craqué : « T’attends quoi ? Un carton d’invitation ? ». (Requiem chevalier vampire, tome 1, de Seban et Victor Santos, d’après l’oeuvre originale de Ledroit et Mills. Glénat. 7,90€)
Changement radical de décor et d’ambiance avec ce manga paru en octobre dernier. Mon Petit nid douillet figure parmi les lauréats du prix Kono Manga Ga Sugoi 2024, qui récompense les 20 meilleurs mangas parus dans l’année au Japon. La mangaka Chiaki Ida y propose
cinq courtes histoires, autant d’invitations à pénétrer l’intimité d’appartements japonais résolument cosy. On y suit leurs occupants dans leur quotidien, leurs hobbies, leurs petits plaisirs, et notamment dans la préparation de leurs repas. Une lecture délicate et apaisante qui ravira les gourmets, et plus largement tous les amoureux de la culture japonaise. Le tout dans un élégant manga grand format de 128 pages couleur, imprimé sur un papier épais. (Mon Petit nid douillet, de Chiaki Ida. Soleil Manga. 14,95€)
Après Kiki la petite sorcière, Le Château dans le ciel ou encore Princesse Mononoké, c’est au tour de Pompoko de rejoindre la collection d’anime comics lancée par Glénat autour des œuvres du Studio Ghibli. Réalisé par Isao Takahata, sur une idée originale de Hayao Miyazaki, le film trouve ici une nouvelle vie sur papier. Figure majeure de l’animation japonaise, Isao Takahata a récemment fait l’objet d’une superbe exposition à la Maison de la Culture du Japon. Sorti au Japon en 1994, Pompoko n’est
arrivé en France qu’en 2005. Militant pacifiste et écologiste, à l’image de Miyazaki, Takahata livre ici une charge douce-amère contre l’urbanisation galopante. L’action se déroule aux abords de Tokyo, où une communauté de tanukis voit son habitat naturel dévoré par les promoteurs immobiliers. Une fable engagée, drôle et toujours actuelle. (Pompoko, de Isao Takahata. Glénat. 15,50€)
« Il ne suffit pas d’être du côté des vainqueurs pour être heureux. » Celle qui prononce ces mots s’appelle Haru Sudô. Elle est japonaise. Celui à qui ils s’adressent se nomme Arthur Jirô Hashimoto, Américain d’origine japonaise, arrivé au Japon avec les forces alliées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Il porte en lui le deuil de son frère, tombé sur le front italien. Depuis la capitulation, au cœur du chaos, chacun tente de survivre, de se reconstruire. Dans un pays exsangue, l’avenir reste incertain. Confrontée à un choix imposé — un
mariage arrangé par son père ou la prostitution — Haru décide de tracer sa propre voie : épouser Arthur Jirô Hashimoto et le suivre aux États-Unis. À travers quatre personnages aux origines, aux identités et aux orientations sexuelles différentes, la mangaka Marina Lisa Komiya explore ces guerres invisibles que chacun porte en soi, dans un Japon encore meurtri, tiraillé entre traditions persistantes et aspirations à la modernité. Un manga en deux volumes porté par une grande pudeur dans le récit et une élégance dans le trait ! (Les Guerres invisibles, tome 2, de Marina Lisa Komiya. Casterman. 18€)
C’est une histoire d’épicier. Mais d’épicier épicé. Du genre qui ne vend pas que des légumes. Taro Sakamoto, c’est son nom. Léger embonpoint, moustache de papa, lunettes de myope : en apparence, rien d’impressionnant. Et pourtant, Sakamoto est un mythe. Une légende. Un ancien tueur à gages admiré par ses pairs, craint par tous les gangsters. Avant de raccrocher, de se marier, d’avoir un enfant
et d’ouvrir une supérette, l’épicier avait le flingue facile. Une vie pépère, bien rangée, jusqu’au jour où Sin, jeune assassin télépathe, débarque dans son magasin et fait voler en éclats ce quotidien tranquille. Vous voulez de l’action ? Vous allez être servis. Sakamoto Days est un concentré d’énergie, un manga mené tambour battant, au rythme de parution effréné et à l’inventivité jamais prise en défaut. Le vingtième tome vient tout juste de sortir, et la série ne montre aucun signe d’essoufflement. (Sakamoto Days tome 20, de Yuto Suzuki. Glénat. 7,20€)
Lancée en septembre 2023, la nouvelle édition du manga de Hiroaki Samura, L’Habitant de l’infini, s’est enrichie d’un onzième volume en janvier, avec un douzième attendu pour avril. Prévue en 15 volumes doubles, cette réédition offre l’opportunité de découvrir ou redécouvrir l’œuvre dans un format généreux et de retrouver Manji, le samouraï immortel, au cœur de combats de sabre tout à fait spectaculaires, sublimés par un graphisme réaliste brut plutôt musclé. Une œuvre incontournable ! (L’Habitant de l’infini, Immortal editions Tome 11, de Hiroaki Samura, Casterman. 13,95€)
Eric Guillaud

