27 Sep

Frnck, Youna, Mi-Mouche, Petit Barbare, Dickens… : les héros jeunesse ont eux-aussi fait leur rentrée

Science-fiction, histoire, humour, Fantasy… Cette sélection de BD jeunesse nous embarque dans des univers aussi variés que réjouissants.

En attendant de décrocher les étoiles, Camille a décroché le titre de gardien des espaces infinis après avoir neutralisé une escouade d’Aliens. La gloire ? Un magnifique rêve, surtout. Car dans la vraie vie, Camille est pompiste sur la bonne vieille Terre, où ne font plus que passer, depuis la démocratisation des voyages interstellaires, des voyageurs pressés. L’humanité entière s’est envolée vers l’infini et au-delà. Lui ne voyage que dans sa tête… jusqu’au jour où sa candidature est retenue par l’école des pilotes. De quoi lui ouvrir une véritable voie lactée… Avec Ce qui se cache derrière les étoiles, Julien Josselin, bien connu sur YouTube, et la jeune Manon Dubreuil, qui signe ici son premier album, nous livrent un récit écolo-futuro-rigolo, bourré d’action et de fantaisie, une aventure spatiale qui n’oublie pas, au passage, de plaquer un œil critique sur notre bonne vieille planète, , le tout porté par un dessin tout en rondeur et très moderne. (Ce qui se cache derrière les étoiles, de Dubreuil et Josselin. Glénat.17€)

Il est sorti il y a déjà quelques mois — le 18 mars 2026, pour être précis — mais il n’est jamais trop tard pour découvrir une petite pépite pleine de poésie. Youna est une jeune fille qui, d’ordinaire, croque la vie à pleines dents. Mais depuis quelque temps, des angoisses profondes l’envahissent. Maux de ventre, repli sur elle-même… La cause de ce mal-être ? L’état de la planète. Youna n’en peut plus du réchauffement climatique, de la pollution, des incendies, de la faune et de la flore qui partent en fumée. Face à cette éco-anxiété qui la ronge, ses parents décident de l’emmener quelques semaines à la montagne en espérant qu’un changement d’air lui permette de retrouver un peu de sérénité…  Véronique Grisseaux et Orianne Lallemand au scénario, accompagnées de Christine Davenier au dessin, abordent l’éco-anxiété chez les enfants avec beaucoup de finesse et de sensibilité. De quoi éveiller les consciences sans jamais donner de leçon, tout en offrant aux jeunes lecteurs quelques clés pour mieux comprendre leurs inquiétudes face aux bouleversements de notre planète. (Youna, Retour à la nature, de Lallemand, Grisseaux et Davenier. Vents d’Ouest. 16€)

Après le deuxième round, voici logiquement le troisième de Mi-Mouche, un terme qui désigne, pour ceux qui l’ignoreraient, une catégorie de poids en boxe, la première en boxe amateur. Colette, 14 ans, aimerait en faire partie. Mais sa mère refuse catégoriquement qu’elle pratique ce sport. Depuis un grave accident de la route qui a coûté la vie à sa sœur jumelle, Colette s’est comme figée. Elle a cessé de grandir et, peu à peu, endossé l’identité de sa sœur disparue, allant jusqu’à adopter sa passion pour la danse. Jusqu’au jour où elle assiste par hasard à un entraînement de boxe. Une révélation, presque une libération. Ce choc va agir comme un catalyseur : Colette va peu à peu renouer avec elle-même et retrouver sa véritable personnalité. Mi-Mouche est une histoire de deuil et de reconstruction, mais aussi une réflexion sur le genre, la place des filles dans le sport et la quête d’identité. Connue et reconnue pour ses nombreux ouvrages (Bobigny 1972, En attendant Bojangles, Collaboration horizontale…), la dessinatrice nantaise Carole Maurel signe ici, avec la scénariste Véro Cazot, ses premiers pas dans la bande dessinée jeunesse. Une très belle histoire, sensible et pleine de justesse. (Deux sœurs sur le ring, Mi-Mouche troisième round, de Cazot et Maurel. Dupuis. 13,50€)

Nouvelle venue dans le monde du neuvième art, la maison d’édition Astrolabe affiche une ambition clairement internationale, avec une spécialisation dans les récits de genre. Et pourtant, c’est bien un auteur français qui inaugure son catalogue, Léo Chérel, avec un récit d’aventure en mode fantasy maritime. Et le ton est donné dès les premières pages. Sauln et sa jeune apprentie Lorinte sont des Pourpres-sangs, des chasseurs de monstres. Mais les temps sont durs et la chasse ne rapporte guère d’argent. De quoi s’enfoncer doucement dans la misère. Jusqu’au jour où notre duo rencontre Adèle d’Aubépine, une jeune noble à la recherche d’une escorte pour l’accompagner à un bal donné par le gouverneur du coin… Prévu en deux volumes, ce premier cycle de Pourpre-Sang offre de belles scènes d’action, des personnages attachants, un brin d’humour et quelques clins d’œil à la ville dont est originaire l’auteur : Saint-Malo, la cité des corsaires. Une belle surprise ! (Le Cercle de Nimuée, Pourpre-sang tome 1, de Chérel. Astrolabe. 21,90€)

Après avoir fait un carton avec les aventures de Kid Paddle, plus de dix millions d’albums vendus, Midam récidive avec Game Over, qui pourrait franchir aujourd’hui le cap des deux millions d’exemplaires. La série revient avec un vingt-cinquième tome toujours fidèle au principe de la série : des gags muets en une page, mettant en scène le Petit Barbare, personnage tout droit sorti de l’univers des jeux vidéo. Au programme, 42 gags désopilants, autant de façons de mourir bêtement, écrasé, broyé, découpé, haché menu, fondu ou encore enseveli sous la neige. Et la partie est loin d’être finie ! (The snow must go on, Game Over tome 25, de Midam, Dupuis. 12,95€)

Il suffit de consulter sa page Wikipedia pour comprendre l’importance que l’homme a eu sur la littérature anglaise et au-delà. Pourtant, toute son histoire a commencé dans les rues malfamées de Londres. Charles Dickens est le personnage central de cette bande dessinée signée Philippe Charlot et Manu Cassier et baptisée Mudlarks, du nom de ces gamins qui fouillaient la vase de la Tamise à la recherche d’objets à revendre. Issu d’une famille de la petite bourgeoisie, Dickens connaît très tôt la misère et la rue. Quand son père est emprisonné pour dettes, le jeune Charles est contraint de quitter l’école et, à seulement 12 ans, de travailler dans une fabrique de cirage, où il colle des étiquettes sur des pots. Une expérience particulièrement douloureuse, mais qui ne l’empêche pas de nourrir un rêve : devenir écrivain. C’est cette enfance et cette misère rampante dans l’Angleterre victorienne que raconte cet album, porté par le dessin semi-réaliste et expressif de Manu Cassier, qui restitue avec force les rues, les bas-fonds et l’atmosphère sombre du Londres de Dickens. (Mudlarks, de Charlot et Cassier. Grand Angle. 16,90€)

Il nous avait emballés avec sa série Imbattable, qui jouait allègrement avec les codes du neuvième art. Le revoilà, cette fois accompagné de Nicoby au dessin, avec Les Nouvelles aventures de Max Beaumont, une nouvelle série qui s’annonce tout aussi décalée, et un premier volet intitulé Imbroglio Météo. Au centre de l’intrigue, Simon Saumier, jeune reporter au journal local Le Clairon, Max Beaumont, une légende du journalisme qui pourrait profiter tranquillement de sa retraite, et Rose, une lycéenne férue de nouvelles technologies. Tous trois vont se retrouver, par le plus grand des hasards, plongés dans une enquête rocambolesque après le cambriolage d’une banque par des malfrats dotés d’une arme redoutable, capable de déclencher tornades et tempêtes de glace. Dans la grande tradition des aventures publiées chez Dupuis ! (Imbroglio Météo, Les Nouvelles aventures de Max Beaumont, tome 1, de Jousselin et NIcoby. Dupuis. 12,95€)

Adrien et Hadrien sont deux jeunes cousins qu’un simple H distingue, mais que cent ans séparent. Adrien vit en effet en 2014. À la demande de sa mère, il entretient une correspondance avec Hadrien qu’il n’a pas vu depuis des années. Au fil des échanges, l’un et l’autre relèvent des incohérences dans leurs récits respectifs et commencent à comprendre que quelque chose ne tourne pas rond. Jusqu’à découvrir qu’un siècle les sépare. Pour Adrien, l’urgence est alors de prévenir son cousin qui vit en 1914 des conséquences de la guerre qui se profile et de le supplier de se mettre à l’abri. Une belle histoire d’amitié entre deux adolescents que tout sépare, sauf les liens du sang. (14-14, de L’Hermenier et Hamo. Jungle. 14,95€)

Et de onze pour Frnck, la série de Brice Cossu et Olivier Bocquet qui nous embarque pour la préhistoire. Pas question ici de cours d’histoire, mais d’une aventure complètement dingo, avec pour héros un gamin de 13 ans propulsé dans le passé alors qu’il était à la recherche de ses parents. Frnck — difficile à prononcer, je sais, mais vous pouvez l’appeler Franck — est un ado d’aujourd’hui, jean, baskets rouges aux pieds et le nez rivé sur les écrans. Sauf qu’à la préhistoire, pas de réseau, pas d’Internet, pas de Facebook ni de TikTok… À la place, des bestioles monstrueuses à la pelle, des hommes poilus qui mangent les voyelles et quelques jolies filles. Et même s’il finit par retrouver ses parents, regagner le XXIᵉ siècle et devenir une véritable star de la télévision et des réseaux sociaux, Franck n’a qu’une idée en tête : retourner à la préhistoire pour retrouver Knz, alias Kenza, sa meilleure amie, restée bloquée dans ce monde sauvage. (Deuxième chance, Frnck tome 11, de Cossu et Bocquet, Dupuis, 12,95€)

Eric Guillaud