10 Juin

BD. Voyages aux frontières du futur : six nouveautés SF à découvrir

Colonisation spatiale, intelligence artificielle, mondes en ruine ou épopées interstellaires : ces six bandes dessinées témoignent de la vitalité d’une science-fiction toujours aussi riche en aventures et en réflexions…

On commence avec Goetz, un superbe album au grand format que vous avez peut-être déjà remarqué dans les vitrines de votre libraire grâce à sa magnifique couverture, qui résume à elle seule une grande partie de ce que le récit nous réserve. Dans un avenir plus ou moins lointain, les Terriens posent le pied sur Elda Galdae, une planète présentée comme un nouveau départ pour l’humanité. Ils y apportent le meilleur d’eux-mêmes mais aussi, inévitablement, leurs travers.

Très vite, ils s’installent, s’organisent et commencent à exploiter pour ne pas dire piller les ressources de ce monde inconnu, comme ils l’ont toujours fait, sans vraiment se soucier du peuple autochtone. Car Elda Galdae était déjà habitée : ses habitants, restés à un stade de développement comparable à notre âge du fer, n’entendent pourtant pas se laisser déposséder de leur terre. Et lorsque les abus deviennent insupportables, la colère gronde. Bientôt, ce peuple va se soulever et entrer en résistance face aux colons terriens sous l’impulsion de Goetz, un de leurs chefs, le plus fou, le plus violent. Il dit de lui qu’il ne sert pas le mal, il est le mal !

Un récit captivant, porté par le trait élégant et spectaculaire de Didier Cassegrain, un dessinateur dont le talent s’exprime avec autant de justesse dans le polar (Ne lâche pas ma main, Nymphéas noirs), l’heroic fantasy (Tao Bang) que dans la science-fiction (Code McCallum…). (Goetz, de ‘Fane et Cassegrain. Comix Buro / Glénat. 29€)

Pour sa toute première bande dessinée éditée, Florian Breuil nous entraîne dans un monde en ruine, englouti par les eaux et dominé par le gris du béton. Un univers post-apocalyptique aussi austère que fascinant. Là, au milieu des cheminées d’usines, des zones portuaires et des barres d’immeubles défraîchies, Mortépi tente de s’extraire de l’anonymat et de décrocher son moment de gloire. Artiste raté, il tente de percer dans la littérature en écrivant un roman. Il y travaille depuis des années, en vain. Personne n’en a lu la moindre ligne. Dans un dernier élan, Mortépi se suicide dans l’espoir d’accéder à un succès posthume…

Fortement influencé par la série Blacksad de Juan Díaz Canales et Juanjo Guarnido, Florian Breuil met ici en scène des personnages à tête d’animaux et d’autres à têtes humaines. Un parti pris qui peut dérouter de prime abord mais qui s’intègre finalement avec naturel dans cet univers crépusculaire. Réalisé sur tablette, le dessin de Florian Breuil se distingue par un travail remarquable sur les textures, les effets de matière, les jeux d’ombre et de lumière. Il en résulte des planches souvent spectaculaires, qui accentuent le caractère oppressant de ce monde en décomposition. (Mortépi, Vilain goret, de Florian Breuil. Les Humanoïdes Associés. 24€)

Colonisation nous embarque dans un futur où l’homme a dû quitter la Terre surpeuplée pour coloniser d’autres planètes. Un exode de masse à bord d’une multitude de vaisseaux spatiaux dont certains se sont perdus dans l’immensité de l’espace et sont sujets à des pillages. Retrouver ces vaisseaux, c’est précisément la mission de Milla Aygon et de son équipe, une mission dangereuse qui les entraîne dans des recoins inhospitaliers de l’univers.

Dans ce dixième volet, l’escouade de Milla est de retour sur Terre, berceau de l’humanité… ou du moins de ce qu’il en reste. Devenue totalement inhabitable, la planète a vu son biotope s’effondrer après l’installation d’une sonde des Atils, censée réguler les bouleversements climatiques mais qui n’a fait qu’accélérer sa destruction. De quoi remettre en question l’image de ces Atils que l’on croyait jusque-là être des sauveurs.

Porté par un scénario captivant et une mise en images époustouflante, tout à la fois fine, dynamique et spectaculaire, ce dixième tome confirme une fois de plus les qualités d’une excellente série de science-fiction. (Annihilation, Colonisation tome 10, de Filippi et Cucca. Glénat. 15€)

Un androïde peut-il avoir une conscience ? C’est toute la question que soulève le nouveau récit de Cyril Bonin. Karl, l’androïde qui nous intéresse ici, le tout dernier modèle des usines Randall Company, est au service de Charles Brooks, un riche banquier. Un jour, alors qu’il conduit son employeur, il aperçoit une biche traversant la route. Saisi par sa beauté, il tente de l’éviter et provoque un accident qui coûte la vie à son passager.

Qu’un androïde puisse être ému par la grâce d’un animal, distinguer le beau du laid et agir en conséquence bouleverse toutes les certitudes. S’agit-il d’une simple anomalie, d’un dysfonctionnement de ses circuits, ou au contraire de l’émergence d’une véritable conscience ? Une interrogation vertigineuse qui conduit bientôt la Randall Company devant les tribunaux.

Paru en février dernier aux éditions Sarbacane, Karl est un récit de science-fiction qui questionne notre présent et les liens de plus en plus étroits que nous entretenons avec les intelligences artificielles. L’homme dépassé par sa création : l’idée est vieille comme le monde ou presque mais elle n’a sans doute jamais semblé aussi actuelle. Sans esbroufe visuelle, Cyril Bonin livre une œuvre sensible et profondément humaine, portée par un trait semi-réaliste d’une grande délicatesse. Un récit touchant qui parvient, mine de rien, à nous faire presque tomber amoureux d’un robot. (Karl, de Cyril Bonin. Sarbacane. 22€)

Inspiré à la fois par la conquête spatiale et le poids de l’image dans notre société contemporaine, Phobos nous embarque pour une épopée spatiale à forte dose de romance mais aussi de critique sociétale. Aux manettes de cette adaptation du best-seller de Victor Dixen, Victor Dixen lui-même pour le scénario et Eduardo Francisco pour le dessin.

L’histoire ? Cap Canaveral a été racheté par Atlas Capital et sert dorénavant de base de lancement à une émission de télé-réalité  dont le principe est simple : six filles et six garçons dans le même vaisseau, six minutes chaque semaine pour se rencontrer et plus si affinité, l’éternité pour créer la première colonie sur Mars. Et tant pis si tout ne se passe pas comme annoncé… (La Tempête des destins, Phobos tome 4, de Maria Francesca Perifano et Victor Dixen. Glénat. 16,90€)

Vous voulez de l’action ? Vous allez être servi : le premier volet de Ghost Pepper enchaîne les séquences survitaminées à un rythme effréné.

Transfuge du jeu vidéo — il a notamment travaillé sur le célèbre World of Warcraft — Ludo Lullabi est un auteur français qui, après plusieurs bandes dessinées et mangas publiés en France, s’est tourné vers le comics américain. Il a notamment signé un épisode de Transformers et repris les aventures de Battle Chasers.

Ce premier volume de Ghost Pepper rassemble les numéros 1 à 5 de la série américaine. Son histoire nous plonge dans un monde post-apocalyptique où l’ancienne civilisation a disparu depuis longtemps. Pendant des siècles, le monde a brûlé, ne laissant derrière lui que des ruines. Puis est apparu un sauveur : Bataar. Vénéré par tous, il semble avoir redonné un avenir à l’humanité.

Au cœur de cet univers évolue Loloï, une héroïne que Lullabi décrit comme « une Claudia Cardinale issue d’un vieux western, perdue dans un monde de science-fiction ». Propriétaire d’un food truck, elle régale ses clients grâce à ses talents culinaires. Jusqu’au jour où l’un de ses plats est servi à un mystérieux voyageur nommé Ash, dont l’arrivée va bouleverser son quotidien et l’entraîner dans une aventure aussi déjantée que spectaculaire. (Ghost Pepper tome 1, de Ludo Lullabi. Delcourt. 17,95€)

Eric Guillaud