C’est l’été, les doigts de pied en éventail, le cerveau en mode repos et enfin du temps pour lire et éventuellement rattraper le retard. Sur la table de chevet, quelques livres en attente. C’est le moment…
Attention, talent ! Née à l’aube de ce XXIᵉ siècle, Laura Carpentier signe avec ce premier roman graphique une entrée remarquée dans le neuvième art. Une entrée tout en délicatesse, tant sur le plan graphique, avec des couleurs directes appliquées à la gouache, que sur le plan narratif, grâce à cette adaptation sensible du roman de Colette.
Déjà porté au cinéma, à la télévision et même en musique, ce classique de la littérature n’avait encore jamais été transposé en bande dessinée. C’est désormais chose faite, et avec une réussite qui force l’admiration. Bien que le roman ait été publié en 1923, la lecture qu’en propose Laura Carpentier semble étonnamment contemporaine. Car quoi de plus universel que les premiers émois amoureux ?
Avec peu de dialogues, mais une infinie éloquence dans les silences, les regards et les gestes, Le Blé en herbe raconte la naissance des sentiments entre Phil, seize ans, et Vinca, quinze ans. Depuis toujours, ils passent ensemble leurs vacances d’été dans une maison louée en Bretagne par leurs parents respectifs. Au fil des jours, l’insouciance de l’enfance cède doucement la place aux troubles de l’adolescence, faisant naître un sentiment amoureux aussi tendre que bouleversant. Mais l’arrivée d’une femme mystérieuse va brusquement accélérer leur passage à l’âge adulte et mettre à l’épreuve l’équilibre fragile de leur relation…
C’est beau, délicat, d’une infinie justesse. Une lecture qui se savoure, se contemple et donne aussitôt envie d’y revenir, d’autant plus en cette période estivale où les souvenirs de vacances et les premiers émois semblent plus proches que jamais.
Eric Guillaud
Le Blé en herbe, de Laura Carpentier d’après le roman de Colette. Sarbacane. 22€


