Nouvelle adaptation (réussie) par une équipe de Français, dont le très capé scénariste Corbeyran, d’un épisode de la saga de Conan le Barbare, archétype absolu de l’heroic fantasy créé par le Texan Robert E. Howard dans les années 30.
Une Sorcière viendra au monde est déjà la quatorzième adaptation de la saga lancée par les éditions Glénat en 2019, avec une quinzième en préparation. Une collection qui, au fil des albums, a connu des fortunes diverses, selon les histoires choisies et, surtout, les auteurs chargés de les adapter. Soyons clairs : cette nouvelle livraison figure d’emblée parmi les réussites.
En même temps, difficile de se rater avec l’une des meilleures aventures du barbare, bien qu’il n’en soit pas, paradoxalement, tout à fait le centre d’intérêt principal. Non, toute l’excellence d’Une Sorcière viendra au monde (A Witch Shall Be Born en VO) tient, justement, son ‘méchant’. Ou plutôt sa méchante, Salomé, sorcière perverse venue prendre la place de sa sœur jumelle Taramis sur le trône du royaume d’Olgerd.
Comme l’explique très bien le spécialiste numéro un des écrits d’Howard en France, Patrice Louinet, dans sa très documentée postface, cette nouvelle, a priori écrite en quelques jours seulement en 1934, se distingue par sa façon d’intégrer une dimension à la fois plus sensuelle, voire semi-érotique via certaines scènes pleines de sous-entendus osés pour l’époque, et quasi lovecraftienne via le monstre que l’on découvre à la fin du récit.
En bon connaisseur de la culture ‘pulp’ (le nom de ces revues dites ‘bon marché’ vendues pour pas cher durant la Grande Dépression et où Howard a fait ses armes), le scénariste Eric Corbeyran met le paquet sur quelques scènes iconiques, à commencer par la crucifixion ( !) de Conan qui ouvre le récit et que l’on retrouve dans la première adaptation cinématographique de 1982 qui avait révélé Arnold Schwarzenegger. Quant au dessinateur Stéphane Perger, il réussit à trouver le juste milieu entre classicisme et modernité, notamment en adaptant la palette des couleurs suivant l’ambiance des scènes, même si c’est clairement sa façon de miser sur les courbes de ses personnages féminins qui frappe le plus.
Du Conan très classique certes mais servi sur un plateau par deux fans de la culture ‘pulp’ et des récits flamboyants de Robert E. Howard. Par Crom !
Olivier Badin
Une Sorcière viendra au monde de Corberyran et Stéphane Perger. Glénat. 14,95 €.


