28 Juil

Pages d’été. Kutani ou l’âme japonaise d’un auteur français

C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…

Cet album-là a un petit quelque chose de manga. Par l’histoire qu’il nous propose, bien sûr, mais aussi par son traitement. Certes, le sens de lecture, le découpage des planches et le graphisme s’inscrivent davantage dans la tradition de la bande dessinée européenne. Pourtant, son esprit général évoque celui de Jirō Taniguchi, cet auteur japonais profondément marqué par la bande dessinée européenne. 

Rien d’étonnant à cela. Son auteur, Franck Manguin, est français, mais entretient depuis toujours une relation privilégiée avec le Japon. Tout commence par des études de langue, littérature et civilisation japonaises, sanctionnées par l’obtention d’un diplôme dans cette spécialité. Il s’installe ensuite pendant trois ans au pays du Soleil-Levant, où il consacre un mémoire à l’art traditionnel d’Okinawa. Parallèlement, il réalise des animations destinées aux machines à pachinko, ces célèbres jeux japonais à mi-chemin entre le flipper et la machine à sous.

De retour en France, Franck Manguin publie chez Sarbacane deux albums remarqués : Ama, le souffle des femmes en 2020, puis Kutani, dont il est ici question. Ce magnifique ouvrage de plus de 120 pages, réalisé en bichromie, raconte avec une infinie délicatesse le retour d’un fils auprès de son père, atteint de la maladie d’Alzheimer.

À travers ce récit profondément humain, l’auteur explore avec une grande pudeur les liens familiaux qui résistent au temps, à l’éloignement et à l’effacement des souvenirs, il évoque aussi la maladie, une mémoire qui s’efface, et les silences qui demeurent.

Kutani est un récit intime qui trouve un écho universel. Il touchera sans doute tous ceux qui ont accompagné un proche confronté à cette maladie. Porté par un dessin d’une rare élégance, ce récit bouleversant offre, en prime, une belle découverte : celle de la céramique kutani, un art traditionnel japonais qui irrigue discrètement l’ensemble de l’ouvrage.

Eric Guillaud

kutani, retour à Kanazawa, de Franck Manguin. Sarbacane. 22€

© Sarbacane / Manguin