Les comics adorent rebattre les cartes, quitte à foutre en l’air la mythologie qu’ils ont eux-mêmes patiemment mis en place. Absolute Batman n’est pas pour autant une opération de dynamitage, mais plus une redistribution intéressante des cartes, avec le célèbre scénariste Scott Synder à la manœuvre. Et c’est aussi réussi qu’excessif.
Bruce Wayne n’est plus un fils de milliardaire, mais un gamin des plus ordinaires venu de la classe moyenne de Gotham. Alfred n’est plus un sobre majordome à la sobriété très britannique mais un mercenaire aux multiples gadgets et surentrainé mais incapable de se reconnecter avec sa fille unique. Jim Gordon n’est plus le chef de la police mais le maire de Gotham, incapable d’endiguer la vague de criminalité qui la submerge de toutes parts…
Après Wonder Woman et Superman, voici le tour de l’une des plus grosses stars de DC Comics de voir l’histoire de ses origines réécrite – ou réassemblée dans le cas présent – sous l’étiquette Absolute. Batman étant l’un des héros les plus tragiques – dans le sens quasiment grec du terme, sa ‘naissance’ partant du meurtre des deux parents du héros – de chez DC, il y avait beaucoup de boutons sur lesquels appuyer pour en altérer le dosage sans le dénaturer totalement. Ce que Scott Synder s’est amusé à faire… Dans son style, disons, pas toujours des plus consensuels. Mais noir. Très noir même.
Ce n’est pas nouveau : Synder a toujours été un peu l’équivalent comics du réalisateur de la série des Bad Boys, Michael Bay. Soit quelqu’un aimant bien, pardon, ADORANT en faire des caisses visuellement parlant, quitte à ne pas faire dans la dentelle. Son ‘nouveau’ Batman – le précédent, Batman Dark Metal n’ayant pas vraiment marqué les esprits à force de faire n’importe quoi – est donc par exemple bodybuildé à l’extrême, dans un style graphique parfois proche du manga sous la plume de Nick Dragotta.
Et face au gang du mystérieux Black Mask aux méthodes des plus expéditives, il fait preuve d’une violence presque aveugle et sans limite, mais toujours pour « rendre justice » selon ses propres termes, sans que l’on sache vraiment si Synder fait preuve ici de recul, le scénariste se délectant clairement de faire péter un plomb à son héros en pleine déconstruction. Une relecture à prendre ou à laisser mais qui, clairement, ne laissera pas indifférent.
Olivier Badin
Absolute Batman de Scott Snyder et Nick Dragotta. Urban Comics/DC Comics. 20,50 euros


