Prix du meilleur album au Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême 1996, L’Autoroute du Soleil retrouve les rayons de nos libraires dans une nouvelle édition enrichie de documents inédits et d’une nouvelle photogravure des planches originales qui lui redonnent un éclat nouveau.
Pendant des années, certaines personnes l’ont présenté comme le premier manga français. À tort ! Comme le souligne Baru lui-même dans la préface à cette nouvelle édition, L’Autoroute du Soleil est un « pur produit de la culture franco-belge », simplement influencé par le cinéma et surtout libéré de toutes contraintes de pagination.
Il faut dire, pour leur défense, que ce récit a été imaginé et réalisé pour un magazine japonais. En 1991, Baru vient tout juste de recevoir l’Alph-Art du meilleur album français pour Le Chemin de l’Amérique. Yoshiyuki Kurihara et Yatsumitsu Tsutsumi, respectivement patron et directeur éditorial du magazine Morning (Kodansha), pensent alors que son dessin pourrait séduire les lecteurs japonais. Ils lui proposent de développer un projet original. Ce sera L’Autoroute du Soleil. Publié au Japon en 1995, l’album est un échec commercial.
Dans la foulée, Casterman récupère les droits pour l’édition française. L’album paraît en 1995 et reçoit l’Alph-Art du meilleur album français à Angoulême en 1996. Une récompense largement méritée tant L’Autoroute du Soleil cristallise ce que l’auteur a su apporter à la bande dessinée à cette époque : un ancrage social et politique, des personnages issus de la classe ouvrière, loin des archétypes héroïques, plutôt des anti-héros cabossés par la vie, portés par une narration et un dessin exigeants. Un album précurseur, annonciateur de l’essor des romans graphiques dans le paysage du neuvième art.
Reste alors la question essentielle : le livre a-t-il bien vieilli ? Trente ans, ça marque un homme, et ça peut aussi marquer une œuvre. Pourtant, force est de constater que L’Autoroute du Soleil demeure étonnamment actuel. De quoi se demander si le récit de Baru était en avance sur son époque, ou si, finalement, rien n’a véritablement changé dans ce bas monde, la violence sociale, le racisme et l’exclusion demeurant des constantes. À chacun d’y apporter sa réponse. Pour ma part, je pencherais plutôt pour un mélange des deux. C’est en tout cas un immense bonheur de retrouver les deux principaux protagonistes, Karim et Alex, dans ce road trip d’une énergie folle.
L’édition présente est enrichie de documents inédits en album et a bénéficié d’une nouvelle photogravure des planches originales. Et rien que pour ça…
Eric Guillaud
L’Autoroute du Soleil, de Baru. Casterman. 30€


