Après Le Groom vert-de-gris publié en 2011, le tandem Schwartz-Yann est de retour pour une nouvelle aventure de Spirou intitulée Le fétiche des Marolles. Les premières pages sont publiées dans l’hebdomadaire de cette semaine accompagnées d’une interview du scénariste Yann qui revient sur le contexte historique de cette nouvelle aventure, le Bruxelles de l’après-guerre et la colonisation belge. « C’était rutabagas et règlements de comptes! », confie Yann, « Bruxelles avait abrité des résistants, mais aussi pas mal de collaborateurs et de rexistes. A la Libération, il y eut donc une ambiance détestable, où tout le monde surveillait tout le monde, cherchant à savoir dans quel camp avait été son voisin. En Belgique comme en France, la Libération s’accompagna de procès publics. On tondit les femmes ayant eu des relations amoureuses avec des Allemands. On appelait ça la collaboration « horizontale ». A Bruxelles, on enferma même des collabos dans les cages aux fauves du zoo »... (interview à retrouver en intégralité dans le numéro du 18 décembre)
Lire du Baudoin n’est jamais le fait du hasard. C’est comme regarder du Godard ou du Alain Cavalier.
Vos yeux ne tombent dessus que si vous l’avez décidé. Pourquoi ? Plusieurs raisons. Baudoin, même s’il est une figure importante du Neuvième art, un des pionniers de la bande dessinée contemporaine, est finalement peu connu du grand public. Ses albums, plusieurs dizaines, sont relativement discrets au sein des bibliothèques ou des librairies. Ensuite, le trait noir, charbonneux, épais, sa proximité avec la peinture, son approche intimiste, ses thèmes existentiels et cette façon qu’il a eu très tôt de se mettre en scène, avant même que la chose devienne une mode, ne peuvent logiquement attirer qu’une certaine partie des lecteurs. Enfin, Baudoin est un artiste, un vrai, libre, un poète du trait qui ne va pas là où on l’attend. Oui, la lecture de Baudoin est exigeante, parfois âpre, mais la poésie est toujours au bout de l’aventure.
Dans cette intégrale publiée aux éditions Dupuis, les amateurs de Baudoin retrouveront trois de ses récits, Les Yeux dans le mur, Le Chant des baleines et Les Essuie-glaces, trois récits pour lesquels Edmond Baudoin, le chantre du noir et blanc, s’est aventuré dans la couleur. On y croise un peintre et son modèle, un voyageur lancé dans un quête de soi, un rêveur sur un quai de gare, trois destins, autant de voyages au pays de la poésie. Magnifiquement humain !
Eric Guillaud
Trois pas vers la couleur, d’Edmond Baudoin. Editions Dupuis. 28 euros
Le teaser d’un documentaire consacré à Edmond Baudoin et signé Laetitia Carton
Pour avoir quitté une course en plein déroulement, Michel Vaillant a perdu sa licence de pilote. Mais rien de son immense popularité ! Son geste est même perçu comme un acte héroïque par ses nombreux admirateurs. Avant d’être coureur, Michel Vaillant s’affiche comme le bon père de famille prêt à tout pour sauver son fils qu’il croyait mêlé à une affaire de drogue. Une fois rassuré sur ce point, non seulement le fiston ne se drogue pas mais il travaille sur un projet lié à l’automobile, Michel Vaillant peut sereinement revenir à ses préoccupations habituelles et notamment relever un nouveau défi : battre le record du monde de vitesse avec un engin électrique.
Après Au Nom du fils, le nouveau team des aventures de Michel Vaillant, formé de Philippe Graton (le fils du créateur), Denis Lapière, Marc Bourgne et Benjamin Benéteau, poursuit sur sa lancée avec un deuxième album de la nouvelle saison tout aussi réussi tant au niveau du scénario que du graphisme. Les personnages gagnent encore en profondeur et l’histoire en réalisme, en modernité aussi, avec ce challenge lié aux énergies nouvelles.
C’est une véritable renaissance pour cette série mythique née à la fin des années 50 et dont les albums se sont vendus à plus de 20 millions d’exemplaires dans une quinzaine de pays. Un album Indispensable pour les fans de sport automobile, grandement recommandé pour les autres !
Eric Guillaud
Voltage, Michel Vaillant, de Graton, Lapière, Bourgne et Benéteau. Editions Graton. 15,50 euros
Le Grand Prix de la Critique décerné chaque année par l’Association des Critiques et Journalistes de Bande Dessinée a été décerné cette semaine à Chloé Cruchaudet pour son album Mauvais genre paru en septembre aux éditions Delcourt.
Chloé Cruchaudet n’est pas une inconnue pour tous ceux qui s’intéressent un tant soit peu au Neuvième art. A la fois scénariste et dessinatrice, la jeune auteure nous avait déjà étonné, émerveillé, avec son album Groenland Manhattan, Prix René Goscinny en 2008, et la trilogie Ida, dont le premier volet avait été sélectionné parmi les meilleurs albums de l’année au festival d’Angoulême en 2010.
Mauvais genre est adapté de l’essai historique La Garçonne et l’Assassin de Fabrice Virgili et Danièle Voldman (éd. Payot) paru en 2011 qui raconte l’histoire vraie de Louise Landy et de son mari Paul Grappe. Ce dernier, déserteur pendant la Grande guerre, se travestit pendant des années pour échapper à la justice et expérimenta une certaine forme de liberté sexuelle…
A partir de ces faits réels, Chloé Cruchaudet a construit son récit comme une fiction, une fiction qui nous embarque dans le Paris prolétaire des années folles pour une histoire d’amour unique qui interroge, nous interroge ? Comment, pendant des années, cet homme a-t-il pu se faire passer pour une femme ?
Chloé Cruchaudet confiait à la sortie de l’album : « En lisant le livre, j’ai été émue en imaginant entre les lignes la relation de ce couple, qui, bien que se terminant de manière dramatique, n’en reste pas moins une histoire d’amour, même imparfaite et chaotique. Par les dialogues, la mise en scène, j’ai essayé de montrer la complexité de ce qui fait notre personnalité. Il n’est pas donné à tout le monde dans une existence d’endosser plusieurs identités, et c’est ce que Paul a expérimenté, non pas par penchant, mais par nécessité. Notre sexe, notre naissance, nous assignent des rôles, mais si l’on se glisse dans un autre costume, alors peut-être que notre comportement et notre manière de penser pourraient en être bouleversés de manière profonde ».
Aucun doute, les membres de l’ACBD n’ont pas fait d’erreur, ils ont choisi l’une des plus belles bandes dessinées de l’année. Un récit fort, des personnages incroyables, une narration qui s’affranchit des cases, un trait noir et franc… et une auteure à suivre de très près !
Eric Guillaud
Mauvais genre, de Chloé Cruchaudet. Editions Delcourt. 18,95 euros
Pour le clip de son nouveau single « Nameless World » , qui figurera dans l’album à sortir en février 2014, le groupe français Skip the Use a fait appel à l’illustrateur Arthur de Pins (Péchés mignons, Zombillenium, La marche du crabe…)… Un clip à découvrir en avant-première sur le site troiscouleurs.fr.
Argh ! Noël approche à la vitesse de la lumière et vous séchez affreusement question cadeaux ? Pas de panique, voici rien que pour vous une petite sélection de BD en tout genre à glisser sous le sapin le plus proche…
L’équipe web de F3 Pays de la Loire s’est mobilisée tout le week-end pour lire les 5000 nouveautés de l’année et en retenir une petite dizaine. Autant dire que le temps nous était compté mais le résultat est là : une belle sélection de BD récentes qui couvre tous les styles, tous les publics, tous les âges et tous les budgets. Merci qui ?
136 combats, 91 victoires dont 27 par KO, champion de France puis champion du monde des poids mouches, Victor Young Perez est une légende de la boxe mais pas seulement…
C’est une légende tout court, un homme au destin incroyable à la fois magnifique et tragique. Né à Tunis en 1911 dans une modeste famille juive, Victor Young Perez s’installe à Paris en 1927. C’est là qu’il décide de devenir champion de boxe à l’image de son idole Battling Siki. Il devient la coqueluche du tout Paris et l’amant de l’actrice Mireille Balin avant d’être finalement déporté à Auschwitz où il mourra en janvier 45 sous les balles nazies !
L’album d’Eddy Vaccaro et d’Aurélien Ducoudray s’intéresse plus précisément à ces années de déportation à Auschwitz durant lesquelles Young se voit chargé par le commandant du camp d’organiser des combats de boxe pour distraire les nazis. Cette « mission » devient pour lui une question de survie! Une question de survie que le trait de Vaccaro, charbonneux, sombre, tendu, rend quasiment palpable au point que certaines scènes nous ramènent au fameux Maus de Spiegelman.
Après nous avoir offert la superbe biographie du boxeur Battling Siki avec Championzé, le tandem Vacarro – Ducoucray met en scène la vie d’un de ses disciples avec la même force graphique et narrative. 120 pages d’une profonde intensité dramatique où le destin d’un homme se confond avec le destin du monde.
La vie de Victor Young Perez en BD mais aussi au cinéma
Sans parler d’oubli général, le souvenir de Victor Young Perez était surtout resté vivace dans le milieu de la boxe. Mais en 2012, une première bande dessinée, signée Lapière et Samama, réactivait la légende. A l’Ombre de la gloire, également publié chez Futuropolis, mettait en avant l’idylle entre Victor Young Perez et l’actrice Mireille Balin. 2013 poursuit le travail avec la parution de l’album de Vacarro et Ducoudray et le film Victor Young Perez réalisé par Jacques Ouaniche avec Brahim Asloum dans le rôle du boxeur, un film toujours à l’affiche…
Young, Tunis 1911 – Auschwitz 1945, de Vaccaro et Ducoudray. Editions Futuropolis. 20 euros
Eric Guillaud
L’info en +
Un autre album a récemment été publié sur ce thème, il s’agit du Boxeur de Reinhard Kleist chez Casterman qui raconte la vie de Hertzko Haft qui, lui-aussi, est passé par les camps de concentration et a dû faire des combats de boxe pour survivre…
Non, le monde la bande dessinée n’est pas – toujours – un monde de Bizounours !
La preuve avec ce conflit opposant Albert Uderzo, le cocréateur d’Astérix (pour ceux qui reviendraient d’un séjour forcé dans une autre galaxie!!) à sa fille.
En 2011, celle-ci avait porté plainte contre X pour « abus de faiblesse », estimant que certaines personnes de l’entourage de son père profitaient de son état de santé pour abuser de ses largesses.
Eh bien, nouvel épisode, Albert Uderzo vient à son tour de déposer plainte contre sa fille et son gendre, oui oui, pour « violences psychologiques ». En jeu, quelques petits millions d’euros…
Vous cherchez une idée de cadeau pour les fêtes, une bande dessinée, un manga, un comics ? Vous êtes à la bonne adresse. Didier Morel et Eric Guillaud ont sélectionné pour vous le Meilleur de la BD. Fouillez sur le blog, vous y trouverez forcément votre bonheur… et même des BD à gagner avec France 3 Pays de la Loire et les Éditions Dupuis ici-même!
Golden City est morte, vive Golden City ! Voilà cinq ans que la cité pour milliardaires a été coulée par une torpille. C’est aujourd’hui devenu un sanctuaire sous-marin où vont se recueillir les familles.
Mais une nouvelle cité a été construite en remplacement. La même ? Pas tout à fait. Si les principes qui régissent la vie de la communauté sont restés les mêmes, la nouvelle cité n’est pas flottante mais spatiale. C’est même la première ville spatiale de l’humanité. Au moins ici, pense-t-on, les milliardaires seront à l’abris de la surpopulation, de la violence qui règne sur Terre et des attaques terroristes. Et que devient Harrison Banks ? Le président humaniste de Golden City et PDG du plus puissant groupe pharmaceutique est toujours porté disparu…
Cela fait maintenant une quinzaine d’années que le Rouennais Daniel Pecqueur et le Breton d’adoption Nicolas Malfin animent cette série de science fiction qui pour beaucoup d’entre nous a été une révélation, au même titre que la série Aquablue. Et si je rapproche Golden City de la mythique série créée par les deux Rouennais Olivier Vatine et Thierry Cailleteau, ce n’est pas seulement pour souligner la proximité géographique des créateurs mais plus sûrement pour pointer la proximité d’univers, l’omniprésence de l’océan d’un côté, la récurrence des préoccupations environnementales et sociales de l’autre.
Bon, vous me direz, ces deux séries ne sont pas les seules sur ce créneau mais tout de même, il y a des points de convergence évidents au niveau du scénario, un peu moins peut-être au niveau du dessin. Et comme le hasard fait souvent bien les choses, alors que la cité des milliardaires Golden City prend la direction de l’espace, une ville flottante fait son apparition dans le dernier volet d’Aquablue.
Avec ce savant mélange d’aventure et de science fiction, ce graphisme semi-réaliste d’une très grande élégance et ces couleurs vives et profondes, les auteurs de Golden City ont marqué de leur griffe la bande dessinée contemporaine. Valeur sûre pour Noël !
Eric Guillaud
Orbite Terrestre Basse, Golden City (tome 10), de Daniel Pecqueur, Nicolas Malfin et Pierre Schelle. Editions Delcourt. 13,95 euros