Comment bien commencer l’année 2026 ? Peut-être en se jetant sur l’adaptation en bande dessinée du roman de Richard Morgièvre, Le Cherokee, rebaptisé ici God Bless America et tout juste publié aux éditions Sarbacane. Un polar âpre, noir jusqu’à l’os, et follement désespéré dans une Amérique qui ne fait pas vraiment rêver…
En lettres massives, le titre envahit la couverture et nous interpelle d’emblée. Pourquoi avoir rebaptisé cette adaptation d’une formule à forte résonance patriotique et religieuse telle que God Bless America ? Par ironie ! Parce que dès l’ouverture du bouquin et la lecture des premières pages, on comprend vite, et ceux qui auront lu le livre de Richard Morgiève encore plus vite, que nous avons affaire à un polar noir, définitivement noir, dans une Amérique en proie à ses démons, une Amérique qui n’a rien d’un rêve, tout d’un cauchemar, une Amérique violente et paranoïaque.
L’histoire débute en septembre 1954 du côté de Panguitch, un patelin paumé de l’Utah. Nick Corey, shérif de son état, est en patrouille lorsqu’il découvre une voiture abandonnée, une Hudson Hornet Sedan verte. Dans l’habitacle, une trace ténue de parfum et sous le capot, un ticket d’essence.
« Quel genre de type range ses tickets dans son carter d’huile? », s’interroge-t-il. Mais Corey n’a pas le temps de trouver une réponse. Un avion de chasse déchire la nuit et s’écrase un peu plus loin. Un avion sans pilote ! En pleine guerre froide, l’affaire est évidemment sensible.
De quoi faire débarquer dans un même élan le FBI et l’armée, de quoi inquiéter les habitants, qui parlent déjà d’une invasion de Martiens, de quoi enfin laisser Corey dans un état de perplexité avancée. Mais ce n’est pas fini, en reprenant son enquête autour de la voiture abandonnée, Corey se retrouve confronté à ses démons intimes. Le tueur qui a sauvagement assassiné ses parents et l’a traumatisé à vie est de retour…
Si le graphisme semi-réaliste de PF Radice peut, de prime abord, dérouter, notamment par ses visages marqués et déformés, il faut bien reconnaître qu’il finit par nous séduire et nous plonger corps et âme dans cette histoire pour le moins inquiétante. Le crayonné, volontairement rugueux, confère aux personnages une épaisseur dramatique, tandis que les décors, les dégradés de gris et le découpage installent une atmosphère pesante, en parfaite adéquation avec la noirceur du récit. Un très beau livre !
Eric Guillaud
God Bless America, de PF Radice d’après le roman Le Cherokee de Richard Morgiève. Sarbacane. 29,90€


