09 Juil

Pages d’été. Voyage au cœur de l’Histoire, dix BD pour ne pas oublier

L’histoire avec un Grand H est une source d’inspiration inépuisable pour les auteurs et un terrain d’aventures sans limites pour les lecteurs. Réaliste ou humoristique, documentaire ou romancée, la bande dessinée historique se porte mieux que jamais. En témoigne cette nouvelle sélection de BD parues en 2026…

On commence avec le premier volet du diptyque Mussolini, paru chez Glénat. Malo Kerfriden au dessin et Patrice Perna au scénario relatent les derniers jours du Duce. Abandonné par les Allemands, lâché par son peuple et traqué par les Américains ainsi que par les partisans du Comité de libération nationale, Mussolini voit son régime s’effondrer mais refuse d’abdiquer. Dans un dernier élan, il tente de fuir vers Côme avec le dernier carré de ses fidèles… Ce n’est pas la première fois que la bande dessinée s’intéresse aux dernières heures du fascisme, mais Patrice Perna et Malo Kerfriden choisissent ici de les aborder sous l’angle d’un affrontement entre deux hommes, deux visions du monde : Mussolini d’un côté, Folco de l’autre, un adolescent immigré dans la France occupée qui rejoint les partisans antifascistes avec une promesse en tête : combattre et tuer Mussolini. Forcément passionnant ! (Avanti Popolo, Mussolini, tome 1/2, de Perna et Kerdriden. Glénat. 15,50€)

On reste dans le contexte de la Seconde Guerre mondiale avec L’Évasion de Colditz, dont le premier tome est paru aux éditions Glénat. Le scénariste Salva Rubio et le dessinateur Alejandro Gonzalez, tous deux espagnols, nous racontent ici l’histoire vraie d’une évasion aussi incroyable qu’audacieuse : celle de Gérard Bonaventure – un nom qui ne s’invente pas -, pilote français engagé dans la Royal Air Force, fait prisonnier par les nazis au printemps 1940 puis enfermé dans une forteresse dont personne n’est censé s’échapper… du moins en théorie. Son nom : Colditz. Un lieu spécialement conçu pour accueillir les officiers alliés ayant une fâcheuse tendance à multiplier les tentatives d’évasion. Et Gérard Bonaventure appartient clairement à cette catégorie. Plus qu’une envie ou une habitude, s’évader est pour lui une nécessité absolue pour reprendre le combat dans les airs. Prévu en deux volets, L’Évasion de Colditz s’appuie sur un récit efficace porté par un graphisme semi-réaliste dynamique. (L’Évasion de Colditz, de Rubio et Gonzalez. Glénat. 19€)

Quel rôle l’Église catholique a-t-elle réellement joué durant la Seconde Guerre mondiale ? Cette question, nombreux sont ceux qui se la sont posée, et qui se la posent encore, qu’ils soient historiens ou non. C’est aussi celle qui est au cœur du premier volet du diptyque Mea Culpa, scénarisé par Jean-Christophe Brisard et mis en images par Michael Malatini. Fondé sur des faits réels et nourri par des sources issues des archives allemandes et russes, le récit met en lumière les divisions, les ambiguïtés, les silences, mais aussi les prises de position plus courageuses de certains membres de l’Église face au nazisme. Il s’intéresse notamment au rôle joué par une partie de l’Église allemande et par le Vatican dans les contacts noués autour de la tentative d’attentat contre Hitler du 20 juillet 1944. L’échec de l’opération entraîne une répression d’une violence extrême. Le SS Karl Neuhaus, chef de la section spéciale pour les questions religieuses, est chargé de traquer et d’éliminer toute résistance catholique. Pour les passionnés d’histoire et les autres ! (Mea Culpa, de Brisard et Malatini. Glénat. 16€)

D’une guerre à l’autre, d’une tragédie à l’autre, le cinquième volet d’Algérie, Une guerre française, paru en février dernier, vient conclure une série de fiction solidement documentée et remarquablement mise en images, consacrée à l’une des périodes les plus sombres de notre histoire. Le récit s’ouvre au moment où émergent les premières tensions qui mèneront au déclenchement de la guerre en 1954. Tandis que les enfants, musulmans et pieds-noirs, jouent encore ensemble, six hommes se réunissent pour préparer une série d’attaques simultanées à travers tout le territoire. Leurs noms : Rabah Bitat, Mostefa Ben Boulaïd, Didouche Mourad, Mohamed Boudiaf, Krim Belkacem et Larbi Ben M’hidi. Ils entreront dans l’histoire sous le nom des « Fils de la Toussaint » en lançant, le 1ᵉʳ novembre 1954, la guerre d’indépendance de leur pays.  (Algérie, Une guerre française, de Buscaglia et Richelle. 5 tomes parus. Glénat. 15,5€)

Lors d’une visite scolaire au Musée national de l’histoire de l’immigration. Idris et Anna, deux camarades de classe, se retrouvent enfermés accidentellement dans la réserve des collections, entourés d’objets qui s’animent peu à peu et se mettent à raconter l’histoire de leurs anciens propriétaires. C’est le point de départ choisi par les auteurs pour retracer, à travers neuf récits, l’histoire des migrations en France depuis le XVIIIᵉ siècle. Bien que toutes ces histoires soient des fictions, elles s’appuient bien évidemment sur des travaux scientifiques. Neuf trajectoires migratoires sont ainsi explorées : des parcours qui prennent naissance au Sénégal, en Italie, en Indochine, en Espagne ou ailleurs, autant de récits humains particulièrement forts et représentatifs de notre histoire migratoire. Une belle porte d’entrée pour les plus jeunes.  (Les Voyageurs de la Porte Dorée, de Flore Talamon et Bruno Loth. Delcourt. 19,50€)

C’est sur un principe similaire, ou presque, que Ben Passmore explore ici l’histoire des résistances noires américaines. Cette fois, il ne s’agit plus de lycéens en visite dans un musée, mais d’un fils métis qui rend visite à son père noir, Ronnie, alors que le pays est secoué par une vague d’émeutes après la mort de Philando Castile, abattu au volant de sa voiture par un policier blanc sous les yeux de sa famille. Face à la quasi-indifférence de son fils, Ronnie entreprend de lui transmettre la longue histoire des résistances noires américaines depuis le mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine Black Panthers jusqu’au BlackLivesMatter, lancé aux États-Unis en 2013 suite à la mort de Trayvon Martin. Le livre de Ben Passmore est sélectionné aux Eisner Awards 2026 dans la catégorie « Meilleure œuvre basée sur des faits réels ». Une nomination largement méritée tant l’auteur parvient à conjuguer rigueur historique, puissance politique et efficacité narrative. (Une Histoire des résistances noires américaines, de Ben Passmore. Steinkis. 22€)

Sous-titré La guerre Israël-Hamas, dans l’enfer de Gaza, l’album de Florent Calvez et Michel Goya adapte en bande dessinée L’Embrasement : Comprendre les enjeux de la guerre Israël-Hamas, l’essai publié par Michel Goya aux éditions Robert Laffont en 2024. Si le récit débute, comme on pouvait s’y attendre, avec l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, il ne s’y enferme pas. Sa véritable ambition est de remonter aux racines d’un conflit vieux de plus d’un siècle et d’en retracer les grandes étapes – depuis l’émergence du mouvement sioniste à la fin du XIXᵉ siècle jusqu’à l’accord de cessez-le-feu conclu entre Israël et le Hamas en octobre 2025 – afin d’en restituer toute la complexité historique, politique et militaire. Servi par un dessin réaliste et une palette de couleurs volontairement sobres, parfaitement adaptés à cette bande dessinée documentaire, Florent Calvez livre un remarquable travail d’adaptation et de mise en images. Le récit, dense mais toujours limpide, est régulièrement enrichi par les retex (retours d’expérience) du colonel Michel Goya. Un livre essentiel pour tout comprendre ! (L’Embrasement, de Michel Goya zt Florent Calvez. Delcourt. 21,50€)

On ne peut que se souvenir de la magnifique série autobiographique de Marzena Sowa, mise en images par Sylvain Savoia : Marzi. Publiée à partir de 2005, elle racontait avec une délicatesse rare la jeunesse de Marzena dans la Pologne des années 1980, mêlant souvenirs intimes et bouleversements historiques à travers le regard d’une enfant. Pour quelques miettes de pain est aussi un récit autobiographique fondé sur les souvenirs de l’autrice et ceux de ses proches. Elle y raconte le grand basculement de son pays après l’effondrement du bloc soviétique, marqué par l’expansion rapide des entreprises privées et de l’Église catholique, deux des choses les plus méprisées par le régime communiste. C’est dans cette Pologne-là que Kasia grandit, devenant une adolescente rebelle puis une militante engagée, notamment au sein du parti de gauche Razem, qui défend dans son programme la légalisation de l’interruption volontaire de grossesse. Un sujet particulièrement sensible en Pologne, où l’Église a mené une intense campagne anti-avortement, contribuant à l’adoption de certaines des lois les plus strictes d’Europe en la matière. La religion, la place des femmes… sont les principaux thèmes de cette bande dessinée portée par un parti pris graphique qui privilégie l’expressivité et la clarté. (Pour quelques miettes de pain, de Kasia Babis. Aventuriers d’ailleurs. 26,90€)

Deux nouveaux titres rejoignent la collection Histoire et Histoires des éditions Delcourt : le cinquième tome de La Couronne de France et le deuxième tome d’Assiégés. Le premier poursuit l’exploration de cinq siècles de monarchie capétienne, de 1165 à 1774, autrement dit de Philippe II Auguste à Louis XV, en s’intéressant cette fois à Louis XIV le Grand et à Louis XV le Bien-Aimé, venant ainsi conclure une belle série reconnaissable à son élégant dos toilé bleu. Comme les précédents albums, ce nouvel opus restitue les jeux de pouvoir et les grandes décisions qui ont façonné l’identité du royaume, sous la plume de Jan-Pierre Pécau, un ancien professeur d’histoire, et le trait réaliste de l’Italien Francescco Mucciato. (De Louis XIV à Louis XV, La Couronne de France, tome 5, de Pécau et Mucciato. Delcourt. 29,95€)

De son côté, après s’être intéressée au siège d’Orléans, la série Assiégés se penche cette fois sur celui de Beauvais, qui se déroula en 1472 après que le duc de Bourgogne, Charles le Téméraire, eut attaqué la cité à l’improviste. Le siège dura six mois, fit de nombreuses victimes parmi les soldats, ce qui obligea les femmes à prendre les armes et combattre l’assaillant. Parmi elles, Jeanne Hachette s’est particulièrement illustrée et a été personnellement récompensée par Louis XI à la fin du siège. (Orléans, Assiégés tome 2, de Richemond, Vissière et Cenni. Delcourt. 29,95€)

Eric Guillaud